Économie – Social

L'Île de France, championne du chômage des moins de 25 ans

Par Armêl Balogog, France Bleu Paris Région mercredi 28 septembre 2016 à 18:52

Le "Salon Jeunes d'avenir" se tenait les 27 et 28 septembre à Paris
Le "Salon Jeunes d'avenir" se tenait les 27 et 28 septembre à Paris © Radio France - Armêl Balogog

73 700 jeunes de moins de 25 ans habitant en Île de France sont inscrits au Pôle emploi en tant que chômeurs de catégorie A, sans aucune activité. Et pourtant, de nombreuses mesures et de nombreux salons sont mis en place pour les aider à trouver un emploi. Exemple au "Salon Jeunes d'avenir".

Chaque année, les annonces pour les forums et les salons pour l'emploi des jeunes tapissent les murs du métro et l'ensemble des tableaux publicitaires franciliens. Rien qu'en 2016, les Franciliens de moins de 25 ans avaient le choix entre le "Salon de l'emploi et des jobs d'été" en février, le salon "Paris Métropole pour l'emploi des jeunes et l'égalité des chances" en février également, le "Rendez-vous de l'emploi" en mars, le "Forum emploi Initialis" en avril ainsi que les "Journées Jobs d'été", ou encore le "Forum jobs d'été étudiants", "Paris des métiers qui recrutent", le "Salon des 10 000 emplois" en juin, et le "Salon Jeunes d'avenir" en septembre. Sans compter les salons locaux organisés par les mairies, ni les événements "job dating" spécialisés dans certains secteurs d'activités. Autant d'offres, et pourtant le chômage des jeunes est reparti à la hausse en juin dernier.

73 700 jeunes franciliens sans aucune activité professionnelle

En août, 73 700 jeunes franciliens n'ont aucune activité professionnelle, sur les 94 400 qui sont inscrits au Pôle emploi (avec activité ou en formation). L'Île de France se place ainsi au sommet du classement des régions avec le plus fort taux de chômage chez les jeunes. Un "leader" en avance de près de dix milliers de jeunes chômeurs sur le deuxième : les Hauts-de-France avec leurs 64 700 moins de 25 ans sans activité. En un mois, le score francilien a augmenté de 11,7 %.

Des chiffres de l'emploi publié lundi 26 septembre par le ministère du Travail, on retient tout de même une note positive : sur une année, entre août 2015 et août 2016, le chômage des jeunes a légèrement baissé, de 0,8 %, soit 600 chômeurs de moins. Au niveau national, la hausse mensuelle est de 2,3 % pour 518 400 moins de 25 ans sans activité.

Une hausse proportionnelle aux chiffres globaux : 52 400 chômeurs de catégorie A en plus en un mois, tous âges confondus, soit 3 813 600 chômeurs sans activité en août. Une tendance en partie expliquée par les suites des attentats, selon la ministre du Travail, Myriam El-Khomri, dans un communiqué daté de ce lundi :

Cette hausse du chômage est notamment due aux "difficultés rencontrées dans certains secteurs d'activité particulièrement affectés par les attentats de juillet" à Nice et à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Elle pense notamment au secteur du tourisme, en berne depuis janvier 2015 et l'attentat contre Charlie Hebdo, mais surtout depuis novembre 2015 et les attentats au Stade de France et dans les rues de la capitale.

Un tour au "Salon Jeunes d'avenir" à Porte de la Villette à Paris

Le "Salon Jeunes d'avenir", un énième salon pour certains, un salon un peu spécial pour ses organisateurs, se tenait mardi 27 et mercredi 28 septembre au Paris Event Center, près de la Porte de la Villette à la limite Nord de Paris. 13 000 jeunes y étaient attendus, soit près d'un jeune francilien sans activité sur cinq, tous âgés de 16 à 25 ans, non-diplômés ou Bac+2 au maximum.

Dans les couloirs, certains sont habitués aux salons et aux forums de l'emploi. Facilement repérables, ils viennent avec leurs pochettes en cartons. A l'intérieur : lettre de motivation standardisée et curriculum vitae imprimés en une vingtaine d'exemplaires. Ils vivotent de stand en stand, déposent leurs papiers sur des piles, discutent un peu avec les recruteurs. D'autres, moins préparés ou plus timides, arrivent les mains dans les poches et s'en veulent quand ils réalisent qu'ils auraient dû prendre au moins un "CV".

Reportage d'Armêl Balogog - 13 000 visiteurs au "Salon Jeunes d'Avenir"

Mais dans ce salon, les jeunes sont choyés, coachés, guidés, conseillés, préparés. A l'entrée, ils le savent : 20 000 offres d'emploi les attendent. Elles ont été déposées par les employeurs jusqu'à un mois avant le jour J. Une centaine de bénévoles en gilet jaune identifient leurs besoins et les redirigent vers un atelier rédaction ou perfection de "CV" ou de lettre de motivation, un atelier "apprenez à convaincre votre futur employeur en une minute et trente secondes", un atelier relooking pour faire une photo élégante pour le "CV" ou encore un atelier ophtalmique pour tester sa vision, animé par Essilor International. Après être passés par ces ateliers, les jeunes n'ont plus qu'à mettre leurs nouvelles compétences à exécution en allant rencontrer les recruteurs - mais cela s'avère plus délicat que prévu.

Difficile de savoir dans quelle mesure les salons aident les jeunes

Certains rencontres sont assez tendues, à deux doigts d'être houleuses. Au stand Carrefour, un homme propose sa candidature pour travailler dans la grande distribution. Problème : il est électricien et rien n'indique, sur son "CV", qu'il est attiré par le milieu de la grande distribution. Il n'a aucune expérience dans le domaine. Aussi, le chargé de recrutement lui conseille de faire des stages en contactant des missions locales. "Le but ce n'est pas de leur mentir", commente-t-il. Si le profil ne correspond pas, il ne correspond pas. A la sortie, une jeune femme s'énerve :

"On me dit que je n'ai pas d'expérience, mais je viens de passer mon Bac".

Parfois, c'est l'emploi qui n'a pas le profil : la propreté, le transport, la logistique, quand des jeunes voudraient travailler dans l'art, le sport ou la chimie. D'autres jeunes encore n'osent pas viser les propositions de formation, en alternance notamment. Ils n'ont pas envie de se remettre dans les livres. Au final, les 13 000 visiteurs ne déposeront pas tous des "CVs", et parmi ceux qui en auront déposés, tous ne seront pas rappelés.

L'an dernier, trois mois après le troisième "Salon Jeunes d'avenir", 20 % des jeunes avaient trouvé un emploi grâce au salon, et 58 % pensaient en trouver un grâce à l'événement. Depuis, les organisateurs n'ont plus de données statistiques, les jeunes ne répondant plus à leurs emails de sondage. Mais cela reste de bons résultats pour Danielle Deruy, la directrice générale de l'Agence Éducation et Formation (AEF).

Pour lutter contre le chômage des jeunes, Myriam El-Khomri a demandé aux organisations syndicales, patronales et de jeunesse de réaliser un "diagnostic précis et objectif sur la question de l'insertion professionnelle des jeunes", selon un discours consulté par l'Agence France Presse. Cette concertation, répartie sur six séances, aura lieu entre octobre et décembre 2016.