Économie – Social

Hôpital public : plusieurs milliers d'infirmiers et aide-soignants dans la rue pour dénoncer les cadences infernales

Par Marina Cabiten, France Bleu mardi 8 novembre 2016 à 3:30 Mis à jour le mardi 8 novembre 2016 à 19:29

Des infirmiers en grève à Toulouse
Des infirmiers en grève à Toulouse © Maxppp - THIERRY BORDAS

Plusieurs milliers d'infirmiers, mais aussi d'aides-soignants, d'agents administratifs et autres personnels hospitaliers ont défilé partout en France ce mardi, contre "la dégradation de leurs conditions de travail et les pressions budgétaires". De nombreux syndicats avaient appelé à la grève.

Infirmiers, aides-soignants, agents administratifs : ils étaient plusieurs milliers ce mardi à défiler partout en France à l'appel d'un mouvement unitaire, inédit depuis 1988, afin de dénoncer des cadences infernales, le manque de temps passé auprès de malades et demander une meilleure reconnaissance de leur travail. Le taux de mobilisation de l'ensemble des personnels hospitaliers appelés à la grève a été de 9,6% sur la journée, y compris chez les personnels assignés, et de 14,6% chez les infirmiers, selon le ministère des Affaires sociales.

Réunion mercredi de l’intersyndicale

Le cortège parisien, composé de 3.500 manifestants selon les autorités, a rejoint à la mi-journée le ministère de la Santé. L'intersyndicale reçue par la Direction générale de l'offre de soins, ne s'est vue proposer "qu'un groupe de travail sur la qualité de vie au travail", et se réunira mercredi pour envisager de nouvelles mobilisations, comme une "grève générale et une manifestation nationale à Paris", si l’on en croit Force ouvrière. A Lyon, 1.300 à 2.000 soignants ont battu le pavé, selon les sources. Ils étaient 1.100 à Nantes selon la police, près d'un millier à Strasbourg, 600 à Tours et 350 à Orléans. Ils étaient environ 250 à Rennes au slogan de "Ni amendable, ni négociable, retrait de la loi Touraine". Quelques centaines également à Marseille, Caen, Montpellier, Tarbes, Lille, Besançon et Bourges, Nice et Nancy.

Tous exaspérés

À Paris, rendez-vous était donné à 10h à Montparnasse pour une manifestation en direction du ministère de la Santé. "Les conditions de travail des salariés se dégradent considérablement", explique Mireille Stivala, secrétaire générale de la fédération CGT santé et action sociale. "On est en compression budgétaire permanente depuis une dizaine d'années", renchérit Jean Vignes, son homologue de SUD Santé Sociaux. "Il y a vraiment une exaspération prégnante à l'hôpital, partagée" par toutes les catégories de professionnels, souligne Denis Basset (FO), rappelant que l'intersyndicale de praticiens Avenir Hospitalier, entre autres, soutient le mouvement.

Fermetures de services, manque de personnels, accroissement de l'activité, course à la rentabilité : les facteurs contribuant au mal-être, voire à l'épuisement des personnels, sont nombreux, selon leurs représentants.

On voit des gens en pleurs dans les services parce qu'ils ont peur de mal faire leur travail - Marie, aide-soignante de 38 ans dans le Loiret.

Crainte pour les personnels, mais aussi pour les patients

Les suicides de plusieurs soignants cet été, dont au moins cinq infirmiers, ont mis en lumière un malaise profond, selon l'intersyndicale, qui affirme que les drames "se multiplient", certains restant "sous silence". Elle réclame pêle-mêle "l'arrêt des fermetures de lits et des suppressions de postes", l'"abandon" du plan d'économies de "3,5 milliards d'euros" sur trois ans d'ici 2017, ou encore "l'abrogation de la loi santé" qui a instauré les groupements hospitaliers de territoire (GHT), faisant craindre des restructurations. "C'est de plus en plus difficile de se concentrer sur les patients", selon une aide-soignante.

"On veut être entendu et on veut des annonces concrètes", résume Nathalie Depoire, la présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI), déjà à l'origine d'un mouvement de grève en septembre, qui n'avait été suivie que par 1,45% des infirmiers hospitaliers, selon le ministère.

Depuis 2012, l'hôpital c'est 10 milliards d'euros de plus

La ministre Marisol Touraine a souligné dimanche que "depuis 2012, l'hôpital c'est 10 milliards d'euros de plus", et que "les infirmières, par exemple, ont eu des revalorisations qui vont de 250 à 500 euros par an". Elle a aussi souligné qu'il y avait eu sur la même période "des postes en plus" avec "31.000 soignants de plus à l'hôpital : 26.000 infirmières, 3.000 médecins, 2.000 aides-soignantes". Pour autant, a-t-elle ajouté, "je sais que des efforts considérables sont portés et que les conditions de travail sont parfois difficiles".