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Économie – Social

La démolition du Pont des Trous à Tournai : peut-on parler de destruction du patrimoine ?

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Par , France Bleu Nord

Le Pont des Trous, emblème de la capitale de Wallonie picarde, est en partie démoli. Le chantier, débuté le 2 août, va permettre le passage de péniches plus grandes, afin de développer le transport fluvial. Mais beaucoup d'amoureux du patrimoine crient au scandale.

Les deux tours médiévales ne sont pas concernées par la démolition.
Les deux tours médiévales ne sont pas concernées par la démolition. © Radio France - Marie-Jeanne Delepaul

Nord-Pas-de-Calais, France

Chez nos voisins belges, c'est un chantier qui déchaîne les passions. Celui du Pont des Trous à Tournai. Il date du Moyen-Âge. Les arches, dynamitées par les Anglais pendant la Seconde guerre mondiale et reconstruites en 1948, sont démolies depuis vendredi 2 août. Le but : élargir la traversée de l'Escaut pour permettre aux péniches de 2000 tonnes de traverser le centre-ville. Cela permettra de développer le transport fluvial de marchandises.

Plusieurs pétitions circulent : comment peut-on détruire en partie ce vestige du passé ? Beaucoup de Tournaisiens et d'amoureux du patrimoine s'offusquent. Ils sont nombreux à venir voir le chantier. Jean-Michel, un Tournaisien de 42 ans, y a amené toute sa famille. Devant leurs yeux, la pelleteuse et les pierres du Pont des Trous qui tombent les unes après les autres dans l'Escaut : "On est venu assister à sa démolition comme on assiste à un enterrement. C'est le symbole de la ville, alors le voir disparaître sous les grues fait très bizarre." Même émotion pour Angélique, 51 ans : "Ce n'est pas Notre-Dame-de-Paris mais quand même ça fait quelque chose !"

Les deux tours médiévales conservées

Mais peut-on vraiment parler de destruction du patrimoine ? Les deux tours médiévales, qui datent du 14e siècle, vont être conservées. Ce qui est démoli est bien plus récent qu'on ne le croit explique Laurent Deléhouzée, archéologue à l'Agence wallone du patrimoine : "On parle d'un bâtiment des années 1940, ce sont toutes des pierres taillées dans l'après-guerre, installées sur une structure en béton, donc de ce point de vue on ne perd pas grand chose."

On voit bien sur cette photo la structure en béton des arches reconstruites en 1948. - Radio France
On voit bien sur cette photo la structure en béton des arches reconstruites en 1948. © Radio France - Marie-Jeanne Delepaul

Benoît Dochy, guide à l'office de tourisme de Tournai, partage cet avis. Ce passionné connaît par cœur l'histoire du Pont des Trous : "Ce n'est pas une destruction du patrimoine mais de la mémoire récente de ce qu'il est. Il n'était pas comme ça avant-guerre. Seules les deux tours sur le côté sont médiévales. Les arches au milieu sont récentes, elles ont 70 ans. Mais dans la mémoire collective, les Tournaisiens se disent qu'ils l'ont toujours connu comme tel."

"Il faut que le pont évolue' Bruno Dochy, guide touristique à Tournai

"Des bateaux plus gros, moins de camions"

Le nouveau pont aura des arches plus grandes (12,5m de largeur et 7m de hauteur) pour laisser passer les grosses péniches. Mais il ressemblera beaucoup au pont actuel : "Le permis délivré au mois de juin nous impose de conserver le caractère médiéval et réutiliser les pierres existantes pour permettre d'avoir une similitude par rapport à l'ouvrage existant" assure Christophe Vanmuysen, inspecteur général au service public de Wallonie, qui supervise le chantier. Seul problème, selon Laurent Deléhouzée, l'archéologue sur place, beaucoup de pierres récupérées seront finalement inutilisables, car "complètement noyées dans le béton".

"Trois fois moins de gaz à effet de serre et quarante-cinq fois moins de bruit."

Bruno Dochy, le guide touristique, par ailleurs conseiller municipal (Verts) de Tournai, voit cette évolution d'un bon œil : "Économiquement, il faut permettre de ces bateaux d'un peu plus grande taille de passer. On n'aura pas des monstres comme certains l'imaginent. Le transport par voie fluviale est la meilleure solution pour réduire le nombre de camions." En 2018, 8,5 millions de tonnes ont transité par l'Escaut selon Christophe Vanmuysen : "L'objectif, à court terme est d'augmenter de deux millions de tonnes, et de cinq millions à moyen terme. Une péniche de 2000 tonnes qui pourra dorénavant passer sous le Pont des Trous correspond à l'équivalent de cent camions sur la route. C'est trois fois moins de gaz à effet de serre et quarante-cinq fois moins de bruit."

Le reportage France Bleu Nord

Le chantier a pris du retard à cause de la dureté de la structure en béton. La "déconstruction" devait être finie lundi soir, finalement ce sera fin août. Le nouveau pont devrait être prêt fin 2021. Ce chantier de modernisation de la traversée de Tournai est financée à 40% par l'Union européenne, le budget global est de 41 millions d'euros.