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Le Canadien Couche-Tard veut racheter Carrefour, le gouvernement "pas favorable"

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Par , France Bleu

Le groupe canadien Couche-Tard a dévoilé ce mercredi une offre "en vue d'un rapprochement amical" avec le distributeur français Carrefour. Ce dernier va désormais l'"examiner", mais le ministre français de l'Économie a dit n'être "pas favorable" à une telle opération.

Carrefour va "examiner" l'offre.
Carrefour va "examiner" l'offre. © Maxppp - Patrick Lefevre

La révélation de "discussions préliminaires" entre Couche-Tard et Carrefour, dans la nuit de mardi à mercredi par l'agence Bloobmerg, confirmée dans la foulée par les entreprises, en a surpris plus d'un. Voilà un groupe spécialisé dans la vente d'essence et les magasins de petit format, intéressé par un géant de la distribution alimentaire, historiquement fort sur les très grandes surfaces. Le groupe canadien a dévoilé une offre "en vue d'un rapprochement amical" avec le distributeur français. Ce dernier va désormais l'"examiner".

Couche-Tard pèse 44,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur le dernier exercice annuel (2019-20), quand Carrefour a réalisé près de 81 milliards d'euros de ventes en 2019. "Couche-Tard est habitué à grossir par acquisitions mais cela n'a jamais été des fusions de cette taille", observe Clément Genelot, spécialiste du secteur de la distribution à Bryan, Garnier & Co. 

Le groupe, qui compte plus de 130.000 employés dans le monde (contre 320.000 pour Carrefour), créé au Québec en 1980, s'est en effet établi aux États-Unis au début des années 2000, en Europe du Nord en 2012 puis sur le marché asiatique fin 2020 via de multiples acquisitions externes.

"Aucune certitude" que les discussions aboutissent à un accord

Mercredi, il a annoncé avoir "récemment soumis à Carrefour une lettre d'intention non-engageante en vue d'un rapprochement amical". Ce, en proposant un prix de 20 euros par action qui valoriserait le distributeur français à plus de 16 milliards d'euros hors une dette de plusieurs milliards d'euros que devrait également reprendre le groupe canadien. "Les termes de la transaction sont toujours en cours de discussions (...) mais la rémunération proposée devrait en grande majorité être en numéraire", a précisé Couche-Tard, prévenant toutefois qu'"il n'y a aucune certitude" quant au fait que ces discussions "déboucheront sur un accord ou une opération".

Le gouvernement "pas favorable" 

Cette prudence est d'autant plus de mise que le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire a dit mercredi soir n'être "a priori pas favorable" à une telle opération et rappelé qu'un récent décret permettait de la bloquer. Carrefour représente un "chaînon essentiel dans la sécurité alimentaire des Français, dans la souveraineté alimentaire", a-t-il martelé à l'antenne de la télévision France 5. Son statut de "premier employeur privé" de France, rappelé mercredi soir par M. Le Maire, confère au dossier une tonalité très politique dans l'Hexagone.

Ce jeudi matin, la ministre française du Travail, Elisabeth Borne, s'est quant à elle dite "opposée à un rachat" de Carrefour par le canadien Alimentation Couche-Tard en évoquant l'importance du groupe de distribution dans la sécurité des chaînes d'approvisionnement alimentaires en France. "Je suis favorable à ce qu'il n'y ait pas de remise en cause de l'actionnariat actuel de Carrefour pour qu'il puisse poursuivre sa stratégie, donc opposée à un rachat", a dit Elisabeth Borne sur Europe 1.

De son côté, le délégué national CFDT Carrefour hypermarchés Thierry Babot a fait part de sa méfiance vis-à-vis de l'initiative de Couche-Tard. "On va rester vigilants. Qu'est-ce que cette entreprise veut faire ? Un vrai projet à long terme ou juste une opération financière ?", s'est-il interrogé. "On ne voit pas de synergies sur la chaîne d'approvisionnement ou la logistique" dans le cas d'un rapprochement, a estimé pour sa part Yves Marin, expert du secteur de la distribution au sein du cabinet Bartle.

Quel avantage pour Couche-Tard ?

Pour Couche-Tard, l'opération pourrait toutefois présenter l'avantage de s'appuyer sur un maillage géographique plus complet, puisqu'il n'y a qu'en Pologne que les deux enseignes sont toutes deux présentes. Elle permettrait en outre de diversifier ses sources de revenus, alors que l'essor de la voiture électrique menace à terme ses ventes de carburants. 

Carrefour, toujours en interne, dit voir dans cette approche la preuve du "bien-fondé de la transformation lancée il y a trois ans" par son PDG Alexandre Bompard, visant à en faire "le leader mondial de la transition alimentaire pour tous". Ayant "retrouvé une trajectoire de croissance rentable", il dit désormais "pouvoir envisager de participer à des opérations de consolidation si les conditions de marché sont réunies", est-il encore indiqué. 

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