Économie – Social

Le Blanc : dix ans après la mort de l’Abbé Pierre, retour sur l’histoire de la première compagnie féminine d'Emmaüs

Par Armêl Balogog, France Bleu Berry dimanche 22 janvier 2017 à 7:00

La première compagnie féminine d'Emmaüs était installée au Blanc, dans l'Indre
La première compagnie féminine d'Emmaüs était installée au Blanc, dans l'Indre © Radio France - Armêl Balogog

Les premières compagnes d’Emmaüs ont été accueillies au Blanc, dans l’Indre, entre les années 1970 et 1980. France Bleu Berry revient sur cette révolution au sein du mouvement.

De 1954 à 1978, Emmaüs n’accueillait que des hommes, jusqu’à ce qu’un jour la sœur Hélène Bélanger ose disputer l’Abbé Pierre.

« Pas que des hommes sur terre »

Charlie Metais était président d’Emmaüs Indre à cette époque :

Cette femme ne supportait pas qu’on n’accueille pas de femmes à Emmaüs. Elle disait « ce n’est pas possible, vous êtes sectaires » et elle engueulait presque l’abbé en disant qu’il n’y avait pas que des hommes sur la terre.

Secoué, l’Abbé Pierre avait répondu qu’il fallait donc ouvrir une compagnie féminine, et a choisi une maison du Blanc, dans l’Indre, pour l’installer. C’était déjà la propriété d’Emmaüs mais elle était vide après le départ de compagnons.

Des compagnes « féministes » qui voulaient travailler comme les hommes

Les femmes qui y étaient accueillies venaient de toute la France et étaient auparavant hébergées dans des hôpitaux psychiatriques où elles n’avaient pas raison d’être et où leur séjour n’était pas organisé. Entre 1978 et 1984, une centaine de compagnes sont passées par Le Blanc, de seize à soixante-cinq ans.

Le crédo des compagnons s’appliquait aussi à elles : accueillir, travailler et partager. Cependant, au départ, Charlie Metais et les autres responsables d’Emmaüs Indre ne voulaient pas que les femmes fassent les mêmes tâches que les hommes :

On n’osait pas les faire travailler comme des hommes, c’est-à-dire soulever de la ferraille, trier des cartons, etc. Donc on avait essayé de chercher des activités plus spécifiques à des femmes : on faisait des chiffons d’essuyage et des matelas.

Mais les compagnes, « féministes » ne l’entendaient pas de cette oreille : elles voulaient plus d’indépendance, notamment financière, et voulaient aider et partager davantage.

Elles ont voulu qu’on achète un camion et qu’elles commencent les ramassages. On était un peu craintifs, on pensait qu’elles n’avaient pas la force, mais non ce n’était pas vraiment. Les femmes, quand elles veulent, elles sont aussi fortes que les hommes. Elles ont fait les ramassages. Elles ont fait le travail des hommes.

Une compagnie mixte depuis 1984

Aujourd’hui, la compagnie du Blanc est mixte et accueille aussi des familles comme seulement une quinzaine d’établissements en France. Dix-neuf compagnons, femmes et hommes, y résident actuellement, ainsi que sept enfants. Soit une bonne partie des soixante-quinze compagnons d’Emmaüs Indre.

L’histoire faisant, la nationalité française est moins représentée qu’avant, quoique toujours présente parmi les onze différentes. Anaide, jeune maman de 26 ans, est arrivée en France d’Arménie avec son mari et ses deux enfants. Elle est au Blanc depuis trois ans :

Quand je suis arrivée en France, au début c’était très difficile, mais grâce à Emmaüs on vit normalement maintenant. J’ai deux enfants qui sont scolarisés ici à l’école Jules Ferry. Je suis très contente d’être compagne à Emmaüs.

Anaide suit le credo de l’Abbé Pierre : elle accueille les nouveaux compagnons, elle travaille en vendant des vêtements donnés à Emmaüs, et elle partage en cuisinant pour les compagnons.