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[ENQUÊTE FRANCE BLEU ARMORIQUE] L'avenir du centre médical Rey Leroux à La Bouëxière s'écrit en pointillé

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Par , France Bleu Armorique
La Bouëxière, France

Le centre médical Rey-Leroux, installé à la Bouëxière, près de Liffré en Ille-et-Vilaine depuis près de 100 ans, va perdre sa partie pédiatrique d'ici 3 ans. Elle sera transférée à Rennes. Le collège, installé dans cette partie, lui, ferme dès la rentrée 2018. Personne n'était au courant

Le SSR, service de soin et de suivi de réadaptation de Rey-Leroux, doit être transféré d'ici 3 ans sur le site de Beaulieu et du CHU à Rennes
Le SSR, service de soin et de suivi de réadaptation de Rey-Leroux, doit être transféré d'ici 3 ans sur le site de Beaulieu et du CHU à Rennes © Radio France - Alexandre Frémont

C'est une enquête France Bleu Armorique, qui illustre bien la désertification programmée dans les petites communes rurales. À la Bouëxière, commune située près de Liffré en Ille-et-Vilaine, le centre de soin Rey-Leroux accueille plusieurs structures médicales : 

  • Un foyer d'accueil médicalisé, 
  • Un IEM, institut d'éducation motrice, 
  • Un EEAP, pour les enfants polyhandicapés, 
  • Un service de soin à domicile présent à Rennes 
  • Un service de soin et de réadaptation, appelé SSR. 

Ça fait beaucoup d'acronymes, certes, mais la suite est intéressante. Le SSR accueille des enfants polyhandicapés, qui arrivent après leurs opérations. Des enfants qui peuvent poursuivre des cours dans l'unité pédagogique du service, composé d'une classe primaire et de classes de niveau collège. 

Jusque là, tout va bien. Sauf que ce SSR va être déplacé à Rennes, sur le site de Beaulieu et du CHU, d'ici 3 ans. C'est ce qu'annonce l'ARS, l'Agence régionale de santé. Et le déplacement commence dès maintenant puisque la partie collège va être fermée dès cette rentrée 2018. Selon l'inspecteur d'académie, Christian Willhelm, que nous avons contacté, sur les 11 élèves scolarisés au collège du centre, une partie sera admis au collège Martin Luther-King de Liffré et l'autre partie restera au centre, suivis par le CNED, de l'enseignement à distance. Pour l'inspecteur, 7 élèves pourraient être capable d'intégrer le collège normalement et 4 resteraient au centre car il leur est impossible de suivre un enseignement classique. Or, pour le directeur du centre Rey-Leroux, Serge Raoult, seuls deux ou trois élèves pourraient être concernés par ce transfert au collège de Liffré, pas plus. Qui dit vrai, qui a raison? C'est encore flou pour la répartition et apparemment, les négociations sont encore en cours. 

Le plus inquiétant, c'est que personne au centre n'a été prévenu de cette décision. Que ce soit les salariés du service de soin et de réadaptation qui va être transféré, que les parents des 11 élèves scolarisés dans la partie collège

Des familles averties seulement mi-mars

C'est Dominique Laplaiche, professeur de maths au collège du centre qui a alerté les parents d'élèves le 19 mars dernier. Elle est prof au centre depuis 4 ans et elle a appris la nouvelle juste avant les vacances de février. _"La décision est tombée sans concertation préalable, s'indigne Dominique. On a essayé ne serait-ce d'avoir la parole, d'être écouté mais sans succès_. On nous a juste dit, on a validé le projet, c'est bon on vous écoute maintenant. Mais c'est un peu tard..."

Elle reprend : "C'est dommage que les jeunes et les parents n'aient pas été prévenus tout de suite. Je ne sais pas comment on va dire si un enfant peut être inclus ou non au collège Martin-Luther-King, explique Dominique. Je ne comprends pas comment on va les "trier" ces enfants là. Sur les élèves que j'ai actuellement, il n'y a qu'une petite minorité qui est capable, d'après moi, d'aller au collège ordinaire. Sur les 11, il y en aurait que 3 qui seraient bien au collège de Liffré. Les enfants accueillis au centre souffrent de problèmes d'obésité et de myopathie et le regard des autres enfants dans des collèges normaux sont durs à supporter". 

Dominique Laplaiche : "Si les 11 élèves sont là, c'est qu'ils ont besoin d'aide et là ils sont un peu délaissés par l'Éducation nationale"

Malheureusement, les effectifs du collège du centre ne font que diminuer. La faute aux traitements de certaines maladies qui deviennent plus courts et donc les enfants ne restent pas longtemps au centre. Certains cas d'obésités sont donc maintenant traités à Rey-Leroux sur quelques mois et non plus sur une année entière. Selon le directeur de Rey-Leroux, la loi prévoit d'inclure le plus possible les enfants en situation de handicap. "C'est aussi une demande des parents d'inclure leurs enfants le plus possible dans les structures publiques et les classes normales", détaille-t-il.

"Je suis déçu et surtout en colère ! On se retrouve encore dans une situation où Florian n'aura pas cours à la rentrée, enfin, on ne sait pas ce qu'il va faire à la rentrée prochaine alors qu'il doit passer son brevet en juin 2019. Sylvie, la mère de Florian 

Sylvie Le Chevallier, la maman de Florian, un jeune homme de 18 ans atteint de Myopathie de Duchenne, un défaut génétique qui conduit à la dégénérescence progressive de l'ensemble des muscles de l'organisme, n'est pas vraiment de cet avis. Pour elle, c'est déjà étonnant que ce soit Dominique Laplaiche, la prof de maths, qui l'ai prévenue. Cette maman est aussi très déçue d'apprendre cette fermeture du collège seulement maintenant : "Je suis déçu et surtout en colère ! On se retrouve encore dans une situation où Florian n'aura pas cours à la rentrée, enfin, on ne sait pas ce qu'il va faire à la rentrée prochaine alors qu'il doit passer son brevet en juin 2019. Pour se retourner, c'est compliqué parce que les inscriptions dans les collèges et les lycées ça se fait entre janvier et mars alors si on s'y prend maintenant, ça fait un peu tard, s'inquiète Sylvie. _Il faut trouver une structure qui puisse l'accueillir pour tout, autant pour le médical que pour le scolaire. Les places sont chères dans ces établissements_". 

Le témoignage de Sylvie Lechevallier, maman de Florian, scolarisé actuellement au collège du centre Rey-Leroux

Une soixantaine d'emplois menacés

Dans la balance de ce transfert du SSR à Rennes, des dizaines d'emploi menacés. Sachant que Rey-Leroux compte environ 120 emplois équivalent temps plein, près de la moitié d'entre eux pourraient disparaître. Ces salariés non plus n'ont pas été prévenu que le SSR allait être déplacé à Rennes d'ici 3 ans. 

Pierrick Morfoisse, délégué syndical SUD Santé social au centre Rey-Leroux, s'inquiète de l'avenir de ces emplois : "C'est le flou total aujourd'hui, on ne sait pas combien de personnes vont-être repris, commence-t-il. _Et ce déplacement va forcément impacter le médico-social, les structures qui restent sur Rey-Leroux puisque concrètement la pharmacie qui se trouve actuellement au SSR sera déplacée à Rennes et donc nous n'en n'auront plus pour les autres ailes du bâtiment_. Des infirmières qui intervenaient au SSR le faisaient aussi sur les autres services mais comme elles ne seront plus là, qui prendra leur place ? C'est un vrai flou qui domine et nous n'avons aucune réponse de la part de la direction". 

Ecoutez Pierrick Morfoisse, délégué syndical SUD santé social, sur le problème de transfert d'emploi de la Bouëxière à Rennes

Pierrick Morfoisse dans son local syndical au centre Rey-Leroux
Pierrick Morfoisse dans son local syndical au centre Rey-Leroux © Radio France - Alexandre Frémont

Pour le directeur du centre, Serge Raoult, au contraire, ce déplacement du SSR sera créateur d'emploi. Comment ? "Parce que nous allons réaménager le centre et axer notre action sur le médico-social et plus sur le pédiatrique et le sanitaire. Je le dis aujourd'hui, il n'y aura pas de plan social au centre Rey-Leroux puisqu'il y aura de la création d'emploi pour le bassin, rassure Serge Raoult. Donc _aujourd'hui, le nombre d'emploi va diminuer sur le site de la Bouëxière, mais de l'ordre de quelques unités mais pas beaucoup plus. Le développement de la nouvelle offre pédiatrique sera créatrice d'emploi sur Rennes, ça c'est évident_." Il n'y a pas d'inquiétude donc pour la direction. C'est surtout une réorientation des compétences du centre Rey-Leroux selon Serge Raoult. "Le départ du SSR ne remet pas en cause l'avenir du centre Rey-Leroux. Demain, il va devenir une structure médico-sociale qui va prendre en charge les enfants, les adolescents et les adultes en situation de handicap et plus particulièrement les enfants polyhandicapés."

Une désertification programmée 

La fermeture du SSR, qui représente globalement en surface près d'un tiers du centre Rey Leroux, pose forcément la question suivante : l'avenir du centre historique de la commune s'écrit-il en pointillé ? Sur place en tout cas, c'est l'inquiétude qui domine.

Francis Ory, 80 ans, habite la Bouexière depuis toujours. Il a travaillé au centre Rey Leroux toute sa vie et il est même littéralement né là bas : "Mon père était déjà sur le centre, il était jardinier. J'ai donc pris sa place après avoir fini ma formation de jardinier. C'était aussi le gardien en fait. Il tient à la main des photos du centre, imprimé à l'occasion des 50 ans de Rey-Leroux. Ce retraité est un peu nostalgique car pour lui, le centre est délaissé aujourd'hui, "il part un peu en ruine" dit-il. En première ligne pour défendre le centre, le maire de la Bouexière, Stéphane Piquet. Lui ça fait deux ans qu'il se bat pour conserver le centre ici mais en vain. "On pouvait garder le SSR à la Bouëxière, c'était possible, explique-t-il, mais on a fait le choix de la concentration". Pour son adjoint Pierre-Yves La Bail, c'est une partie de l'histoire de la Bouexière qui pourrait disparaître. 

"Il faut faire attention à la désertification qui s'amorce dans notre commune" Stéphane Piquet, maire de la Bouëxière

Francis Ory, 80 ans, se souvient de pleins de bons souvenirs au centre Rey-Leroux où il est né
Francis Ory, 80 ans, se souvient de pleins de bons souvenirs au centre Rey-Leroux où il est né © Radio France - Alexandre Frémont
Le maire de la commune de la Bouëxière Stéphane Piquet (à droite) et son adjoint Pierre-Yves Le Bail (à gauche) n'ont pas réussi à annuler la décision de déplacer le SSR
Le maire de la commune de la Bouëxière Stéphane Piquet (à droite) et son adjoint Pierre-Yves Le Bail (à gauche) n'ont pas réussi à annuler la décision de déplacer le SSR © Radio France - Alexandre Frémont

Tout miser sur Rennes, du moins pour le côté pédiatrique de Rey-Leroux, c'est la stratégie de l'ARS, l'Agence Régionale de santé. Il faut dire que le taux de remplissage du SSR n'est pas à la hauteur des exigences puisqu'il atteint seulement 40 %. Ce qui n'est pas très rentable pour l'ARS, qui subventionne principalement le centre. Il faut donc faire autrement pour sauver Rey-Leroux en lui-même. "Comme on l'a dit, il faut réorienter la pédiatrie vers les centres de Beaulieu et du CHU à Rennes et se concentrer sur le médico-social à la Bouëxière", détaille Stéphane Mulliez, directeur général adjoint à l'ARS.  Il n'y aura donc plus de pédiatrique à Rey-Leroux. Mais ça ne remet pas en cause l'avenir du centre pour Serge Raoult, le directeur : "On va pas engager plusieurs millions de travaux dans un centre qui n'a pas d'avenir"

Un centre un peu délaissé depuis quelques temps

Le même Francis Ory qui est né au centre Rey-Leroux. s'indigne contre ce délaissement du centre. Pour lui, ce qui peut disparaître, à terme, c'est un peu le monument historique de la Bouëxière : "À l'époque, c'était propre, commence ce retraité. Les gens venaient visiter et se promener avec la famille et les amis. Il y avait des gens le dimanche et en semaine, même pour les mariages les gens venaient faire des photos au centre. C'était quelque chose de très important"

Quand on lui demande si c'est toujours la cas aujourd'hui, il répond que non. "Maintenant ça tombe en ruine !"  La direction l'assure pourtant, il va y avoir du changement dans les prochains mois puisque des travaux débuteront en avril. Le centre se focalise désormais sur le médico-social et non plus sur le pédiatrique et le sanitaire.    

La façade de l'accueil du centre Rey-Leroux il y a 50 ans, photo fournie par Francis Ory
La façade de l'accueil du centre Rey-Leroux il y a 50 ans, photo fournie par Francis Ory © Radio France - Alexandre Frémont
La même photo de la façade de l'accueil du centre Rey-Leroux aujourd'hui
La même photo de la façade de l'accueil du centre Rey-Leroux aujourd'hui © Radio France - Alexandre Frémont
La château présent sur le centre Rey-Leroux il y a 20 ans, photo fournie par Francis Ory
La château présent sur le centre Rey-Leroux il y a 20 ans, photo fournie par Francis Ory © Radio France - Alexandre Frémont
La même photo du château du centre, sans parc, prise aujourd'hui. Il manque quand-même un peu de vie sur ce cliché
La même photo du château du centre, sans parc, prise aujourd'hui. Il manque quand-même un peu de vie sur ce cliché © Radio France - Alexandre Frémont
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