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Économie – Social DOSSIER : Les papeteries Arjowiggins dans la tourmente

EN IMAGES - Liquidation judiciaire de l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye : retour sur des semaines d'angoisse

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Par , France Bleu Maine

C'est terminé : la décision du tribunal de Nanterre est tombée ce vendredi 29 mars. La papeterie Arjowiggins de Bessé-sur-Braye est placée en liquidation judiciaire. Celle de Saint-Mars-la-Brière est reprise partiellement. Retour sur la mobilisation des salariés et de tout un territoire.

L'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye
L'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye © Radio France - Boris Hallier

Bessé-sur-Braye, France

C'était attendu, la décision du tribunal de Nanterre est tombée ce vendredi : l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye est en liquidation judiciaire, celle de Saint-Mars-la-Brière est reprise partiellement. Les salariés ne se faisaient plus d'illusions, la papeterie sarthoise avait été placée en redressement judiciaire début janvier et aucun repreneur n'avait formulé d'offre recevable. Retour en images sur la lutte des salariés et de tout un territoire.

Usines à l'arrêt, salariés inquiets

L'avenir des papeteries Arjowiggins, notamment de ses usines sarthoises de Bessé-sur-Braye et Saint-Mars-la-Brière, s'assombrit fin décembre 2018. L'offre de reprise du Néerlandais Fineska BV n'aboutit pas, les deux parties n'ont pas réussi à se mettre d'accord.

Les salariés se demandent comment ça va se finir." - un syndicaliste

Le 7 janvier, nouveau coup dur : Arjowiggins demande son placement en redressement judiciaire afin de "protéger les intérêts" de ses usines, celles situées en Sarthe tout comme l'entreprise basée à Château-Thierry dans l'Aisne. La direction parle d'"un contexte extrêmement dégradé des conditions du marché à la suite de l'abandon par Fineska BV des activités Graphique et Papiers de création".

Deux jours plus tard, les deux usines en Sarthe sont à l'arrêt. Les 900 salariés concernés sont dans le flou, très inquiets pour leur avenir. Petite éclaircie le 15 janvier : selon la secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie, il y a bien des manifestations d'intérêt pour une éventuelle reprise d'Arjowiggins. Interrogée sur le sujet à l'Assemblée nationale, Agnès Pannier-Runacher l'affirme : "Nous nous concentrons sur la recherche des repreneurs pour chacun des sites dans un contexte difficile".

Selon la secrétaire d'État, des offres de reprise sont attendues pour début février : "Nous essayons d'organiser des visites très prochainement". En attendant, les salariés de Bessé-sur-Braye ne sont pas au chômage technique, ils continuent donc de venir à l'usine. Certains s'emploient à nettoyer le site, ils installent des banderoles, et espèrent l'arrivée d'un repreneur. Les candidats ont jusqu'au 5 février pour se manifester.

La première banderole est en place devant l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye. - Radio France
La première banderole est en place devant l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye. © Radio France - Alexandre Chassignon

Solidarité des élus et des habitants de la Sarthe

Le 23 janvier, la commune de Bessé-sur-Braye se mobilise pour Arjowiggins. Ils sont 400, élus, salariés et habitants, à défiler dans les rues de la commune sarthoise. Il faut dire que la papeterie est le premier employeur de la zone.  De son côté, la librairie Bulle au Mans décide de publier un ouvrage un peu particulier : un recueil de dessins, avec des œuvres d'artistes de bande-dessinée, imprimé sur le papier recyclé de l'usine.

J'ai essayé de faire à mon niveau un petit quelque chose qui semblait important pour eux." - Le gérant de la librairie Bulle au Mans

Le 5 février, la nouvelle tombe : deux offres de reprise ont été déposées auprès du tribunal de Nanterre. La première concerne les sites d'Arjowiggins Graphic, c'est-à-dire Bessé-sur-Braye (570 salariés), Saint-Mars-La-Brière (262 salariés) et Greenfield (76 salariés) dans l'Aisne. Mais seuls deux tiers des emplois seraient sauvés. La seconde offre ne concerne que les sites de Bessé-sur-Braye et Château-Thierry, elle est portée par des cadres d'Arjowiggins. 

On est un peu moins angoissé. L'étau se desserre un peu mais on attend confirmation." - Jacques Lacoche, le maire de Bessé-sur-Braye

Fin février, une opération "ville morte" est organisée à Bessé-sur-Braye contre la fermeture d'Arjowiggins. Commerçants, élus, sous-traitants : tout le monde espère le sauvetage de l'usine qui fait vivre énormément de monde. 

Le 6 mars, le tribunal de Nanterre accorde un délai de deux semaines aux repreneurs pour fournir davantage de garanties. Le papetier suédois Lessebo Papers, qui s'intéresse aux trois sites d'Arjowiggins, réclame une aide financière importante des pouvoirs publics. Le patron du groupe vient d'ailleurs visiter le site de Bessé-sur-Braye la semaine suivante. "Ils sont très coopératifs, très compétents, on a les employés, les machines, les bons produits, tout pour réussir", assure-t-il alors.

L'espoir d'une reprise s'amenuise

Mais le 20 mars, douche froide pour les salariés d'Arjowiggins : il manque encore beaucoup de garanties à l'offre de reprise de Lessebo Papers. Le tribunal de Nanterre annonce qu'il rendra sa décision le 26 mars. 

Les régions Pays de la Loire et Centre-Val-de-Loire entrent en jeu. Selon la présidente des Pays de la Loire, Christelle Morançais, les deux institutions et l'État sont prêts à verser l'aide maximum prévue par la loi, soit 25 millions d'euros. C'est-à-dire exactement la même somme que le repreneur se dit prêt à investir.

Malheureusement, cette aide ne sera pas suffisante. Le potentiel repreneur suédois ne donne plus de nouvelles. Le 25 mars, les salariés, abasourdis, décident de montrer leur colère en bloquant les voies ferrées à la gare Vendôme

Nouveau rebondissement : le tribunal de Nanterre reporte finalement sa décision et laisse trois jours à une toute nouvelle offre de reprise. Le directeur de l'usine de Bessé-sur-Braye, accompagné par quelques salariés, fait une nouvelle proposition qui permettrait de sauver un tiers des 600 emplois. Mais les espoirs sont minces. 

Finalement, le couperet tombe le 29 mars : la papeterie de Bessé-sur-Braye est placée en liquidation judiciaire. A Saint-Mars-la-Brière, l'entreprise sarthoise CGMP reprend un peu moins de la moitié des salariés. Au total, 700 emplois sont supprimés dans le département.

Le premier sentiment que je ressens est une colère froide. C’est une décision profondément anti-économique, anti-sociale et anti-environnementale." - Dominique Le Mèner,  président du Conseil départemental de la Sarthe