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L'éducation nationale "c'est le règne du 'pas de vagues', on cache tout au public"

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Par , , France Bleu Orléans

Patrice Romain, ex principal de collège dans le Loiret, publie "Requiem pour l'éducation nationale" au Cherche-Midi. Ce livre-choc est "un cri d'alerte" : "je ne me reconnais plus dans les valeurs que véhicule l'éducation nationale, c'est le règne du "pas de vagues", on cache tout au public".

Patrice Romain, auteur de "Requiem pour l'éducation nationale"
Patrice Romain, auteur de "Requiem pour l'éducation nationale" - DR

Depuis plusieurs années, Patrice Romain, raconte, à travers des livres d'anecdotes et de situations, son quotidien de chef d'établissement, notamment au Collège Pierre de Coubertin à Saint-Jean-de-Braye, et évoque ce qu'il voit comme "les incohérences de la hiérarchie, les relations avec les parents, les élèves, les professeurs." Mais, cette fois, dans "Requiem pour l'éducation nationale" qui sort ce jeudi au Cherche-Midi, le ton est vraiment très dur, voire impitoyable. 

A la fin de son livre, Patrice Romain explique d'ailleurs qu'à cause de ça, il a pris sa retraite un peu plus tôt que prévu : "Stop! J'abandonne". Il était l'invité de France Bleu Orléans ce jeudi. "Mes livres précédents, c'était humoristique, c'était léger. Là, c'est vraiment un cri d'alerte que je lance parce que moi, j'ai voulu entrer dans l'Éducation nationale lorsque j'étais aussi grâce à l'exemple d'un maître extraordinaire. Et je ne me reconnais plus dans les valeurs que véhicule l'Éducation nationale. C'est le règne du "pas de vagues." On cache tout au public. C'est dramatique, c'est la déliquescence. Et puis voilà, rien ne se passait. C'est terrible. Je suis, _je suis désabusé, je suis triste._"

Dans l'actualité, il y a ce drame, la mort de Alisha, cette collégienne de 14 ans tuée à Argenteuil par deux autres lycéens au terme d'une période de harcèlement, de rivalité. Ce faits divers entre en résonnance avec votre livre, non ?

C'est dramatique. Un adolescent qui, dès qu'il décède dans ces conditions là, c'est vrai. Dramatique. Mais effectivement, qu'est ce que vous voulez que je vous dise, moi? Pendant des années, en tant que chef d'établissement, ma hiérarchie faisait pression sur moi, sur tous les autres, pour ne pas qu'il y ait de conseil de discipline à chaque fois. À chaque fois qu'on a un problème dans un collège, on nous incite fortement à ne pas faire de vagues. Et si on agit trop au niveau disciplinaire, ensuite, nous en subissons les conséquences au niveau de notre promotion et de notre mutation."

Donc, il y a une omerta, dites-vous, parce que trop de conseils de discipline, du coup, ça fait, ça ferait monter les chiffres à l'école ?

On cache les chiffres, on pipeaute les chiffres. En réunion de cadres, un inspecteur d'académie a clairement dit à tout le monde, suite à une réunion qu'il avait eue avec le ministre, "le ministre veut que les chiffres valident sa politique". Donc, on prend tout à l'envers. Tout en haut de l'échelle, on part du principe que tout va bien. Donc, il faut que nos chiffres valident le fait que tout va bien.

Pour vous, la laïcité recule à l'école, à cause de trop de renoncements de la part de la hiérarchie.

Bien sûr, c'est toujours le même principe : pas de vagues. C'est à dire qu'à chaque fois que l'on signale un fait de violence ou d'atteinte à la laïcité, on dit "oui, très bien, d'accord". Moi, j'ai eu un souci, il y a quelques années, d'une petite qui refusait d'aller à la piscine pour des raisons religieuses. Donc, j'ai appelé l'inspecteur d'académie qui m'a dit "Ah oui, c'est pas normal". Donc j'ai dit "c'est bon ? J'ai votre aval, je peux agir ?" Il me dit, deux points, ouvrez les guillemets.  : "par les temps qui courent, tout rappel à la laïcité peut être considéré comme un acte anti-musulman". Voilà la réponse de notre hiérarchie lorsque, sur le terrain, nous sommes confrontés à ce genre de problème !"

Vous y voyez une incompréhension profonde de la réalité de la part des ministres, des hauts fonctionnaires, d'une hiérarchie complètement déconnectée de ce qui se passe, selon vous. Parce que, vous le laissez supposer,  leurs enfants, n'y sont pas, dans ces écoles, c'est une accusation grave

_C_e n'est pas une accusation, c'est une constatation. Y a t il un enfant d'un haut fonctionnaire ou d'un ministre qui est scolarisé  en REP ? Non, on nie la réalité ! Je ne sais même pas si le ministre le sait. Je ne sais pas si le ministre est réellement au courant de tout ce qui se passe parce qu'il y a une hiérarchie intermédiaire qui, justement, fait barrage à chaque fois qu'il y a qu'il y a des problèmes."

Qu'est ce que vous attendez de ce livre "Requiem pour l'Education nationale" ?  Vous vous espérez qu'il ouvrira des consciences ? 

Oui, vraiment, je l'espère. J'espère que ce livre sera lu par énormément de personnes pour qu'enfin, gauche et droite confondues, tous les politiques s'asseyent autour de la même table et constatent qu'effectivement, sur le terrain, la réalité est bien différente de ce qu'ils pensent. Qu'ils se disent "bon, allez, on est allés trop loin, maintenant, que peut-on faire pour que réellement l'école puisse se dérouler dans des conditions sereines ? Qu'on instruise nos enfants dans un climat apaisé. Et puis que l'école joue son rôle !"

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