Économie – Social

Emmanuel Macron lance les réformes de la formation professionnelle, de l'apprentissage et de l'assurance chômage

Par Géraldine Houdayer, France Bleu jeudi 12 octobre 2017 à 7:55 Mis à jour le jeudi 12 octobre 2017 à 12:19

Emmanuel Macron a notamment reçu ce jeudi Philippe Martinez, le leader de la CGT, à l'Élysée.
Emmanuel Macron a notamment reçu ce jeudi Philippe Martinez, le leader de la CGT, à l'Élysée. © AFP - LUDOVIC MARIN

Le Président reçoit ce jeudi et vendredi les syndicats et le patronat pour lancer les réformes de la formation professionnelle, de l'apprentissage et de l'assurance chômage. FO veut une négociation entre syndicats et patronat sur la formation. La CGT demande des rencontres multilatérales.

Emmanuel Macron reçoit jeudi et vendredi patronat et syndicats pour attaquer la suite des réformes sociales : formation professionnelle, apprentissage et assurance chômage. Plus de quatre mois après les premières rencontres sur les ordonnances réformant le droit du travail, l'exécutif reprend la même méthode : le Président ouvre le bal de la concertation, avant de passer le relais à Matignon et à la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Un projet de loi est attendu en avril.

FO demande une négociation syndicats-patronat sur la formation

Jean-Claude Mailly, le leader de Force Ouvrière, a été le premier a être reçu par Emmanuel Macron. À sa sortie de l'Élysée, il a demandé au président une négociation entre syndicats et patronat sur la formation professionnelle. Sur le fond du sujet, Jean-Claude Mailly a indiqué qu'il "serait très vigilant à ce que demain" le salarié ne soit pas seul pour "aller démarcher les organismes de formation, sans accompagnement". Le syndicaliste a aussi "insisté sur le fait qu'on ne doit pas aller sur une logique d'individualisation" des droits. Il faut "qu'il y ait des droits personnels mais définis collectivement", a-t-il développé, tout en précisant que le président lui avait "dit qu'il était d'accord". Dernière revendication sur ce dossier, "faire le tri dans les organismes de formation". Philippe Martinez, le numéro un de la CGT, a critiqué la méthode : "On a fait un bilan de l'épisode précédent" et "l'épisode précédent ne nous a pas satisfait tant sur le fond que sur la forme", a-t-il lancé. Il a demandé des rencontres "multilatérales" pour les réformes à venir. "Cela se passe cordialement mais fermement", a-t-il indiqué, interrogé sur l'atmosphère de la discussion qu'il a eue avec le Président, où les négociations sur la réforme du Code du travail ont été abordées, et durant lesquelles Philippe Martinez a demandé au président de "revoir sa copie".

Philippe Martinez de la CGT a également été reçu, avant François Hommeril de la CFE-CGC, Alain Griset de l'U2P, Pierre Gattaz du Medef à 15H00, Philippe Louis de la CFTC et François Asselin de la CPME. Laurent Berger de la CFDT, indisponible ce jeudi, sera reçu vendredi.

Former un million de chômeurs et un million de décrocheurs

S'agissant de la formation professionnelle, le gouvernement a déjà promis de mettre 15 milliards d'euros sur la table sur cinq ans dans le cadre du grand plan d'investissement, avec pour but de former un million de chômeurs de longue durée et un million de "décrocheurs". Comme d'autres avant lui, ce gouvernement veut simplifier un secteur difficilement lisible où se côtoient de nombreux acteurs. Il compte ainsi réformer le CPF, compte personnel de formation. Dans un rapport publié mercredi soir, l'Inspection générale des affaires sociales juge que ce dispositif mis en place en 2015 "reste en-deçà des ambitions initiales" et ce "malgré un volontarisme incontestable dans son déploiement". "Ce que je souhaite faire c'est que chaque Français, chaque salarié, puisse avoir sur une +appli+, facile d'accès à tous, ses droits à la formation, combien d'heures, ça coûte combien (...), quel est le taux d'insertion dans l'emploi après", promet la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Rendre l'apprentissage plus attractif

La réforme de l'apprentissage se fera, comme celle de la formation, en concertation avec les régions et devra rendre plus attractif ce dispositif. Après avoir été reçu à l'Élysée, Jean-Claude Mailly a "insisté sur le statut du maître d'apprentissage, du tuteur, qui n'est pas assez valorisé aujourd'hui". "Et sur le statut de l'apprenti, il n'y a aucune raison par exemple qu'un apprenti gagne moins qu'un contrat de professionnalisation."

Ouvrir l'assurance chômage à tous

C'est la réforme de l'assurance chômage qui risque de cristalliser le plus l'attention. Il est prévu d'étendre le système aux indépendants et aux démissionnaires. "L'objectif, c'est d'ouvrir l'assurance chômage à tous et c'est aussi qu'elle puisse se réformer pour lutter contre la précarité", explique Muriel Pénicaud. Car "les contrats précaires", c'est "ce qui coûte le plus cher à l'assurance chômage". Est prévu un "bonus-malus" pour les entreprises qui abusent des contrats courts. Les syndicats, eux, craignent que ces nouveaux droits n'entraînent une baisse des allocations. Autre sujet de friction: le financement et la gouvernance. Le régime ne serait plus uniquement financé par les cotisations, mais également par l'impôt (CSG), et il passerait d'une gestion paritaire par les partenaires sociaux à une gestion tripartite avec un pilotage de l'Etat. Sur ce point, Jean-Claude Mailly a insisté sur le fait que les syndicats devaient garder leur "responsabilité, en ce qui concerne les salariés, sur la définition des prestations et de l'indemnisation". Il s'est dit contre la gestion tripartite. "Quand on gère à trois, c'est toujours deux contre un et ça tourne, donc je ne pense pas que ce soit le meilleur système."