Économie – Social

Le Fontanil : l'appel d'une légumerie, menacée de fermeture

Par Véronique Pueyo, France Bleu Isère lundi 20 mars 2017 à 17:19

Légumes et fruits frais avant d'être épluchés et préparés.
Légumes et fruits frais avant d'être épluchés et préparés. - ABépluche

ABépluche, une légumerie qui approvisionne les cantines scolaires de l'agglomération grenobloise, est menacée de fermeture car elle ne trouve pas assez de débouchés pour équilibrer ses comptes. Elle lance un appel aux élus pour éviter le dépôt de bilan.

ABépluche a été créé par Marianne Molina. Cette ingénieure, qui met la santé et l'alimentation au cœur de sa philosophie de vie, a donc fait une reconversion professionnelle, voici cinq ans. L'idée est simple : récupérer les fruits et légumes des producteurs locaux, les éplucher, les préparer "à façon", en julienne, râpés...et approvisionner les cuisines des cantines scolaires de l'agglomération grenobloise. Au départ, les collectivités territoriales, comme la Métro, la communauté de communes de l'agglo grenobloise, ou le Pays Voironnais, s'étaient engagées à soutenir cette démarche novatrice.

"Si nos commandes n'augmentent pas, on fermera fin avril" Marianne Molina

Après un incendie qui avait détruit le premier atelier à Moirans, ABépluche s'était réinstallé au Fontanil et avait investi 150 000 euros dans une ligne de production. Mais aujourd'hui, le constat est amer, pour Marianne Molina, la gérante : " Nous sommes dans le rouge, si les commandes n'augmentent pas, on sera obligé de fermer fin avril."

Les poireaux, frais, vont être préparés sur la ligne de production d'ABépluche. - Aucun(e)
Les poireaux, frais, vont être préparés sur la ligne de production d'ABépluche. - ABépluche

Chaque semaine l'entreprise, qui a embauché 4 personnes et qui travaille avec une trentaine de producteurs locaux, traite 2 tonnes de légumes. "Il nous en faudrait une troisième pour équilibrer nos comptes" explique Marianne Molina. "C'est pourquoi j'ai écrit à tous les élus de l'agglomération grenobloise pour qu'ils nous aident. On a les moyens de les fournir, sans souci, on a même une entreprise de transport qui travaille avec nous et qui peut livrer à la demande. Il n'y a plus qu'à appuyer sur le bouton!"

La ville de Grenoble préfère acheter ses carottes aux Pays Bas, c'est moins cher!

Alors, qu'est-ce qu'une mairie écologiste comme Grenoble, qui se targue de mettre du bio et du local dans les assiettes des enfants, attend pour travailler avec ABépluche ? Nous avons posé la question à Salima Djilel, l'élue en charge de la restauration municipale : "On connait bien ABépluche. Bien sûr qu'il faut les soutenir, leur faire de la pub auprès des autres communes..Mais nous sommes soumis au code des marchés publics et on choisit le mieux disant." En clair, Grenoble préfère acheter ses carottes en rondelles aux Pays-Bas car c'est moins cher !

La ligne de production a coûté 150 000 euros - Aucun(e)
La ligne de production a coûté 150 000 euros - ABépluche

Marianne Molina ne comprend pas ce raisonnement : " On est peut-être un peu plus cher, 3 euros le kilo, mais au bout du compte, ni dans les cuisines ni dans les assiettes, il n'y a de gâchis, car nos produits sont goûteux! Tout le monde s'y retrouve au bout du compte, c'est cela qu'il faut voir !"

"Les enfants finissent toujours leurs assiettes !" Alain Barret, chef de cuisine.

Alain Barret est de cet avis. Il est le chef de cuisine de la mairie de Pont de Claix, l'une des villes, avec Echirolles et Saint-Martin d'Hères, fidèles à leur engagement. 800 repas sortent tous les jours des cuisines d'Alain Barret : "On est fier de travailler avec ABépluche. On travaille de beaux produits et les enfants adorent découvrir des légumes, comme le butternut ! Ils finissent tous leurs assiettes ! Et on touche un large public."

Un salarié de la légumerie, en plein travail - Aucun(e)
Un salarié de la légumerie, en plein travail - ABépluche

Marianne Molina espère que son appel sera entendu : "Je crois à ABépluche, ça peut marcher si tout le monde y met du sien. Ma plus grande joie, c'est quand je croise des jeunes dans mon quartier qui savent ce que je fais et qui me disent qu'ils ont aimé la tartiflette de leur cantine avec mes patates !"

Entrez dans l'atelier d'ABépluche