Économie – Social

En Côte-d'Or, des particuliers se cotisent pour prêter de l'argent aux agriculteurs

Par Marion Bastit, France Bleu Bourgogne vendredi 17 avril 2015 à 5:30

Lucie Jacob, maraîchère bio aux Maillys, première bénéficiaire d'un prêt à taux zéro de la cagnotte solidaire de Côte-d'Or.
Lucie Jacob, maraîchère bio aux Maillys, première bénéficiaire d'un prêt à taux zéro de la cagnotte solidaire de Côte-d'Or. © Radio France - Marion Bastit

Créée en novembre 2014, l'association la Cagnotte solidaire de Côte-d'Or prête de l'argent à taux zéro aux petits producteurs respectueux de l'environnement. En février dernier, une centaine d'adhérents se sont cotisés pour prêter 5 000 euros à Lucie Jacob, une maraîchère bio des Maillys victime des inondations.

En novembre 2014, une centaine d'adhérents des Amap (associations de maintien de l'agriculture paysanne) de Côte-d'Or ont créé la Cagnotte solidaire . Cette association prête de l'argent, à taux zéro , à des agriculteurs respectueux de l'environnement.

Pour Marie-Thérèse Bougé, co-présidente, c'est une alternative au prêt traditionnel à la banque. "Ca permet aux apporteurs de savoir à quoi sert leur argent, quel projet il va financer. Et ça permet aux emprunteurs de se dégager du système bancaire avec lequel ils ne sont pas forcément en plein accord."

"C'est une économie de proximité, comme la production paysanne" Marie-Thérèse Bougé, co-présidente de la Cagnotte solidaire

Risques minimes

Contrairement à la banque, il n'y a pas de garantie de revoir son argent. "En général les enjeux sont assez minimes, parce que ce sont des petites sommes, souligne-t-elle. Un prêt de 5 000 euros réparti sur 100 apporteurs, ça fait une moyenne de 50 euros par famille. Si vous avez une garantie qui n'est pas de 100 %, vous n'êtes pas forcément dans un risque majeur."

"Les enjeux sont assez minimes, parce que ce sont de petites sommes" Marie-Thérèse Bougé, co-présidente de la Cagnotte solidaire

En février 2015, la Cagnotte solidaire a octroyé son premier prêt à Lucie Jacob. Ancienne éducatrice spécialisée, elle s'est installée en 2010 aux Maillys, entre Saint-Jean-de-Losne et Auxonne. Cette maraîchère bio cultive cinq hectares de fruits et légumes, à deux pas de la réserve ornithologique... et à 200 mètres à peine de la Saône.

Une centaine de familles se sont cotisées pour prêter 5 000 euros à taux zéro. - Radio France
Une centaine de familles se sont cotisées pour prêter 5 000 euros à taux zéro. © Radio France - Marion Bastit

20 000 euros de pertes

En mai 2013, la rivière a débordé, et tout son terrain s'est retrouvé sous les eaux. A cette époque, toutes les cultures étaient déjà en terre, et elle a perdu la totalité de sa production de la saison. Entre les semences, la main-d'oeuvre, l'essence des tracteurs et les charges, elle a perdu 20 000 euros.

"J'avais besoin d'une avance de trésorerie pour relancer l'année" Lucie Jacob, maraîchère bio aux Maillys

Depuis, la maraîchère peine à redresser ses comptes. Début 2015, elle fait appel à la Cagnotte solidaire. "J'avais besoin d'une avance de trésorerie pour relancer l'année : payer les plants, les semences, les premiers salaires des saisonniers..." Lucie Jacob demande un prêt de 5 000 euros.

"A la banque, il aurait fallu un tas de justificatifs" Marie-Thérèse Bougé, co-présidente de la Cagnotte solidaire

"Peut-être qu'elle aurait obtenu une aide d'une banque, estime Marie-Thérèse Bougé, mais il aurait fallu qu'elle fournisse un tas de justificatifs, qu'elle monte un dossier, ce qui aurait repoussé le moment du prêt, et éventuellement compliqué ses problèmes de trésorerie."

5 000 euros en deux semaines

En l'espace de deux semaines, une centaine d'adhérents se cotisent pour rassembler la somme, prêtée à taux zéro. Tous, ou presque, connaissent déjà la maraîchère, car ils adhèrent à l'une des cinq Amap auxquelles Lucie livre, chaque semaine, des paniers de légumes bio.

"Les prêteurs, ce sont des gens qui sont déjà engagés avec moi" Lucie jacob, maraîchère bio aux Maillys

"C'est vraiment dans la continuité des Amap, raconte-t-elle, avec une solidarité, un engagement, une fidélité et une confiance qui sont les principes fondateurs de ce mouvement." Lucie Jacob a deux ans pour stabiliser sa situation avant de commencer à rembourser son emprunt sur quatre ans.

"On peut aussi financer une couveuse pour un éleveur de poules" Marie-Thérèse Bougé, co-présidente de la Cagnotte solidaire

Mais la Cagnotte solidaire n'est pas uniquement destinée aux agriculteurs en difficulté financière. "Ca peut être aussi pour réaliser un projet d'aménagement d'une exploitation, explique Marie-Thérèse Bougé. Par exemple, un éleveur de poules qui aurait besoin d'une couveuse, ou un viticulteur qui aurait besoin d'un matériel particulier..." Dernier détail : l'association ne prête qu'aux agriculteurs respectueux de l'environnement, qu'ils soient ou non labellisés bio.**