Économie – Social

En Béarn, le gavage des canards reprend après des mois de vide sanitaire

Par Margaux Stive, France Bleu Béarn et France Bleu mardi 9 août 2016 à 9:12

Dans quelques semaines, ces canards seront aussi prêts pour être gavés
Dans quelques semaines, ces canards seront aussi prêts pour être gavés © Radio France - Margaux Stive

Après l'épidémie de grippe aviaire, et des mois de vide sanitaire, les éleveurs de canards peuvent enfin reprendre le gavage. Une bonne nouvelle pour le moral, et pour le porte-monnaie.

Pendant des mois, son exploitation était vide et silencieuse. Alors quand Ludovic Trouillet, éleveur et gaveur à côté de Louvie-Juzon a reçu ses premiers canards lundi, c'était le soulagement.

Le calvaire du vide sanitaire

Pour les éleveurs de palmipèdes, le vide sanitaire, cela a d'abord signifié plusieurs mois sans travailler, " à tourner en rond". "On se sent vide", raconte Ludovic Trouillet, là "on revit". Pour Ludovic cela a duré un peu plus de quatre mois. Sans rentrer d'argent donc, mais en continuant à payer les frais courants.

"C'est du grand bonheur, enfin on va se relever le matin avec le sourire" - Ludovic Trouillet

Ludovic Trouillet devant la salle de gavage - Radio France
Ludovic Trouillet devant la salle de gavage © Radio France - Margaux Stive

Un gouffre financier

Si Ludovic avait autant hâte de retrouver ses canards c'est aussi pour des raisons financières. Pendant le vide sanitaire, il n'a pas gagné d'argent. Mais il a dû continuer à payer les frais courants. Et surtout il a dû financer toutes les mesures de mise aux normes demandées pour éviter le retour de l'épidémie.

Au final, Ludovic a déjà perdu 90 000 euros. Soit 2/3 de son chiffre d'affaire. Et dans quelques mois il va devoir sortir encore 200 000 euros pour finir de mettre aux normes ses installations.

"On ne résistera pas à un autre vide sanitaire"

Des indemnisations qui tardent à tomber

Si Ludovic tient, c'est grâce à son banquier. Et aux indemnisations de l'Etat. Il a déjà touché la moitié. Le reste va tomber pour 30% courant Septembre, puis l'an prochain pour les derniers 20%. Trop tard, et trop peu pour Jean-Philippe Carrère.  Il est président de la filière avicole à la FDSEA 64. " Ça a été laborieux", regrette-t-il. Selon lui, l'Etat a lâché les éleveurs. Et les banquiers n'ont pas toujours été là.

Jean-Philippe Carrère, président de la filière avicole de la FDSEA 64

La peur de la concurrence étrangère

Autre inquiétude pour Ludovic Trouillet: la concurence étrangère. Pendant le vide sanitaire, les produits français ont été remplacés par des magrets et des foies gras des pays de l'Est "de mauvaise qualité", et beaucoup moins chers. L'éleveur béarnais espère que les consommateurs "sauront revenir" vers les produits français, une fois qu'ils seront de retour sur les étals des supermarchés.

Reportage chez Ludovic Trouillet, quelques heures après l'arrivée des canards