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Économie – Social

Faute de débat public, deux maires lancent un vote citoyen sur la gestion de l'eau dans le Grand Toulouse

lundi 5 novembre 2018 à 18:27 Par Mathieu Ferri et Stéphanie Mora, France Bleu Occitanie

Alors que le conseil communautaire de Toulouse Métropole doit voter le 13 décembre prochain sur la gestion de l'eau (publique ou privée), les maires de l'Union et Brax lancent une consultation citoyenne, et regrettent l'absence de débat public.

Un robinet (illustration)
Un robinet (illustration) © Maxppp - Jean-Luc Flémal

Brax, France

La guerre de l'eau dans le Grand Toulouse ! Les élus de la métropole doivent décider le 13 décembre prochain de la gestion de l'eau à Toulouse, mais aussi dans les 36 autres communes de l'agglomération. Pour l'instant, chacune fait comme elle veut : distribution par une régie publique, ou délégation au privé. L'eau de la ville de Toulouse par exemple est distribuée par le privé Veolia. Celle de Balma, par l'entreprise Suez. A Tournefeuille et à Colomiers, les mairies ont choisi le public, avec des régies municipales.

Le 13 décembre, le choix sera fait pour toutes les communes de la métropole. La gestion sera identique partout sur le territoire à partir de 2020, avec même un prix unique pour les 37 communes. Le président de la métropole Jean-Luc Moudenc a fait réaliser des études sur chaque dispositif pour comparer et étayer ce choix.

Le choix est crucial, car il s'agit d'un marché d'1,3 milliard d'euros sur douze ans. Mais faute d'un réel débat dans les communes concernées, deux maires (sur 37) viennent de lancer une consultation citoyenne. Les habitants de l'Union et de Brax peuvent donner leur avis jusqu'à ce vendredi 10 novembre, et dire s'ils sont pour le public ou le privé.  Mais ce sont les seuls de toute l'agglomération ! Les autres maires ont refusé une telle votation, au grand dam des associations. Pour le maire de Brax, François Lépineux, cette consultation c'est d'abord une question de démocratie : "parce qu'on est sur un sujet hors-normes : l'accès à l'eau. On souhaite donc (...) expliquer aux gens quels sont les enjeux, et demander leurs avis".

La peur du privé

Le débat, c'est ce que demande depuis des mois le collectif "Eau Secours" à Toulouse, qu'on soit partisan du privé ou du public. Guillaume Drijard, lui, a un avis bien tranché. Membre du collectif, il est contre la gestion privée, à cause des dividendes qui pourraient être versés aux actionnaires : "ils pourraient monter jusqu'à 7%, soit environ 80 millions d'euros. Quand on regarde concrètement à quoi ça peut servir, on voit qu'une année du renouvellement du réseau d'eau, c'est le même montant. Donc on a une partie de l'argent de la facture qui ne va pas servir à la qualité du service".

Ce qui compte aussi pour les partisans du public c'est de garder la maîtrise, en cas de sécheresse par exemple. Pouvoir aussi proposer des tarifs sociaux. Le maire de Brax veut également qu'on regarde au delà du prix du mètre cube. Pour François Lépineux, ce n'est qu'une goutte d'eau dans un océan d'enjeux : "ça c'est le piège, cette question de prix. Alors que l'accès à l'eau embarque toute une série de sujets, sur la santé, la qualité de l'eau, ou encore environnementaux. Le risque c'est que quand on a un délégataire privé, lui ne travaille que sur le contrat sur lequel on l'a missionné".

Comment mesurer quel est le meilleur dispositif ? 

Invité de France Bleu Occitanie matin ce mardi, Rémi Barbier, professeur à l'Ecole nationale du génie de l'eau et de l'environnement à Strasbourg a livré quelques éléments pour nous aider à comprendre comment peut se choisir le mode de distribution et de gestion de l'eau. 

RÉÉCOUTER : Rémi Barbier professeur à l'Engees, spécialiste des questions de gestion de l'eau

Selon lui il faut y voir deux dominantes techniques : l'appréciation de la performance du service (entretien du réseau, taux de fuite ou taux de réclamation des usagers) , et le prix 

"En France, chaque ménage paye en moyenne 39€ par mois (moyenne nationale pour assainissement et distribution.) Le mètre cube d'eau en France est de 3,92€. 3,71€ en régie publique, 4,12€ en délégation privée mais il faut tenir compte des éléments de contexte. C'est crucial" Rémi Barbier de l'Engees

Avec des caractéristiques locales propres (facteur d'urbanisme, qualité de la ressource ...) le rapport qualité prix peut varier. 42% des Français sont desservis en eau par une entreprise privée. 

L'autre dominante est politique. Le mode de gestion est un choix éthique et politique. "Ca dépend du contrôle que la collectivité souhaite exercer sur l'opérateur" ajoute Rémi Barbier. "En France, une centaine de villes sont passées en gestion publique (comme Nice ou Grenoble, NDLR). "La tendance à une "remunicipalisation" est réelle, idem dans le monde. Au nom du bien commun que constitue l'eau. Ces villes considèrent que le profit est illégitime dans la gestion de ce bien premier".