Économie – Social

Seine-Maritime et Eure : vers une hausse du prix de l'eau ?

Par Clémentine Vergnaud, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) mercredi 9 novembre 2016 à 17:30 Mis à jour le jeudi 10 novembre 2016 à 9:19

Depuis 2013, les opérateurs d'eau n'ont plus le droit de couper l'eau aux abonnés qui ne règlent pas leur facture.
Depuis 2013, les opérateurs d'eau n'ont plus le droit de couper l'eau aux abonnés qui ne règlent pas leur facture. © Maxppp - Sébastien Jarry

Depuis quelques mois, les opérateurs d'eau proposent des avenants aux collectivités avec lesquelles ils travaillent en délégation de service public. L'objectif : augmenter les prix pour compenser l'augmentation des impayés depuis l'interdiction des coupures d'eau. Reportage en Seine-Maritime.

Depuis quelques mois, les responsables des collectivités qui gèrent l'alimentation en eau reçoivent tous le même courrier : leur opérateur d'eau leur propose de modifier le contrat passé. En cause : la loi Brottes, mise en place en 2013. Cette loi interdit de couper l'eau aux foyers qui ne payent pas leur facture. Depuis, selon les opérateurs, les impayés sont en forte augmentation. Les entreprises telles que Véolia, Saur ou la Lyonnaise des Eaux souhaitent donc pouvoir augmenter leurs tarifs pour faire face à ces factures non réglées.

Des impayés en hausse de 60% selon Saur

Cette proposition d'avenant, Georges Molmy l'a reçue. Le président du Syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable et d'assainissement (SIAEPA) des Trois Sources, au nord est de Rouen, l'étudie de très près. En délégation de service public depuis six ans avec Saur (4 000 abonnés) et Véolia (2 000 abonnés), il est en train de faire un point d'étape sur la gestion du service. Concrètement, Saur lui propose d'augmenter le tarif de l'eau de 5% et de prendre en charge une part plus importante des impayés.

Ces impayés seraient en augmentation de 60% selon les premiers chiffres avancés par l'opérateur. "Probablement des chiffres nationaux", estime le président des Trois Sources. "Ça a peut-être un peu augmenté mais quand je reçois les chiffres par commune, je vois qu'il n'y en a pas beaucoup plus. Globalement, les foyers qui ne règlent pas leur facture sont sensiblement les mêmes."

Selon lui, seules 1% des factures ne seraient pas payées dans les 33 communes qui composent le SIAEPA des Trois Sources. Une part relativement négligeable selon lui et surtout un risque qui fait partie du jeu : "L'impayé est supporté à l'heure actuelle par l'entreprise. Si ça reste autour de 1%, ça fait partie du risque pris par l'entreprise au moment de la signature du contrat, elle doit donc supporter ces frais. Ça fait partie de la délégation de service public ! On en tire un profit mais on assume aussi les risques. Si ça éclate autour de 20% on pourrait revoir notre copie mais ça m'étonnerait..."

Ce risque, si la collectivité ne veut pas le supporter, les abonnés non plus. A l'image de Valérie, qui habite à Saint-Saëns : "Je ne suis pas d'accord parce que ce sont les gens honnêtes qui paient pour les malhonnêtes. C'est un peu pareil tous les jours, on se lève et on va travailler pour ceux qui ne travaillent pas. Moi je ne veux pas payer pour ceux qui ne payent pas."

On suit tous nos impayés de très près

Cet avenant, Georges Molmy ne l'a pas encore totalement écarté. Il dit vouloir étudier l'évolution des impayés depuis six ans mais n'est pas vraiment convaincu à l'idée de devoir augmenter le prix de l'eau à cause de ces impayés. Il préfère avoir une gestion locale et sociale de ces factures non réglées. "On suit tous nos impayés de très près. Quand le délégataire note un impayé, il fournit au syndicat et à chacune des communes les informations concernant le foyer qui n'a pas réglé sa dette. Donc monsieur le Maire de la commune x ou y, il a l'information : il peut distinguer lui-même les vrais impayés des faux. Par exemple, moi, en tant que maire d'Yquebeuf, quand je reçois quelques impayés, j'appelle les personnes concernées. Si elles sont en vraies difficultés, je les oriente vers le Fonds social pour le logement (FSL), une assistante sociale ou le Centre communal d'action sociale (CCAS). On travaille avec eux, des acteurs de proximité et c'est important. Parce qu'en tant qu'élu local, on connaît les habitants, c'est l'avantage de la campagne. Ca nous permet de réguler les impayés sans toucher aux prix." Le SIAEPA des Trois Sources ne rendra sa décision par rapport à ces avenants qu'à la fin de l'année.

Contacté par téléphone, l'entreprise Saur n'a pas souhaité répondre à nos questions.