Économie – Social

Juste avant la trêve hivernale, les expulsions se multiplient à Toulouse

Par Jean Saint-Marc, France Bleu Toulouse jeudi 29 octobre 2015 à 18:33

Depuis six mois Sylvie est menacée d'expulsion
Depuis six mois Sylvie est menacée d'expulsion © Radio France - Jean Saint-Marc

A partir du 1er novembre, il est impossible d'expulser un locataire d'un logement, et ce, jusqu'au 31 mars. C'est la trêve hivernale. Juste avant qu'elle entre en vigueur, les expulsions se multiplient. Portrait de Sylvie, une Toulousaine menacée d'expulsion cette semaine.

Cela fait six mois que Sylvie est menacée d'expulsion mais c'est cette semaine, la dernière avant la trêve hivernale, qu'un huissier, un serrurier, quatre policiers et des déménageurs se sont présentés, en bas de son immeuble pour l'expulser de son logement. 

Heureusement pour Sylvie, des militants de l'association Droit au logement (DAL) étaient là, dans son appartement : en l'occupant, ils ont empêché l'expulsion par les forces de l'ordre. 

Au chômage du jour au lendemain

Sylvie a 2000 euros de dette auprès de son propriétaire, le bailleur social Toulouse Habitat. Depuis qu'elle a été licenciée il y a deux ans, cette quinquagénaire, qui fait des ménages dans des hôtels, a beaucoup de mal à payer son loyer : "je me suis retrouvée au chômage du jour au lendemain. Mon ancien patron ne m'a pas payée pendant six mois et quand j'ai voulu porter plainte il était parti à Cuba."

"450 euros de loyer, sans APL, je ne pouvais pas"

Ensuite tout s'enchaîne... Et les premiers mois de loyer impayés la privent de toute aide au logement : "j'ai plus eu droit à l'A.P.L. parce que j'avais des retards... Alors j'ai du payer le loyer complet. 450 euros, je ne pouvais pas !"

Aujourd'hui Sylvie a très peur d'être expulsée car elle n'a aucune solution de relogement pour elle et son fils de 27 ans qu'elle héberge dans un petit T3, quartier des Minimes.

>>> ECOUTEZ : le témoignage de Sylvie "si il n'y a rien on sera obligés de rester dehors."

Sylvie n'a aucune solution de relogement

Mercredi quatre policiers se sont présentés en bas de l'immeuble - Radio France
Mercredi quatre policiers se sont présentés en bas de l'immeuble © Radio France - Jean Saint-Marc

Normalement Sylvie va échapper, cet hiver au moins, à ce scénario noir. En se relayant dans son appartement les militants du DAL devraient lui permettre d'éviter l'expulsion. Mais il y a beaucoup d'autres cas d'expulsions en Haute-Garonne, et souvent, il n'y a personne pour s'interposer regrette Michel, militant au DAL depuis 5 ans. 

En ce moment c'est expulsion sur expulsion

"Septembre octobre, ça accélère à une vitesse phénoménale"

On ne connaît pas encore les chiffres pour cette année mais en 2014, en Haute-Garonne la justice a prononcé 2935 décisions d'expulsion, l'immense majorité pour des impayés de loyer.

Au niveau national ces chiffres sont en augmentation : selon la fondation Abbé Pierre il y a eu en 2014, 4,8% de décisions d'expulsion de plus qu'en 2013. Les expulsions avec le concours des forces de l'ordre sont elles aussi de plus en plus nombreuses : +15% entre 2013 et 2014 (au niveau national).

L'association Droit au Logement dénonce cette situation. Ecoutez la réaction de François Piquemal, porte-parole du DAL dans le sud-ouest :

On fout de l'argent en l'air pour remettre des gens à la rue

"Une expulsion ça coûte très cher au contribuable !"