Économie – Social

La commande du ferry du futur Pégasis serait utilisée par la coopérative agricole Sica pour faire pression sur l’Etat

Par Valérie Le Nigen, France Bleu Breizh Izel mardi 1 juillet 2014 à 12:20

Pegasis

La Sica conditionnerait la commande du ferry "le Pegasis " au financement par l’Etat d’un plan général d’investissement pour toutes les filiales de la coopérative agricole : la Brittany, Combiwest, deux projets de plateformes logistiques et la course de voile "la Route des Princes"

De source fiable proche du dossier, l’ensemble des projets d’investissement de la Sica, la coopérative agricole du Nord Finistère et de ces filiales (Brittany, Sica Developpement, Combiwest...) portent sur 500 millions d’euros . La Sica demanderait à l’Etat  160 millions de subventions et 150 millions d’euros de prêts de la part de la Caisse des Dépôts . Or, pour le gouvernement,  il y a deux problèmes : le montant des aides et la méthode. 

Des investissements tous azimuts

La Sica et ses filiales ont plusieurs dossiers sur le feu. D'abord, la mise aux normes des ferries existants qui doivent passer du fuel aux GNL, le gaz naturel liquide pour se mettre en conformité avec les nouvelles normes d’émission de souffre à partir du 1er janvier 2015 *. Sica Développement, doit aussi passer commande du Pegasis, ce ferry du futur, aux chantiers STX pour ensuite le louer à la Brittany.  La Sica a également en projet deux plateformes logistiques. Une autre de ces filiales,  Combiwest  ( opérateur privé de transport combiné rail-route) est en plein développement. La Sica porte aussi une action de valorisation de la Bretagne avec la course de voile «  la Route des Princes » dont la prochaine édition est prévue en 2015.  Selon une source proche du dossier, la Sica conditionnerait la commande de Pegasis aux chantiers STX à un engagement global de l’Etat sur le plan de financement, qui porte sur 500 millions d'euros. Les demandes de subventions porteraient sur 160 millions d’euros. 150 millions de prêt  à des taux minorés seraient demandéS à la Caisse des Dépots.

Une confusion pour Jean François Jacob

Joint par téléphone, Jean François Jacob, président de la Sica  a démenti ces chiffres tenus de sources sures, en estimant qu’il y avait "confusion ". Très lapidaire, le président de la Sica n’avait pas de temps à nous consacrer en indiquant qu’il "avait du travail ", que "les problèmes étaient connus " qu’il s’agit "d’aménagement du territoire et d’emplois " et qu’il ne ferait pas de commentaires.

Un engagement global de l’Etat avant de confirmer la commande de Pegasis

Selon cette source proche du dossier, la Sica demande un engagement global de l’ Etat avant de confirmer la commande de Pegasis aux chantiers STX de Saint Nazaire  alors que l’Etat demande à organiser des tours de table avec les banquiers, dossiers par dossiers. Le dossier est urgent mais Il semble qu’on assiste à un dialogue de sourds 

En fin de semaine dernière,  les chantiers STX se sont inquiétés de l’absence de plan de financement alors que la date limite était fixée au 30 juin.  Présenté comme le navire du futur, connu sous le nom de code provisoire de Pégasis, ce futur ferry sera  l’un des plus grands  au monde fonctionnant au gaz naturel liquéfié. D'une longueur de 210m, il pourra transporter 2400 passagers, 40 semi-remorques et 660 voitures. La commande porte sur un montant de 270 millions d’euros. Selon notre source, le montage financier pourrait prévoir 40 millions de subventions et 70 millions de prêts à taux spécifiques. Pour STX et ses  partenaires, cette commande représente 2, 6 millions d’heures de travail, soit 500 emplois pendant trois ans, d’ici la livraison du navire prévue en 2016.

Urgence chez STX

Reste que chez STX, il y a désormais urgence. Le 26 juin, les chantiers de Saint Nazaire  se sont inquiétés de problèmes de planning en cas de retard de commande, alors que la dateline pour boucler le montage financier était fixée au 30 juin.  Leur plan de charge s’est regarni ces derniers mois avec plusieurs commandes de paquebots. "Nous ne pouvons pas attendre car, dans notre plan de charge, nous avons juste derrière Pegasis le premier des deux paquebots pour MSC. Si Brittany Ferries n'arrive pas à mettre en place le financement rapidement, il n'y aura que deux options : soit arrêter le contrat, soit le repousser d'un an ", indiquait la direction du chantier lors du point presse du 26 juin.Lundi 30 juin, ils ont fait savoir que cette date limite était finalement repoussée de plusieurs semaines, sans plus de précision.

Un problème de méthode pour l’ Etat

Selon notre source, la demande de la Sica d’engagement global de l’ Etat (information qui ne nous a pas été confirmée par Jean François Jacob)   est impossible à satisfaire  pour des raisons d’organisation du pouvoir. La Caisse des Dépôts est soumise à la surveillance de l’Assemblée Nationale. Quand aux aides aux compagnies maritimes, elles sont soumises à des règles européennes très strictes.

L’Etat a nommé un inspecteur général des finances Thierry Bert chargé du montage des dossiers. Mais selon cette source fiable proche du dossier, rien n’avance. Aucune réunion n’a pu être planifiée en raison de " l’entêtement de la Sica".

  • Dans ce dossier,  les armateurs français et britanniques demandent un report. Des négociations sont en cours.  

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