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Économie – Social

Égalité salariale entre les hommes et les femmes : des grandes entreprises à la traîne

mardi 5 mars 2019 à 18:57 Par Simon De Faucompret, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

Pour davantage de transparence et d'égalité salariale, les entreprises de plus de 1000 salariés doivent avoir rendu public un index d'égalité depuis ce vendredi 1er mars. Entre retards et manque de transparence, la mesure est loin d'être une évidence.

À poste égal en entreprise, les femmes gagnent en moyenne 9% de moins que les hommes.
À poste égal en entreprise, les femmes gagnent en moyenne 9% de moins que les hommes. © Getty

Normandie, France

À travail égal, salaire égal ? C'est loin d'être évident lorsqu'on tente d'accéder à l'index de l'égalité femmes-hommes des entreprises de plus de 1000 salariés. Ces 1 400 boîtes, partout en France, doivent pourtant avoir rendu public ce document depuis ce vendredi 1er mars, à la suite d'un décret publié le 8 janvier dernier, visant à réduire les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes.

Retards ...

Sur les 1 400 entreprises concernées, environ la moitié n'a pas publié l'index à temps, ce vendredi 1er mars. Et sur celles qui l'ont fait, 118 sont en-dessous du minimum syndical exigé par ce décret. 

Comment ça marche ? Chaque entreprise est notée sur 100, sur la base de cinq critères :

  • L'écart des salaires hommes-femmes (40 points)
  • L'écart dans les augmentations annuelles (20 points)
  • L'écart dans les promotions (15 points)
  • Les augmentations qui suivent un congé maternité (15 points)
  • La présence de femmes aux dix postes les plus rémunérateurs d'une entreprise (10 points)

En-dessous des 75 points, l'entreprise est considérée, d'après Muriel Pénicaud, ministre du Travail, comme étant "dans la rouge" : dans ce cas, elle dispose de trois ans pour rentrer dans les clous, sous peine de devoir payer une amende allant jusqu'à 1% de la masse salariale.

... et silence radio.

Et chez nous ? Sur trente entreprises normandes contactées, plus de la moitié (17) n'ont pas voulu nous répondre. Finalement, seules cinq d'entre elles ont daigné nous communiquer leur note, que voici :

  • Renault Sandouville : 94/100
  • Matmut : 92/100
  • Banque de France : 88/100
  • GSF Neptune : 84/100
  • EDF : 80/100

"C'est un très bon résultat", se félicite, sans surprise, Olivier Ruthardt, DRH de la compagnie d'assurance Matmut, dont le siège national situé à Rouen (Seine-Maritime) emploie plus de 2 000 salariés "dont 63% de femmes". "On est dans le premier tiers de classement sur l'ensemble des entreprises d'assurance françaises." Pour lui, "l'index permet de bien cibler ce qu'il reste à faire."

Car, effectivement, derrière ces notes d'excellence, il y a parfois des réalités encore grinçantes : sur les 10 postes les mieux payés chez Matmut, seulement deux sont occupés par des femmes. Elles sont 3 chez EDF, sachant que l'index accorde la totalité des points à partir de 4 postes féminins. Selon le syndicat CGT, les critères choisis permettent d'écraser les inégalités encore existantes derrière des notes reluisantes, et de "dissimuler des écarts de rémunération."

Pas facile de montrer patte blanche

Autre défaut relevé par les syndicats : la transparence. Les entreprises ont pour obligation de publier la note globale, sur 100, mais aucunement de détailler cette note. Elles peuvent choisir de le faire, mais nombre d'entre elles s'en gardent bien.

Et lorsqu'il s'agit d'aller chercher ces informations, quand elles sont seulement publiées, ça devient très vite compliqué et plutôt opaque : elles sont souvent perdues au fin fond des sites Internet, et demandent du temps et un peu de chance pour être dégotées.

"Je n'ai eu aucun retour"

Même en interne, ça coince. "Je n'étais pas au courant de cet index", affirme Fabien Lacabanne, délégué syndical Force Ouvrière (FO) chez Ferrero. "J'ai envoyé un mail à ma direction, pour avoir le descriptif de l'index. Résultat, je n'ai eu aucun retour." Même incertitude chez de nombreux communicants, qui ne savent parfois même pas vers qui renvoyer pour obtenir ces informations. D'autres l'affirment, "il n'y aura pas d'entretien sur le sujet". Pas étonnant, étant donné que leur entreprise n'est pas dans les clous, et n'a pas encore diffusé l'index alors que la loi l'exige.

"Ce décret, on est contents qu'il tombe", continue le syndicaliste. "Déjà, dans nos bilans sociaux annuels, la direction a toujours du mal à nous donner des précisions sur nos rémunérations." Il garde quand même espoir, car les résultats de cet index doivent être publiés chaque année.

Et maintenant ?

Faut-il donc attendre que les prochains index tombent, pour voir si les inégalités se résorbent ? Certaines femmes n'ont pas attendu pour prendre les choses en main. C'est le cas des cheffes d'entreprise du réseau havrais "Femmes&Challenges", qui fait la promotion de l'entrepreneuriat au féminin. "On veut combler un déficit d'audace, de confiance, issu d'une éducation très judéo-chrétienne où les femmes peuvent travailler ... jusqu'à ce qu'elles aient un enfant", lance Élise Hauters, co-fondatrice du réseau. Elle fait partie des quelque 5% de femmes à la tête d'une industrie en France.

Pour Christian Nikel, de la délégation normande d'EDF, il faut "agir avant l'entreprise, dès le collège. C'est là que se fait l'orientation." En partenariat avec le rectorat normand, il explique aux jeunes, et surtout des filles, les métiers techniques pour leur permettre de se lancer plus facilement.

Les plus petites entreprises sont aussi concernées par cet index d'égalité : au-dessus de 250 salariés, elles ont jusqu'au 1er septembre prochain. Et entre 50 et 250 salariés, ce sera le 1er mars 2020.