Économie – Social

Grippe aviaire : les éleveurs du Gers tentent de relever la tête pour les foires au gras

Par Stéphanie Mora, France Bleu Toulouse lundi 23 octobre 2017 à 20:34

Dans 15 jours le marché au gras de Samatan connaîtra-t-il les grandes affluences des années précédentes pour son marché au gras du lundi?
Dans 15 jours le marché au gras de Samatan connaîtra-t-il les grandes affluences des années précédentes pour son marché au gras du lundi? © Radio France - Stéphanie Mora

Les foires au gras vont débuter dans la région toulousaine. Rendez-vous incontournable dans le Sud Ouest avant les fêtes. Mais après le dernier épisode de grippe aviaire, y aura-t-il assez de foie gras à Noël? La filière fait tout pour. La crainte d'une troisième épidémie hante les élevages.

"C'était brutal!" Ce lundi le vétérinaire inspecteur du marché au gras de Samatan n'en revenait pas : en une semaine, la marchandise écoulée sous la halle est passée de 300 kg à plus de 700 kg. Inattendu et plutôt positif pour Didier Villate à deux semaines seulement du coup d'envoi des foires au gras : "les producteurs sont au rendez-vous ça part plutôt bien".

Le prix de la biosécurité va se répercuter sur les étiquettes

Mais à quel prix ! En deux ans les producteurs de foie gras ont du repenser leur manière d'élever les canards, et mettre aux normes leurs bâtiments. Sans aides ou presque. À L'Isle Jourdain, Francis Mauco a déboursé près de 20 000€ pour travailler 3000 canards : "mise en place de sas, d'aires de nettoyage, il faut se changer en permanence... Ce sont de nouvelles habitudes et il faut s'y plier." Jacques Candelon producteur de foie gras du Gers, a déboursé 200 000€ pour l'achat de nouvelle cages de transport, d'une station de lavage entre autre, et il compte d'autres frais liés à la biosécurité pour lutter contre le virus H5N8 : "Il faut savoir qu'une analyse complète d'un lot de canard c'est plus 3500€ et il faut la réaliser en 48h. C'est insupportable pour la filière!" Résultat : Attendez-vous à voir moins de foie gras sur les étals... et plus cher. L'interprofession annonce une baisse de 16% de la production en France par rapport à 2016, soit 11 700 tonnes. Ce lundi à Samatan, le kilo se négociait autour de 32€ pour le foie gras de canard et jusqu'à 50€ pour l'oie. Soit trois ou quatre euros de plus que l'an dernier.

L'affiche d'information sur la biosécurité est bien en évidence à l'entrée du marché au gras de Samatan. - Radio France
L'affiche d'information sur la biosécurité est bien en évidence à l'entrée du marché au gras de Samatan. © Radio France - Stéphanie Mora

Les producteurs sont sur la corde raide. À Samatan, on évoque quelques éleveurs qui ont abandonné le foie gras d'autres qui travaillent en coopérative. Pour Jacques Candelon les prochains mois seront déterminants :

"L' objectif aujourd'hui pour tout le monde c'est de survivre et d'être capable de pouvoir affronter une éventuelle troisième crise, si elle arrive". Jacques Candelon, producteur de foie gras du Gers.

De l'avis de tous , une troisième épidémie de grippe aviaire pourrait être fatale à la filière qui n'a reçu aucune indemnisation pour la perte d'exploitation liée aux longs mois de vide sanitaire imposé.

Francis Mauco, producteur à L'Isle-Jourdain : "les prix et la demande ont baissé au printemps mais le principal maintenant c'est que où tombe le virus, il ne doit pas se disperser"

Une cartographie pour surveiller le virus

Après deux violents épisodes de grippe aviaire (en 2016 et 2017) et l'abattage massif de poussins et de volailles au printemps dernier avec un vide sanitaire strict dans les élevages de 1134 communes réparties sur 18 départements du sud-ouest, le salut pourrait passer par cette initiative du cluster biosécurité régional d'Agrolandes près de Saint-Sever (40). Il s'agit d'un dispositif de surveillance des exploitations : une cartographie qui couvre l'Aquitaine et l'Occitanie couplé à un système d'alerte en cas de foyer détecté. objectif : mettre à l'abri les élevages environnants avant même d'avoir la confirmation par les services sanitaires qu'il s'agit du virus de la grippe aviaire. 80% des exploitations des deux régions sont déjà recensées. Le système d'alerte entrera en vigueur le 15 novembre. Pile au début du passage des oiseaux migrateurs. Les éleveurs vont retenir leur souffle jusque mi-janvier.

Marc Chazaux, directeur général d'Agrolandes, nous explique le dispositif d'alerte mis en place en Nouvelle Aquitaine et en Occitanie.