Économie – Social

Grève à la SNCF : pour Gilles Savary, "le système ferroviaire est au bout du rouleau"

Par Xavier Ridon, France Bleu Gironde jeudi 12 juin 2014 à 18:37

Gilles Savary dans le studio de France Bleu Gironde
Gilles Savary dans le studio de France Bleu Gironde © Radio France - Florence Pérusin

Le député socialiste de la 9e circonscription de Gironde, Gilles Savary, espère la fin du conflit à la SNCF qui se déroule depuis mardi dernier et qui est reconduit ce vendredi. Le rapporteur du projet de loi pense que la réforme ferroviaire répond aux attentes de tous les syndicats.

Trois questions à Gilles Savary, député PS de Gironde.

Malgré le conflit, vous partagez le même diagnostic que les syndicats à propos du système ferroviaire ?

Gilles Savary : Il est au bout du rouleau et au bord de l’affaissement. Au plan financier, il y a un endettement vertigineux de 40 milliards d’euros de dettes auxquels s’ajoutent 1,5 milliards d’euros d’intérêts d’emprunts tous les ans. Au niveau des trafics, il y a un affaissement du fret ferroviaire malgré quatre plans successifs. Le TGV commence à faire perdre gravement de l’argent à la SNCF. Les trains sont en panne. Ceux de l’Ile-de-France sont en voie de précarisation rapide alors qu’ils font voyager 3 à 4 millions de personnes par jour. Donc on a besoin de se ressaisir. Avec notre savoir-faire, nous avons des atouts formidables. Mais nous avons besoin de nouvelles formes ferroviaires pour que notre chemin de fer trouve un second souffle au cours de ce XXIe siècle. Ce n’est pas tout à fait comme au XIXe siècle qui était un chemin de fer de fret, ni celui du XXe où on avait moins de voitures et donc plus de passagers dans les trains. Maintenant il faut qu’on se repositionne. On part du même diagnostic que les syndicats.

Pour autant le dialogue avec les syndicats est difficile…

Nous avons du mal à saisir leurs revendications. Nous proposons un groupe unique et voulons faire un groupe de service public à la française. C’est difficile de voir que ceux auxquels on a souhaité faire plaisir nous reproche cette architecture. On ne sait pas trop quoi répondre. C’est aussi une réforme qui vise à mettre en place des règles de financement de l’infrastructure qui évitent d’aggraver l’endettement. Les syndicats le demandent. Troisièmement, c’est une réforme protectrice des cheminots et de la SNCF. On créé une convention collective du rail. Aujourd’hui, il y a 30 compagnies ferroviaires sur le chemin de fer. En appliquant les directives européennes, ces compagnies peuvent faire du dumping social. Nous ne voulons pas qu’il se produise sur le rail ce qui s’est passé sur le transport routier. La réforme veut donc protéger les personnels, rendre plus performants notre système ferroviaire et progressivement le rendre plus vertueux sur le plan financier. C’est à peu près ce que demandent les syndicats, donc franchement on n’a plus beaucoup de grains à moudre puisque la réforme répond à leurs revendications.

Alors pourquoi les syndicats et cheminots parlent de souffrance ?

Les cheminots ont fait beaucoup d’effort de productivité. En 1983, il y avait 100 000 cheminots de plus qu’aujourd’hui. Mais aujourd’hui, on fait 400 millions de voyageurs de plus par an. Les cheminots ne sont pas un corps social inerte contrairement à la caricature qu’on entend. C’est vrai que les cheminots sont préoccupés. Ils pensent notamment à la dette de leur entreprise et se disent : "quand on travaille, les 1,5 milliards d’euros d’intérêts partent chez les financiers". Donc il faudrait assainir cette dette. C’est une question posée au gouvernement mais c’est très difficile pour lui d’y répondre. C’est peut-être là où il y a une petite marge manœuvre. En tout cas, en tant que parlementaire j’ai entendu le message.

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