Économie – Social

En Seine-Maritime, les pompiers à bout de nerfs

Par Amélie Bonté, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) jeudi 1 décembre 2016 à 5:30

Le 24 novembre, des pompiers ont manifesté à Paris
Le 24 novembre, des pompiers ont manifesté à Paris © Maxppp - Thomas Padilla

Après le ras-le-bol des policiers, c'est au tour des pompiers de dénoncer leurs conditions de travail. Ils ont manifesté le 24 novembre à Paris malgré leur devoir de réserve. De moins en moins nombreux dans les casernes,un manque de reconnaissance de leur hiérarchie, les pompiers crient leur colère.

On a tous eu besoin une fois dans notre vie d'une intervention des pompiers. Après le ras-le-bol des policiers, c'est celui des hommes du feu qui se fait entendre. Eux aussi alertent sur leurs conditions de travail de plus en plus dégradées. Le 24 novembre, un millier de pompiers a manifesté à Paris, malgré leur devoir de réserve. Ils sont de moins en moins nombreux dans les casernes et dénoncent un manque de reconnaissance de leur hiérarchie, sans oublier des techniques de management très dures parfois venues du privé qui s'appliquent donc à un service public : les pompiers ont leur moral et leur motivation en berne.

Fatigue + stress = une véritable cocotte-minute

ECOUTEZ Ce pompier professionnel qui a 15 ans de métier

Beaucoup commencent à réfléchir pour changer de carrière à contre-coeur. Ils témoignent de manière anonyme et sont dans la profession depuis des années, à l'image de cet homme, 15 ans soldat du feu en Seine-Maritime :

C'est pas un métier que nous faisons c'est une vocation. Ce qui me choque c'est la déconsidération de nos officiers supérieurs. "

Ces pompiers dénoncent un management plus "industriel" que d'un service public, qui met en danger la population.

Notre direction utilise des termes employés à l'industrie : productivité, rentabilité, efficience. Les personnels sont réduits la nuit pour rentabiliser au maximum, alors que c'est là qu'on a les plus grosses interventions."

Un pompier professionnel sur quatre souffrirait de stress post-traumatique mais le sujet reste tabou. Beaucoup s'arrangent entre eux après une intervention particulièrement difficile, pour s'auto-remplacer, histoire de souffler un peu. De plus en plus, les pompiers effectuent des missions qui ne sont pas de leur ressort et subissent des incivilités verbales voire physiques lors de leurs sorties. S'ajoute à cela le manque de considération disent-ils de leur hiérarchie départementale.

ECOUTEZ Le reportage d'Amélie Bonté avec les pompiers professionnels de Seine-Maritime

Très peu d'évolution de carrière possible

Un pompier professionnel qui débute est payé 1 650€ / mois en Seine-Maritime. Actuellement, les évolutions de carrière sont au point mort et beaucoup sont bloqués au rang de caporal (chef d'équipe) pour environ 1 900€/mois. Un pompier professionnel qui travaille 24H est payé 17H.

Le 24 novembre, les pompiers ont manifesté en tenue - Maxppp
Le 24 novembre, les pompiers ont manifesté en tenue © Maxppp - Christophe Morin

Ils dénoncent aussi la disparité installée entre sapeurs-pompiers professionnels et sapeurs-pompiers volontaires, qui eux peuvent évoluer plus rapidement, alors que la formation n'a rien à voir :

Un professionnel passe 4 mois à l'école départementale pour se former. Un volontaire fera 1 mois et demi de formation une partie chez lui sur internet. Quand il arrive en caserne, il est utilisé au même titre qu'un professionnel."

L'exemple havrais : danger pour la population ?

ECOUTEZ Le reportage d'Amélie Bonté au Havre

Au Havre, il existe 3 casernes pour une ville de prés de 180 000 habitants, avec l'une des plus grande zone-industrialo-portuaire de France (17 sites classés SEVESO).

  • Caserne Dollemart
  • Caserne Le Havre Nord (Caucriauville)
  • Caserne Le Havre Sud (prés du port)

Au Havre on a perdu beaucoup de postes. On est inquiet pour la population. "

Plus aucune caserne en centre-ville depuis la fermeture en 2014 de Dumé d'Aplemont alors que 30% des interventions sont effectuées dans l'hyper-centre havrais d'après le syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels de Seine-Maritime. Les pompiers sont environ 15 par caserne la journée et 12 la nuit. Il n'est pas rare que pour une intervention les 3 casernes soient vidées. Les sapeurs-pompiers volontaires auxquels on fait appel viennent de Criquetôt-l'Esneval à 27 KM. Depuis la fermeture de la caserne Dumé d'Aplemont en centre-ville, Le Havre a perdu 28 pompiers professionnels.

Le but d'un service public ce n'est pas d'être rentable mais c'est qu'il soit efficace pour les citoyens et les usagers."

Extrait du site Sapeurs Pompiers de France sur les devoirs envers la population :

Le sapeur-pompier se doit d'avoir un sens particulier du service public. Cette exigence résulte de la grandeur de son rôle et de sa fonction sociale tels que définis par les textes (article 2 loi du 3 mai 1996).

Sa mission de préserver la vie des hommes et de leurs biens impose un certain esprit de sacrifice qui est contenu dans la devise «Sauver ou périr». Savoir accepter les risques du métier renvoie également à une éthique de vie guidée par «Le courage et le dévouement». D'ailleurs «le dévouement est une vertu obligatoire » (cne Hamon ouvrage cité p. 219) et c'est bien elle, sans doute, qui conduit les pompiers à accepter certaines interventions d'assistance qui sortent du cadre légal de leurs missions et qui font des SIS un véritable acteur de la cohésion sociale républicaine («Le Service public», apport au Premier ministre. Mission présidée par R. Denois de Saint-Marc. Collection des rapports officiels. La documentation française 1996).

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