Économie – Social

Stade de France : un avenir économique incertain

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu mercredi 5 octobre 2016 à 18:38

Le Stade de France (juillet 2016)
Le Stade de France (juillet 2016) © Radio France - Rémi Brancato

Deux concerts seulement en 2016, des événements sportifs qui quittent l'enceinte, et un déficit de deux millions d'euros en 2015. Le "modèle économique" du Stade de France pose question. Son gestionnaire promet le retour de la "rentabilité" pour 2017.

"Il y a de moins en moins de manifestations au sein du Stade, surtout de moins en moins d'événements diversifiés, comme des opéras ou des manifestations sportives un peu différentes comme du moto-cross, ce qu'on a pu le voir par le passé". Le constat est signé Patrick Braouezec, ancien maire de Saint-Denis, au moment de sa conception et de sa construction, aujourd'hui président de l'établissement Plaine Commune. Plus largement, c'est le modèle économique de cette enceinte, propriété de l'Etat, et gérée par un consortium composé de Bouygues et Vinci, qui est aujourd'hui en question.

De moins en moins de concerts

En 2012, 2013 et 2014, le Stade de France a accueilli entre 25 et 30 événements de tous types dont 8 concerts par an. Depuis, le nombre de dates à l'agenda se réduit : 4 concerts en 2015, et seulement 2 cette année. Seules les stars Beyoncé et Rihanna sont venues s'y produire cet été. Un effet Euro 2016, assurent les gérants du Stade, rappellant que l'UEFA a mobilisé l'enceinte pour une période bien plus longue, avant et après la compétition.

Le patron de Live Nation, Angelo Gopee, premier producteur de concerts en France et qui a d'ailleurs produit ces deux concerts estivaux, défend l'enceinte : "si un artiste est capable de faire 70 000 personnes, il va aller là où il est capable de faire 70 000 personnes, assure-t-il, il va aller au Stade de France". Alexandra Boutelier, directrice générale déléguée du consortium du Stade de France, le gestionnaire, assure viser au moins 9 concerts pour l'année 2017. Le groupe Coldplay a annoncé un concert le 15 juillet 2017.

Des fédérations sportives qui tentent de renégocier leurs conventions

En ce qui concerne les événements sportifs, le meeting d'athlétisme de Paris déménagera au stade Charléty en août 2017 et la finale de la Coupe de la Ligue ne se jouera pas à Saint-Denis en 2017, 2018 et 2019. Surtout, les Fédérations françaises de football (FFF) et de rugby (FFR) ne cachent plus vouloir s'éloigner du Stade de France. Les deux fédérations sont liées par convention avec le consortium du Stade de France, jusqu'en 2025, avec l'obligation d'y organiser chaque année des rencontres des équipes de France.

Pour la FFF, ces cinq rencontres annuelles obligatoires des Bleus au Stade de France devraient être réduites. Une action en justice a d'ailleurs été lancée pour renégocier la convention et demander de revoir à la baisse le coût de l'organisation de chaque rencontre (1,2 million d'euros par matchs selon le consortium).

La FFR, elle, a pour projet de construire son propre grand stade de rugby en Essonne. "Si la FFR quittait le Stade de France et le XV de France ne venait plus jouer ses matchs alors le modèle économique du Stade aurait alors un problème" reconnaît Alexandra Boutelier qui assure que, pour le moment, ce modèle "fonctionne".

Depuis quatre ans, 17 millions d'euros en moins chaque année

Reste qu'en 2015, le consortium du Stade de France a affiché un déficit de près de 2 millions d'euros. Des difficultés apparues en 2013, quand l'Etat décide de ne plus verser une indemnité de 17 millions d'euros par an, décidée à la construction pour compenser l'absence de club résidant dans le stade. Un choc aujourd'hui encaissé, assure la directrice générale déléguée du consortium : "je ne connais pas beaucoup d'entreprises qui auraient résisté de la manière dont nous résistons à une baisse de 40% de leur activité" se défend Alexandra Boutelier.

Selon elle, le modèle du Stade "fonctionne sur trois jambes : les matchs de la FFF, les matchs de la FFR et les plus grands concerts d'artistes internationaux". Un modèle qui pose question et une situation suivie "de très près" par l'Etat : "en 1995, dès le départ, je crois que le modèle économique mis en place n'était pas bon", reconnaît Thierry Braillard, le secrétaire d'Etat aux sports, qui évoque "un stade qui n'avait pas de club résident et on n'impose pas à des fédérations un nombre de matchs avec des prix fixés qui posent problème".

Le Stade de France veut "se réorganiser"

Le consortium assure aujourd'hui diversifier son activité, avec notamment plus de séminaires d'entreprises. "On est en train de se réorganiser et on le fait depuis trois ans de manière assez profonde, défend Alexandra Boutelier, nous allons démontrer très rapidement que la rentabilité va être de retour et je pense que 2017 va sonner le temps de ce retour à la rentabilité".

La perspective des Jeux olympiques

Reste qu'en 2025, les fédérations n'auront plus l'obligation d'assurer des rencontres à Saint-Denis. Ce sera aussi la fin de la gestion du Stade de France par le consortium. Thierry Braillard se veut confiant. Il évoque "de très nombreuses pistes envisageables, voire envisagées," pour imaginer un nouveau modèle économique, sans plus de précision. Le Stade de France est au cœur de la candidature de Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 et de cette candidature "va dépendre le devenir du Stade de France" assure Thierry Braillard qui évoque notamment des travaux, dans une enceinte vieillissante. "La modernisation du Stade de France sera incontournable" conclut le secrétaire d'Etat aux sports.

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