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Économie – Social

Grève à la SNCF : "Ce président est brutal dans sa méthode" estime Bernard Thibault, ancien leader de la CGT

mardi 17 avril 2018 à 19:13 France Bleu Pays de Savoie

En conférence en Maurienne, l'ancien cheminot et ex-leader de la CGT, Bernard Thibault, a répondu aux questions de France Bleu Pays de Savoie : toujours aussi combatif et militant pour défendre le rail avec ses idées.

Bernard Thibault leader de la CGT-cheminots en 1995
Bernard Thibault leader de la CGT-cheminots en 1995 © Radio France - Christophe Van Veen

Savoie, France

Ce mardi, l'Assemblée nationale a adopté très largement en première lecture la réforme ferroviaire : 454 voix pour, 80 contre. Les opposants ne désarment avec deux nouvelles journées de mobilisation ce mercredi et jeudi. 

Retraité de la SNCF, aujourd'hui administrateur à l'Observatoire international du travail, Bernard Thibault, 59 ans, ancien leader CGT - du mouvement de 1995 -, était invité ce mardi soir à Saint-Jean-de-Maurienne pour parler de son ouvrage "La troisième guerre mondiale est sociale". Questions-réponses. 

Bernard Thibaut

Y'a-t-il des analogies avec le mouvement de 1995 ?

Bernard Thibault : Le premier point commun, c'est l'avenir de la SNCF, ce grand service public. Un des problèmes récurrents, c'est cet Etat qui ne prend pas ses responsabilités, qui s'est servi de l'entreprise pour s'endetter, pour commander notamment le programme de TGV. Autre similitude, une intransigeance gouvernementale. La brutalité avec laquelle ce gouvernement a annoncé une réforme, une mise à bas du service public, qui ne figurait pas dans son programme, il n'y en avait pas une ligne ! 

Brutale à cause des options choisies : changement du statut juridique (toutes les entreprises qui sont passées par là ont sombré dans une privatisation totale, voire une disparition) , ouverture à la concurrence comme un dogme (alors que ça n'est pas une obligation européenne) et enfin recrutement des personnels hors du statut social qui existe depuis des décennies. Le premier réseau ferré en Europe au niveau de la  qualité, selon divers organismes spécialisés, est en Suisse, et il est 100 % public ! On voit bien que ce n'est pas le statut qui va conditionner la qualité du service.  

Est-ce qu'on peut faire le même type de grève qu'en 1995, en paralysant le pays ?

La génération de cheminots d'aujourd'hui a retenu le principe d'une grève sur la durée, un marathon plutôt qu'un sprint, en relevant le défi. Ce qui va permettre d'expliquer vraiment aux Français de quoi il s'agit. Les Français sont-ils favorables à la disparition du service public national du train ?

Le statut, c'est un casus belli pour vous ? Ou vous admettez que c'est dans l'air du temps de toucher à ce que d'aucuns qualifient de privilège ?  

Par les temps qui courent, excusez-moi !  le mot "privilège",  je l'attribue à d'autres profils proches des mesures de ce gouvernement, je pense à la suppression de l'impôt sur la fortune. Il y a de vrais privilégiés dans notre pays, je ne les situe pas parmi les salariés du public ou du privé. Par ailleurs, je suis fier de voir les cheminots se battre aussi pour les droits sociaux des générations futures. Certains ouvrent les vannes, l'avenir de la société "moderne" serait de laminer les droits sociaux les plus fondamentaux.

Je suis fier de voir les cheminots se battre pour les droits sociaux des générations futures - Bernard Thibault CGT

En 1995, les syndicats étaient unis...   

Un ancien président de la République m'avait dit : "Quand vous avez tous les syndicats sur la même position, vous avez un problème." S'agissant du conflit des cheminots, les quatre principales organisations syndicales avancent avec une plateforme commune en huit points et je vois que tous les préavis de grève se font en commun. Le gouvernement laisse fuiter des petites musiques différentes, c'est un grand classique. Je ne vois pas de division syndicale. 

Emmanuel Macron martèle qu'il ira jusqu'au bout de sa réforme.

Oui bien sûr ! J'en ai entendu un qui disait : "Je suis droit dans mes bottes !" C'est ce gouvernement qui a déclenché cette grève. C'est donc ce gouvernement qui a la clé pour la faire cesser. 

Permettez-moi de considérer que ce président est brutal dans sa méthode, y compris en maniant le mensonge. je l'entends dire que les cheminots français seraient payés 30 % de plus que les autres en Europe. Lorsque toutes les organisations ont demandé à la ministre des Transports d'expliquer ce soit-disant surcoût, elle a été incapable de répondre.

Ce président est brutal dans sa méthode - Bernard Thibault

Naturellement, si on dit aux Français "En supprimant le statut des cheminots , vous allez économiser sur votre billet de train. ", il est évident qu'ils vont soutenir la réforme. Sauf que ça ne repose sur aucune réalité objective.

Une écrasante majorité des parlementaires de l'Assemblée Nationale vient de voter la réforme en première lecture. 

Ça ne veut pas dire qu'une écrasante majorité des citoyens est d'accord avec eux. Les parlementaires sont devenus les soldats du président de la République. C'est une dérive de la Vème République. Au départ, je le rappelle, le texte devait passer par ordonnance. C'est une des vertus de cette grève que d'avoir mis le sujet en débat, d'avoir alerté les Français. 

Vous êtes retraité de la SNCF, mais vous avez toujours des antennes dans l'entreprise. Comment ça se passe à l'intérieur entre la direction, les cadres et les cheminots ?

En 1995 déjà, il y avait des cadres qui soutenaient le mouvement. Là aussi, on a parlé de la prime proposée par la direction pour que les cadres conduisent les jours de grève, il y a eu très peu de réponses positives. C'est bien le signe d'un malaise. 

Et puis moi, ce qui m'étonne dans cette situation, c'est que la SNCF est la seule entreprise où on demande à ceux qui sont en responsabilités depuis des années - sous-entendu en "échec" d'après les pouvoirs publics - qui sont en charge de définir les voies de l'avenir. Je pense à Guillaume Pépy ou à la ministre des Transports dont je rappelle qu'elle a été dirigeante de la stratégie de la SNCF ! On a peut-être de quoi douter de ses capacités à trouver les bonnes solutions. D'autant plus que la SNCF appartient à la Nation. C'est donc collectivement que l'on doit se mobiliser pour tracer l'avenir du rail en France.