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Guerre en Ukraine : comment l’Europe peut réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes

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Les États-Unis ont décidé un embargo sur le pétrole russe, en réponse à l'invasion de l'Ukraine. L'Europe, beaucoup plus dépendante des importations d'hydrocarbures de Russie, n'a pas suivi pour l'instant. Les 27 qui se réunissent jeudi et vendredi à Versailles cherchent encore une position commune.

Les Européens cherchent des alternatives au gaz russe, dont certains pays sont très dépendants. Les Européens cherchent des alternatives au gaz russe, dont certains pays sont très dépendants.
Les Européens cherchent des alternatives au gaz russe, dont certains pays sont très dépendants. © Maxppp - Vanessa MEYER

L'objectif affiché est de "porter un nouveau coup puissant" au financement de la guerre contre l'Ukraine. Le président américain Joe Biden a décidé mardi d'interdire les importations de pétrole russe, une précieuse source de revenus pour le chef du Kremlin, Vladimir Poutine. Pour l'heure, les Européens, davantage dépendants des livraisons d'hydrocarbures russes, n'ont pas suivi. Comment réduire cette dépendance à court terme et limiter les effets d'une telle décision sur le pouvoir d'achat des populations ? L'UE cherche des alternatives mais les États membres, qui se réunissent à Versailles jeudi et vendredi, peinent à s'accorder, la dépendance des pays aux produits pétroliers russes étant, comme pour le gaz naturel, très variable. 

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Une dépendance aux hydrocarbures russes variable dans l'UE

Les importations de pétrole russe couvrent 8% des besoins des Américains, contre environ 25% de ceux des Européens. Une moyenne qui recouvre des réalités différentes : si certains pays, comme la Slovaquie (78,4%), la Lituanie (68,8%) ou la Pologne (67,5%) sont dépendants à plus de 60% du pétrole russe, d'autres, à l'image de la France (13,3%), l'Italie (12,5%), l'Espagne (5,6%) ou le Portugal (4%) sont moins contraints.

La Russie fournit en outre 40 à 45% du gaz européen, 55% pour l'Allemagne, 77% pour la Bulgarie et même 100% pour la République tchèque. Mais d'autres pays européens, dont la France, ont davantage diversifié leurs sources d'approvisionnement. Le gaz russe ne représente que 16,8% des importations de gaz de l'Hexagone, 10,4% en Espagne et pas plus de 9,7% au Portugal.

Europe. La dépendance au gaz russe © Visactu

Un embargo trop périlleux pour certains États membres

Pour réduire la dépendance aux hydrocarbures russes sans mettre en péril l'économie des pays les plus exposés, la Commission européenne a écarté l'idée d'un embargo et proposé mardi aux 27 États membres un plan, baptisé "REPowerEU", les invitant à multiplier leurs sources d'approvisionnements, à gonfler les stocks et diminuer la consommation d'énergie. Objectif affiché : parvenir, dès cette année, à réduire de deux-tiers les achats de gaz à la Russie.

Concrètement, la Commission préconise de recourir davantage à l'hydrogène et au biométhane, de discuter avec les principaux pays producteurs d'hydrocarbures que sont la Norvège, les États-Unis, le Qatar et l'Algérie et de coordonner l'utilisation des terminaux et gazoducs en Europe. Le continent a les capacités d'importer 50 milliards de m3 supplémentaires de gaz naturel liquéfié (GNL) par an. L'exécutif européen veut aussi organiser des achats groupés de gaz et mise sur les efforts de tous pour rendre l'industrie et les bâtiments plus économes en énergie (isolation, modes de chauffage, électrification...). La commission européenne estime que ses propositions pourrait permettre à l'UE de se passer complètement de gaz russe "bien avant 2030".

Optimisme prudent

Encore faut-il que la production suive et que les infrastructures existent. La Norvège, deuxième fournisseur de gaz à l'Union européenne derrière la Russie, produit déjà à plein régime et ne peut augmenter ses livraisons, a répété son Premier ministre Jonas Gahr Støre mardi lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki en visite à Oslo.

Autre option : importer du gaz naturel liquéfié (GNL) en cargo depuis les États-Unis ou le Qatar. Mais les stocks ne sont pas illimités et cela impose de disposer de terminaux méthaniers pour le regazéifier. La France en possède quatre, l'Allemagne aucun pour l'heure.

Économiste spécialisée en questions énergétiques et directrice de la chaire d'économie et du climat à l'Université de Paris Dauphine, Anna Creti juge la feuille de route de la Commission européenne "optimiste". "On est face aujourd'hui à une contradiction qui n'est pas nouvelle", a-t-elle expliqué sur franceinfo . "On se rend compte sous les coups de ces conflits de phénomènes structurels qui ont caractérisé l'économie européenne depuis plus de 80 ans et qui auraient dû être remis en question déjà il y a longtemps. Je suis un peu pessimiste sur le fait qu'on arrive à tenir cette feuille de route, même en admettant qu'elle ait le consensus des pays européens en huit mois, alors qu'on a fait des objectifs beaucoup moins ambitieux pendant dix ans."

Moins dépendante de Moscou, la France se refuse cependant à faire cavalier seul. "Au cours des deux dernières semaines, la coordination européenne a été très étroite, d'une rapidité et d'une unité historique", a salué Emmanuel Macron mercredi, appelant à poursuivre en ce sens.

Accélérer la transition énergétique

Le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine est l'occasion d'accélérer la transition énergétique pointent enfin plusieurs spécialistes. "Que ce soit pour le climat ou pour la Russie, il y a un intérêt fort à changer nos habitudes. À se chauffer moins fort, à être plus sobres et efficaces dans nos usages", estime par exemple Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting interrogé par franceinfo. Baisser le chauffage d'un degré permettrait d'économiser chaque année en France l'équivalent de 12-15 navires méthaniers, a rappelé la patronne de l'énergéticien français Engie, Catherine MacGregor.

Pour l'économiste Laurence Tubiana, cheville ouvrière de l'accord climat de Paris, le sommet européen qui se déroule cette fin de semaine à Versailles sera "crucial". "C'est aux chefs d'État de poser une réponse à la hauteur et de définir un cap politique", a-t-elle déclaré à l'AFP.

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