Économie – Social

La filière hippique mayennaise tire le signal d'alarme

Par Noémie Lair, France Bleu Mayenne lundi 14 août 2017 à 6:00

Les parieurs se tournent de plus en plus vers d'autres jeux
Les parieurs se tournent de plus en plus vers d'autres jeux © Radio France - Noémie Lair

Les professionnels du secteur en Mayenne sont inquiets. Depuis 2013, de moins en moins de parieurs jouent aux courses hippiques. Problème, le PMU est la principale source financière de la filière hippique.

Dans les bar-tabacs du département, le PMU est roi, mais peut-être plus pour très longtemps. Les grilles de départ et résultats des courses hippiques s'affichent en grand sur les murs de "L'Etoile", à Craon. Et il y en a de plus en plus : "Il y a vingt ans, il y avait une dizaine de courses dans la journée. Aujourd'hui, il y en a 6, 7 réunions par jour, c'est-à-dire 60 à 70 courses tous les jours", explique Dominique, parieur invétéré. Les compétitions, notamment à l'international, se sont multipliées et les paris se sont donc étalés sur un plus grand nombre de courses. Et moins de paris, c'est moins de gains pour les joueurs lorsqu'ils trouvent les bons résultats. "Ça paye de moins en moins", constate, amer, Dominique.

Conséquence, les parieurs se tournent vers d'autres jeux : lotos, matchs de football, tickets à gratter. Autre facteur : "La crise économique explique en partie ce recul du nombre de joueurs, explique Jacques Moreau, président de la société des courses de Laval et membre du comité du cheval français. Il y a aussi, sans doute, un désintérêt des jeunes pour les courses hippiques."

La concurrence de la FDJ

Les professionnels du secteur ont observé une corrélation entre la réussite de la Française des Jeux et la perte de vitesse du PMU. "Quand on regarde en trois, quatre ans, la FDJ a un pourcentage d'augmentation identique à ce que le monde des courses a perdu", observe Jacques Moreau.

La filière hippique s'enfonce donc dans un cercle vicieux car moins de joueurs, signifie moins de paris, donc moins de gains, et ce, pour les joueurs gagnants comme pour les professionnels du secteur. Le PMU est la principale ressource financière du monde hippique. Par exemple, "Le PMU récolte l'argent des parieurs, explique Franck Bézier, entraîneur de chevaux de courses, le redistribue aux Sociétés mères (Le Trot et France Galop) qui ensuite le donne aux vainqueurs des courses." Et ils sont nombreux à compter sur le soutien du PMU : 70 000 personnes travaillent dans le domaine de l'hippisme en France.

D'après Franck Bézier et Jacques Moreau, la filière était déjà affaiblie par une hausse de la TVA en 2014. Elle est passée à 20 % pour des activités telles que le dressage ou encore la vente.

Inquiétude autour des allocations remportées aux courses

La situation inquiète le monde de l'hippisme. Un groupe de réflexion s'est organisé sur le sujet, Equistratis, autour du délégué général, Jacques Carles. Il a notamment publié un rapport sur l'état de la filière. Sur le terrain, "pour l'instant, il n'y a pas de grosses conséquences pour les entraîneurs, explique Franck Bézier. Car les allocations n'ont pas baissé mais ça ne va pas durer. Or, beaucoup d'entraîneurs sont dans des situations précaires, nous sommes nombreux à avoir des emprunts, parfois sur 20 ans et en 2020, 2022, ça peut tourner à la catastrophe si les allocations baissent."

Des économies sont déjà faites au sein des hippodromes, essentiellement sur le fonctionnement :

On fait des économies sur la communication, on regroupe les moyens, on regarde ce qui n'est pas complètement nécessaire et les investissements sont gelés depuis deux ou trois ans. Je crois qu'on est au bout et le prochain levier sera la diminution des prix de courses, ce que les entraîneurs gagnent quand ils courent." - Jacques Moreau

Quelques solutions sont envisagées pour mettre un terme à ce cercle vicieux : "des jeux plus simples pour permettre à un plus grand nombre d'y avoir accès, d'après Jacques Moreau. Mais aussi baisser les taxes imposées par l'Etat." A cela s'ajoute "une meilleure communication pour Franck Bézier. C'est important de relancer la filière car elle fait partie du patrimoine mayennais et national."