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La fin des quotas laitiers, opportunité ou piège ? Les producteurs français hésitent

Par Marina Cabiten, France Bleu Normandie (Calvados - Orne), France Bleu Cotentin et France Bleu Picardie lundi 30 mars 2015 à 15:08 Mis à jour le mardi 31 mars 2015 à 15:28

Les quotas laitiers n'existent plus depuis ce mercredi 1er avril 2015
Les quotas laitiers n'existent plus depuis ce mercredi 1er avril 2015 © MaxPPP

À dater de ce mercredi 1er avril, la France comme le reste de l'Europe sera libre de produire autant de lait qu'elle le souhaite. Mais alors que certains pays considèrent que la fin des quotas laitiers est une incroyable chance, les producteurs français se méfient. Ils appellent à manifester ce mardi partout en France.

C'est une révolution dans le monde de l'agriculture. Ce mercredi 1er avril, c'est la fin des quotas laitiers en Europe. Autrement dit, les pays de l'Union peuvent désormais produire autant de lait qu'ils veulent. Une dérégulation qui n'est pas du goût de tous les producteurs français, loin de là. Explications.

C'était quoi, les quotas laitiers ? 

Après la Seconde Guerre mondiale, l'explosion de la demande de lait a nécessité de produire toujours plus pendant des décennies. Mais dans les années 70, les cuves sont arrivées à saturation . Et les surplus de lait étaient automatiquement rachetés au prix fort par l'Europe, pour éviter que les prix ne dégringolent.

Pour mettre fin à cette dépense, l'Europe a mis ces quotas en place en 1984 dans le cadre de la politique agricole commune (PAC). La production de lait était depuis répartie entre les pays, et l'offre contenue. Résultat : des prix stabilisés garantis aux producteurs

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Pourquoi y mettre fin ? 

Si l'Union européenne a décidé de supprimer les quotas, et donc de libéraliser le marché, c'est pour tenter de conquérir de nouveaux marchés : ceux des pays émergents et notamment asiatiques. La Chine , par exemple, qui a connu plusieurs scandales sanitaires, est très demandeuse du lait européen qui a excellente réputation.  

Par exemple, en janvier 2016, l'usine de lait en poudre du groupe chinois Synutra sera inaugurée à Carhaix (Finistère). Elle transformera 300 millions de litres de lait par an, fournis par un millier de producteurs. Et il se murmure que les Chinois souhaiteraient déjà doubler la mise.

Comment la nouvelle est-elle accueillie par les producteurs ?

La fin des quotas est une "incroyable chance" , selon l'Association laitière néerlandaise (NZO). Pour les Pays-Bas et globalement tous les pays d'Europe du Nord, la fin des quotas est une grande opportunité. L'Allemagne par exemple, première puissance laitière du continent, table sur une hausse de la production de 1% à 3% par an jusqu'en 2020 . Et pour cause, ces trente dernières années elle a dépassé 21 fois son quota et payé près de 2 milliards d'euros de pénalités.

Mais en France, les producteurs n'affichent pas le même enthousiasme. Plusieurs syndicats craignent une crise de surproduction qui fasse chuter les cours. C'est pour cela qu'ils appellent à une mobilisation nationale ce mardi , et demandent la création d'un outil européen pour parer à une éventuelle crise.

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Pourquoi les producteurs français ont-ils peur ?

Parce qu'ils ne sont pas convaincus qu'un éventuel surplus de lait, engendré par la fin des quotas, trouverait acheteur. Et si jamais la France se met à produire trop, alors que la demande n'est pas au rendez-vous, c'est une chute des cours du lait qui leur pend au nez.  

Il y a un précédent. En 2009, la consommation de lait en France a connu un net ralentissement. Résultat : trop de lait, pas assez de ventes, ce qui a fait baisser les prix de 30% et causé une profonde crise laitière .

Cette fin des quotas représente donc un défi. Et pour Frank, producteur normand, c'est toute la filière laitière qui doit se mobiliser pour le relever. Il estime que pour l'instant, les transformateurs (échelon entre les producteurs et la grande distribution) ne montrent pas d'ambition face à la fin des quotas. "Et si eux ne demandent pas plus de lait qu'aujourd'hui aux producteurs, techniquement les quotas seront toujours là" estime-t-il. "C'est dommage" , regrette Frank, pour qui les marchés asiatiques représentent une réelle opportunité de faire évoluer la filière, et pourquoi pas de tirer les prix de vente des producteurs vers le haut. 

La fin des quotas, *"c'est autant d'opportunités que de menaces"* , pour Marcel Denieul de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) en Bretagne. Première région laitière française, la Bretagne ambitionne d'accroître de 20% sa production sur cinq ans* grâce à la fin des quotas. "Il faut y aller, nos concurrents européens vont y aller. Ayons l'ambition, n'ayons pas peur "* conclut Marcel Denieul.