Économie – Social

Bel Maille : le patron voyou passe à la caisse

Par Yves Renaud et Émeline Rochedy, France Bleu Saint-Étienne Loire mercredi 14 septembre 2016 à 10:52

Capture d'écran, vidéo de promotion de Bel Maille publiée sur YouTube
Capture d'écran, vidéo de promotion de Bel Maille publiée sur YouTube

Le tribunal de commerce de Roanne a condamné, ce mercredi, Stéphane Ziegler, le repreneur de l'entreprise Bel Maille, de Riorges, dans la Loire. Le patron voyou devra verser 806.000 euros.

"Risqué", "déraisonnable", "disproportionné", un "comportement fautif (...) privilégiant son intérêt personnel à la réalité des aléas économiques" : le tribunal de commerce de Roanne ne mâche pas ses mots dans le jugement rendu ce mercredi à l'encontre de Stéphane Ziegler. Celui qui a repris Bel Maille en 2009 a été condamné à verser 806.000 euros au mandataire judiciaire, qui en demandait quatre fois plus.

Aux yeux du tribunal, il y a eu mauvaise gestion caractérisée. Pour simplifier, le patron se servait dans les réserves de Bel Maille pour financer le rachat de l'entreprise de tricot qui faisait alors travailler plus de cent personnes. L'entrepreneur n'avait pas mis beaucoup d'œuf dans le panier, un peu plus de 3 % des fonds et il avait monté une holding pour emprunter le reste de l'argent nécessaire. C'est légal, mais il y a des limites, dit en substance le tribunal de commerce. "Ce n'est pas répréhensible mais tout est question de proportion", avait dit le ministère public dans ses réquisitions. Le montage dit "à effet de levier" est courant dans les secteurs à forte croissance mais particulièrement risqué dans le textile, précise le jugement. Aux yeux des juges, Stéphane Ziegler connaissait suffisamment les difficultés de la filière.

Le tribunal va plus loin en estimant qu'il n'a pensé qu'à son intérêt quand il se versait des dividendes, même quelques semaines avant le placement en procédure de sauvegarde en 2012 "conduisant irrémédiablement à court terme bel maille à la faillite" et privant l'entreprise des fonds qui lui auraient peut-être permis de se restructurer et s'en sortir.

Un patron qui ne pensait qu'à son intérêt personnel et n'oubliait jamais de se payer

Sans compter que Stéphane Ziegler n'a jamais oublié de se payer, plus de 21.000 euros par mois, au plus bas alors que Bel Maille était dans le rouge vif : "rémunération disproportionnée", souligne le tribunal de commerce qui remarque aussi qu'il avait même "sciemment effectué un rattrapage de salaire à effet rétroactif" !

Du côté des anciens salariés - ils n'étaient plus que 48 quand l'entreprise de tricot lors de la liquidation en octobre 2014 - l'amertume domine. "Depuis 2011, nous avions alerté les pouvoirs publics, la Région, l'inspection du travail sur ces méthodes de gestion, raconte Driss Mountadir, ancien délégué CFDT. Personne ne nous a écoutés". Celui qui a travaillé 15 ans dans l'usine de Riorges se souvient des experts comptables : "ils nous avaient dit, à ce rythme-là, dans deux ans, il n'y aura plus de Bel Maille, et ils avaient raison".

"Au bout du compte, ça ne lui aura rien coûté", constate Driss Mountadir au vu des 806.000 euros demandés par le tribunal, la somme correspondant aux dividendes que Stéphane Ziegler s'est versé. Il craint aussi que l'ex-patron n'ait organisé son insolvabilité.

Alors que l'usine allait fermer, une partie des ouvriers a tourné dans La Fille du patron, le film d'Olivier Loustau, sorti début 2016.

Partager sur :