Élections DOSSIER : Travail / Emploi : un enjeu électoral 2017

Face à la concurrence étrangère, un patron vauclusien demande un cadre juridique plus protecteur

Par Lauriane Delanoë, France Bleu Vaucluse jeudi 18 mai 2017 à 16:34

300 000 paires de chaussures de sécurité sont fabriquées chaque année dans l'atelier Gaston Mille de Courthézon, dirigé par Nicolas Mille.
300 000 paires de chaussures de sécurité sont fabriquées chaque année dans l'atelier Gaston Mille de Courthézon, dirigé par Nicolas Mille. © Radio France - Lauriane Delanoë

Fleuron de l'industrie vauclusienne, l'entreprise Gaston Mille a perdu un procès pour contrefaçon, intenté contre un importateur chinois. Le patron Nicolas Mille demande aux politiques de créer un cadre juridique plus protecteur pour les entreprises qui produisent en France.

"Cela a été une vraie douche froide", pour Nicolas Mille, le patron de l'entreprise Gaston Mille. La semaine dernière, il a perdu un procès déterminant pour l'avenir de la société familiale. "Un importateur chinois vend en France un modèle quasi identique à l'un des nôtres", explique le chef d'entreprise, qui y voit de la contrefaçon. Les juges ne l'ont pas suivi.

Cette décision pourrait entraîner une délocalisation de la production de ces sur-chaussures de sécurité, aujourd'hui produites à 100% dans l'atelier de Courthézon (Vaucluse).

"Si les politiques veulent vraiment réindustrialiser la France, il faut les armes juridiques pour se défendre." - Nicolas Mille

Quinze ans d'investissement menacés

Le modèle chinois coûte "quatre à cinq euros moins chers" que le Gaston Mille, vendu à 20 euros. Face à cette concurrence, Nicolas Mille redoute de devoir licencier certains salariés de l'atelier vauclusien.

Aujourd'hui, le patron de 39 ans est écœuré : "Cela a cassé presque quinze ans de travail et d'investissement". Il avait en effet tout fait pour fabriquer ces sur-chaussures dans l'atelier de Courthézon.

"Cela a cassé quinze ans de travail. On risque de ne plus fabriquer le produit sur le site de Courthézon", s'inquiète Nicolas Mille.

"En 2005, nous avons déposé le brevet, raconte Nicolas Mille. Puis embauché six personnes et investi 400.000 euros pour les machines." Le concurrent chinois a modifié un détail du modèle. "Une modification suffisante pour casser le brevet et lui permettre d'inonder les marchés français et international en toute impunité", déplore l'arrière petit-fils du fondateur de l'entreprise.

Appel aux élus pour protéger les entreprises

Nicolas Mille est persuadé qu'aux Etats-Unis ou en Allemagne, il aurait gagné ce procès. "Il faut que les juges protègent les entreprises qui fabriquent en France. Surtout les petites entreprises comme nous", souligne le patron, qui emploie 66 salariés dans le Vaucluse.

"Nous ne pouvons pas lutter contre les salaires asiatiques." Il réfléchit à faire appel de la décision de justice. Et lance un cri d'alarme en direction de nos élus. Pour se défendre face à la concurrence asiatique, il demande une volonté politique plus marquée.

Le chef d'entreprise s'agace du décalage entre la réalité et les discours des politiques : "Protéger les entreprises françaises et notre industrie, c'était le discours des politiques pendant la campagne. Mais s'ils veulent vraiment réindustrialiser la France, il faut que derrière, au niveau juridique, on ait les armes suffisantes pour se défendre !"

L'entreprise Gaston Mille en chiffres

  • 400.000 paires de chaussures produites chaque année, les trois-quarts à Courthézon,
  • Plus de 12 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec une progression de 15% en 2016,
  • 66 salariés à Courthézon, un commercial à Chicago (États-Unis) et un à Kuala-Lumpur (Malaisie)
  • Plus de 300 emplois indirects dans le monde

  - Aucun(e)

Durant toute la durée des campagnes pour l’élection présidentielle et les législatives, France Bleu a choisi de ne pas relayer de sondage sur son site internet. Fidèle à son image de proximité, France Bleu donne la parole au plus grand nombre au travers des reportages réalisés sur le terrain par les rédactions des 44 locales du réseau France Bleu.