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Économie – Social

Gilets jaunes à Biarritz : "un mur de la honte" contre les violences policières

lundi 31 décembre 2018 à 5:56 Par Lisa Melia, France Bleu Pays Basque et France Bleu

Les gilets jaunes de la côte basque se sont réunis ce dimanche 30 décembre sur la Grande plage de Biarritz pour protester contre les violences policières. Au-delà de ce mot d'ordre, les sources de la colère se sont révélées nombreuses.

Les gilets jaunes ont exposés des photos présentées comme des manifestants blessés par les forces de l'ordre
Les gilets jaunes ont exposés des photos présentées comme des manifestants blessés par les forces de l'ordre © Radio France - Lisa Melia

Biarritz, France

Sur des pancartes, une dizaine de photos de visages tuméfiés. Monica les a patiemment répertoriés et imprimés pour "dénoncer la répression policière", explique-t-elle : "Ce sont des gens qui ont reçu des tirs de flashballs de la part des forces de l'ordre, certains ont perdu un œil, un jeune a perdu une main. Les images sont très choquantes. C'est un mur de la honte."

C'est un "mur de la honte", affirme Monica, qui a compilé les photos - Radio France
C'est un "mur de la honte", affirme Monica, qui a compilé les photos © Radio France - Lisa Melia

Ce dimanche 30 décembre, la soixantaine de gilets jaunes réunie devant la Grande plage de Biarritz, à côté du casino, affiche une longue liste de colères. Ce qui a déclenché le rassemblement, c'est l'histoire de Lola, la jeune femme de 18 ans, qui a reçu un tir de flashball en plein visage, le 18 décembre dernier, au cours d'une manifestation à l'occasion de la réunion préparatoire pour le G7 à Biarritz. Elle a eu la mâchoire fracturée, des dents cassées et la joue ouverte. Toutefois, ce mot d'ordre n'est que l'un des motifs de la colère que les gilets jaunes expriment.

Contre "les violences policières"

Angéline, la trentaine, se souvient de cette journée du 18 décembre. Pour la manifestante, "ça devient difficile d'encaisser les coups". Tous se présentent comme des pacifiques, qui défilent en chanson et avec des chaînes humaines. Certainement pas dans l'optique d'affronter les CRS. "On a été gazés, on a dû courir dans les rues, se remémore Angéline. C'était surréaliste pour une ville comme Biarritz. D'ailleurs, des habitants sont venus nous dire qu'ils avaient vu, depuis leur balcon, que les violences étaient venues de la police, pas de nous."

Certains gilets jaunes présents sur le parvis du casino n'hésitent donc pas à avoir des mots très durs. "Pour moi, ce sont des assassins", jette Gilbert, d'un ton calme, en regardant la galerie des visages abîmés, sur les pancartes. "Parce que les CRS visent la tête, alors que légalement, ils ne peuvent viser que les jambes et encore, en cas de légitime défense."

Blue, jeune maman qui essaie de participer à autant de cortèges que possible dans la région, raconte avoir fait le déplacement jusqu'à Bordeaux, samedi 29 décembre. "Les CRS nous ont chargés dans des rues piétonnes, où il y avait des non-manifestants. Nous avons dû aiguiller les non-manifestants pour qu'ils ne se retrouvent pas face aux CRS. On se fait casser pour un oui, pour un non. J'ai vu des gens prendre des tirs de flashball dans la tête, dans l'abdomen, dans les côtes ou le bas-ventre."

Une petite soixantaine de gilets jaunes se sont réunis devant la Grande plage de Biarritz. - Radio France
Une petite soixantaine de gilets jaunes se sont réunis devant la Grande plage de Biarritz. © Radio France - Lisa Melia

"Notre seule arme, c'est un gilet jaune", s'agace Thomas, venu des Landes. Il dit son incompréhension face aux forces de l'ordre : "Quand les policiers se font attaquer, tout le monde en parle. Mais personne ne dit rien sur les violences policières contre nous. Ici, on ne voit aucun casseur et de toutes façons, ils sont reconnaissables, avec leurs casques et leurs protections. Nous n'avons qu'un gilet jaune sur le dos."

L'inspection générale de la police nationale a ouvert 48 enquêtes sur des soupçons de violences policières depuis le 17 novembre 2018. Certaines affaires ont déjà été médiatisées, avec des relais importants sur les réseaux sociaux, comme la vidéo d'un passage à tabac, lors des manifestations du 1er décembre à Paris. Et alors qu'un manifestant a de nouveau été blessé gravement, samedi 29 décembre, à Toulouse, la Ligue des droits de l'Homme déplore "l'usage disproportionné des outils de maintien de l'ordre", ainsi qu'une "augmentation en nombre et qualité d'armes mutilantes". 

Contre "ceux d'en haut et leurs avantages"

Rapidement, les revendications premières du mouvement sont évoquées par chacun des manifestants. Ils disent que leur sentiment d'injustice est amplifié par les entraves qu'ils rencontrent pour manifester, mais les sources de la colère restent les mêmes : "on veut juste vivre dignement", résume Blue. "Ceux qui ont des avantages, ce n'est pas nous, ce sont eux."

"Eux" : le mot revient souvent. Il désigne les députés, les sénateurs, "ceux d'en haut", le sommet de l'Etat. Ceux qui, selon les gilets jaunes, veulent "faire taire le peuple".  "Il n'y a de justice que pour ceux qui ont de l'argent, affirme Thomas, le Landais. Nous venons manifester pacifiquement avec un gilet jaune et on passe six heures en garde-à-vue. Ceux qui volent des millions n'ont jamais rien." Et il cite les noms d'Alexandre Benalla et de Jérôme Cahuzac, qui, malgré les poursuites, voire les condamnations à leur encontre, "passent entre les mailles du filet" estime Thomas. "Par contre, dès que le petit peuple se révolte, il faut l’étouffer tout de suite."

Contre "les fausses informations"

Autre sujet de colère qui revient très souvent dès que l'on discute avec les gilets jaunes : les chiffres de la mobilisation. Nombreux sont ceux qui sont persuadés que les médias traditionnels ne sont pas fiables et qui les accusent d'être contrôlés par "ceux d'en haut". Nombreux sont ceux qui s'insurgent quand ils entendent les chiffres officiels de la mobilisation, fournis par les préfectures : pour l'acte VII, samedi 29 décembre, un total de 38.600 manifestants a été recensé dans les principales villes de France, avec Bordeaux en tête de gondole, où 2.400 personnes se sont rassemblées. La semaine précédente, 66.000 manifestants s'étaient mobilisés dans toute la France. Le 17 novembre, premier weekend du mouvement, 282.000 gilets jaunes avaient été comptés.

Cette décrue de la mobilisation, les gilets jaunes ne la constatent pas sur le terrain et ils contestent les chiffres. "Là où ils sont mille, ils disent qu'ils sont trois cents ! Ce n'est pas vrai, ils ne nous montrent que ce qu'ils veulent", répond Gilbert. Tous affirment que les rangs grossissent, non seulement au Pays Basque, mais dans toute la France, ce qu'ils constatent via les photos et les vidéos diffusées par des amis ou de la famille dans d'autres régions. Ceux qui étaient à Bordeaux la veille avancent le chiffre de 5.000 manifestants, soit le double du décompte fourni par la préfecture.

"On se rend compte qu'il y a de plus en plus de gens dans les rues, assure Angéline. C'est comme un tsunami : la vague s'est retirée pour les fêtes, mais elle revient et le peuple y arrivera, c'est une évidence."