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Dossier : Confinement - Coronavirus : 100% solidaire

Distributions alimentaires maintenues : "On peut être porteur du virus, mais ils sont là"

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Par , France Bleu La Rochelle

Le confinement est particulièrement dur pour les plus précaires. Activité économique au ralenti, administrations partiellement fermées, facture alimentaire en hausse. Heureusement, les distributions alimentaires se poursuivent. En mode "drive" aux Restaurants du cœur de Rochefort.

"On peut être porteur du virus, mais ils sont là, bénévoles." Le coup de chapeau de bénéficiaires, qui ne pourraient passer le confinement sans la poursuite de l'aide alimentaire.
"On peut être porteur du virus, mais ils sont là, bénévoles." Le coup de chapeau de bénéficiaires, qui ne pourraient passer le confinement sans la poursuite de l'aide alimentaire. © Radio France - Julien Fleury

Le confinement est particulièrement difficile à vivre pour les personnes précaires. Activité économique ralentie, administrations désorganisées, et un confinement forcé qui fait grimper la facture alimentaire. Heureusement, depuis le début de la crise, les associations caritatives sont parvenues à maintenir leurs distributions alimentaires.

C'est le cas des Restaurants du cœur, pour qui le confinement a coïncidé avec le lancement de la campagne d'été. Les années précédentes en Charente-Maritime, 8.000 personnes bénéficiaient de cette distribution estivale. Elles ne sont que 5 à 6.000 cette année. Mais plusieurs dizaines de nouvelles familles frappent à la porte, plongées dans une grande précarité par la crise sanitaire.

Aux Restos du coeur de Rochefort, le principe désormais c'est le "drive". Les bénévoles préparent des colis la veille, et les bénéficiaires ont un créneau horaire pour venir les chercher.
Aux Restos du coeur de Rochefort, le principe désormais c'est le "drive". Les bénévoles préparent des colis la veille, et les bénéficiaires ont un créneau horaire pour venir les chercher. © Radio France - Julien Fleury

On n'entre pas !

Pour ces distributions par temps de Covid, les Restos ont dû totalement se réorganiser. Le principe désormais c'est le "drive" : les colis sont préparés à l'avance, et les bénéficiaires ont un créneau horaire pour venir les chercher. Un système mis en place notamment au centre de distribution de Rochefort, qui nourrit actuellement 320 familles.

Désormais aux Restos du cœur de Rochefort, la distribution se fait sans contact. Directement dans la rue. "Vous avez votre carte ?" demande Alain à chaque bénéficiaire, avant de poser des sacs sur une table, que les personnes récupèrent pour les placer dans des cabas et des sacs congélation.

Des protections généralisées

Alain et Gérard sont les seuls bénévoles autorisés à être dans la rue, au contact des bénéficiaires, équipés pour cela de "tenues de cosmonaute". Les autres sont masqués, protégés par des barrières.
Alain et Gérard sont les seuls bénévoles autorisés à être dans la rue, au contact des bénéficiaires, équipés pour cela de "tenues de cosmonaute". Les autres sont masqués, protégés par des barrières. © Radio France - Julien Fleury

A Rochefort comme ailleurs, l'intersaison devait durer deux semaines, ramenée à une semaine du fait du confinement. "Je ne pensais même pas que ce serait ouvert, avec ce qui se passe, se réjouit Evelyne, bénéficiaire au RSA. Quand ils m'ont téléphoné, j'étais contente ! Quand on n'a pas beaucoup d'argent, ça rend bien service !"

Alors que tous les bénévoles portent des masques, et restent dans le local protégé par des barrières, deux seniors, Gérard et Alain, se trouvent dans la rue directement au contact des bénéficiaires. Surprotégés : "c'est une tenue de cosmonaute" rigole Alain.

"Je leur tire mon chapeau"

Combinaison de peintre, visière en plastique transparent et masque chirurgical. "Il faut faire attention, poursuit Alain plus sérieusement. Même l'hiver, quand ils ont une grippe, les bénéficiaires viennent quand même chercher leur nourriture. Ils n'ont que ça !"

En Charente-Maritime seuls 180 bénévoles sont encore en activité, sur un millier. Les autres sont contraints de rester à la maison.
En Charente-Maritime seuls 180 bénévoles sont encore en activité, sur un millier. Les autres sont contraints de rester à la maison. © Radio France - Julien Fleury

"Je leur tire mon chapeau", assure Catherine, en train de pousser ses colis au fond de son caddie, le nez et la bouche protégés par un masque en tissu. "Car ils ne nous connaissent pas."

On peut être porteur du virus, mais ils sont là malgré tout, ils sont bénévoles. Et nous, sans eux, on serait vraiment dans la galère - Catherine, bénéficiaire

Catherine ne sort pratiquement plus de chez elle : "voir du monde, ça fait du bien !"

La "ramasse" est suspendue

Un Drive, c'est une tout autre organisation, précise Gérard : "on prépare les sacs la veille. C'est que des produits secs, puisqu'on ne fait plus de ramasse dans les supermarchés. On n'a plus de produits frais", déplore le retraité. "Le seul frais qu'on a, c'est le congelé !"  

Gérard a hâte que les Restos du cœur reprennent la "ramasse", la collecte dans les supermarchés de Charente-Maritime. Cela permettrait plus de variété dans les repas distribués durant le confinement.
Gérard a hâte que les Restos du cœur reprennent la "ramasse", la collecte dans les supermarchés de Charente-Maritime. Cela permettrait plus de variété dans les repas distribués durant le confinement. © Radio France - Julien Fleury

Avantage, la distribution va beaucoup plus vite. "D'habitude, quand il y a plein de monde, on peut attendre deux heures" sourit Alain, un bénéficiaire. "Regardez, ils m'appellent déjà" confirme ce quinquagénaire qui doit vivre depuis deux ans avec une préretraite de 500 euros à peine.

80% des bénévoles à la maison

A la distribution, une dizaine de bénévoles seulement, contre 35 avant le confinement. Les plus de 70 ans et les personnes fragiles sont "punis", contraints de rester à la maison. Sur un millier de bénévoles en Charente-Maritime, seuls 180 peuvent continuer à participer, en bénéficiant de l'assurance des Restos. "On a un peu plus de travail" reconnaît le responsable du centre rochefortais, Alain.

Les bénévoles ont surtout moins de contact avec les personnes qu'ils aident. "Ça manque un peu", concède Viviane, qui habituellement sert le café tous les jours dans le local, même en dehors des distributions alimentaires. "Mais bon, on se voit, on se dit coucou, le café ce sera pour dans deux mois..."

Budget alimentation en hausse

Le budget alimentaire des plus précaires est en hausse depuis le confinement. "J'ai peur de prendre le bus" avoue Catherine, qui va désormais faire ses courses en centre-ville.
Le budget alimentaire des plus précaires est en hausse depuis le confinement. "J'ai peur de prendre le bus" avoue Catherine, qui va désormais faire ses courses en centre-ville. © Radio France - Julien Fleury

Le déconfinement s'annonce encore très flou, et l'attente pèse sur les plus précaires : "c'est un peu le calvaire, se plaint une bénéficiaire. Vivement le 11 mai, on verra bien comment ça se passe."

Quand on compte chaque centime, la moindre perturbation met en péril le budget familial. Depuis le début du confinement, le budget alimentation de Catherine a grimpé. Avec sa santé fragile, elle a peur de prendre le bus, et d'attraper le coronavirus : "avant j'allais en bus au centre commercial. Maintenant je vais au centre-ville, et c'est plus cher. Donc heureusement qu'il y a les Restos".

En attendant l'aide

Les courses coûtent plus cher, confirme cette autre bénéficiaire, contrainte par le confinement d'acheter en plus grande quantité, ce qui l'empêche de bien surveiller ses dépenses. "Le gouvernement nous a promis une aide de 150 euros, mais qui n'arrivera que le 15 mai. C'est maintenant qu'on en aurait besoin !"

Les colis sont préparés la veille, puis posés sur une table, où les bénéficiaires viennent les récupérer. Dans les sacs, des surgelés et de l'épicerie sèche.
Les colis sont préparés la veille, puis posés sur une table, où les bénéficiaires viennent les récupérer. Dans les sacs, des surgelés et de l'épicerie sèche. © Radio France - Julien Fleury

Quant à sa fille, elle n'entre pas dans les critères des Restos pour la campagne d'été, plus sélective : "je suis trop riche pour eux !" sourit la jeune femme, qui travaille à temps partiel dans le secteur automobile. Frappée depuis six semaines par le chômage partiel. "Une chose que je ne comprends pas, c'est que j'ai touché 84% de mon salaire, alors que normalement je devrais avoir 100%, vu que je touche beaucoup moins que le SMIC." C'est en tout cas la communication gouvernementale.

Nouveaux bénéficiaires

Le Covid a fait baisser les revenus. Voilà qui promet de nouveaux bénéficiaires aux Restos. A La Rochelle, le phénomène est déjà enclenché, avec près 80 nouvelles familles nouvellement arrivées. Rochefort sera touché dans les prochaines semaines, s'inquiète Marylène, une bénévole : "beaucoup de gens nous téléphonent, parce qu'ils se retrouvent au chômage partiel. On les a chez nous maintenant."

La crise sanitaire a aussi un impact sur les embauches. Kevin dit avoir vu un emploi lui passer sous le nez : "je voulais travailler, mais le patron m'a appelé en me disant qu'il me tiendrait au courant après le confinement." Kevin est par ailleurs coupé de sa famille, et notamment de ses enfants, placés en famille d'accueil.

Le début de la saison d'été des Restos du cœur a coïncidé avec le confinement. 20% des bénéficiaires habituels ne viennent plus, mais d'autres familles arrivent, déséquilibrées par la crise sanitaire.
Le début de la saison d'été des Restos du cœur a coïncidé avec le confinement. 20% des bénéficiaires habituels ne viennent plus, mais d'autres familles arrivent, déséquilibrées par la crise sanitaire. © Radio France - Julien Fleury

"Tu ne sais même pas ce que tu vas faire"

Moral en berne également pour ce demandeur d'asile ivoirien, confiné chez des amis : "tu te réveilles, et tu ne sais même pas ce que tu vas faire de ta journée. Moralement, c'est pas facile."

Avec en plus la crainte d'être arrêté, même si les attestations de demande d'asile sont prolongées le temps que le service concerné rouvre en préfecture. Mais la police est-elle au courant de cette mesure ? Le réfugié s'inquiète et sort le moins possible : "Donc je me sens encore plus enfermé, je suis vraiment très affaibli !"

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