Économie – Social

Les agriculteurs arrivent à Paris très déterminés : "on attend des choses très concrètes, pas de l'épicerie"

Par Annaïg Haute et Jean Saint-Marc, France Bleu Breizh Izel jeudi 3 septembre 2015 à 0:09

Le président des JA du Finistère Sébastien Louzaouen estime que des exploitations vont encore fermer avant la fin de l'année.
Le président des JA du Finistère Sébastien Louzaouen estime que des exploitations vont encore fermer avant la fin de l'année. © Radio France - Annaïg Haute

Un millier de tracteurs arrivent en cortèges à Paris ce jeudi matin. Ils viennent de toute la Bretagne et de partout en France. Ils veulent manifester leur colère, alors que les exploitations s’enfoncent dans la crise. "Paris ne nous entend pas, on va leur dire nos revendications dans le coin de l’oreille", explique un responsable des JA, qui organise la manifestation avec la FNSEA.

Sur leurs tracteurs décorés de slogans, ils ont la rage de ceux qui n’ont plus rien à perdre . Les éleveurs qui convergent vers Paris veulent alerter le gouvernement sur les difficultés qu’ils traversent.

« Dans le cortège il y a un jeune éleveur qui est en train de vendre ses dernières truies et qui va arrêter, explique le président des JA (Jeunes Agriculteurs) dans le Finistère Sébastien Louzaouen. Il y en a aussi un autre qui est en train de faire pour 100.000 euros de crédit, alors que son compte chèque est à moins 27.000 ! ça c’est du concret. Moi, en tant que producteur laitier, je fais 20% de chiffre d’affaire en moins cette année, explique celui qui fait partie des leaders du mouvement. La réalité elle est là, et nos politiques sont très loin de ça, c'est effrayant. Ils ont intérêt à se bouger.  »

"On ne partira pas de Paris sans avoir quelque chose de positif"

  • un éleveur finistérien

« Désolé si je suis en colère, c’est mon voisin que j’enterre », peut-on lire sur l’un des engins agricoles. Anthony, qui vient de Plouzévédé, près de Landivisiau ajoute : « Ça fait huit ans que je suis installé et je n’ai connu aucune bonne année. Il y a un ras le bol collectif. On a fait plusieurs manifestations chez nous et ça n’a jamais abouti à rien, c’est pour ça que l’on va à Paris. On ne partira pas de Paris sans avoir quelque chose de positif!"  

Un sentiment d’incompréhension très présent aussi chez Jérome, un éleveur de porc de Plounéventer : «Nous, nous sommes jeunes, dit ce membre des JA, je suis installé depuis 4 ans seulement, et je veux faire carrière. Je ne veux pas baisser les bras. Aujourd’hui, mes trésoreries sont au plus bas. Il faut que le gouvernement prenne conscience des difficultés que l’on a . Je suis très endetté, les banques me font encore confiance et me suivent mais jusqu’à quand ? C’est pour ça que je monte à Paris, même si c’est compliqué en termes d’organisation. »

Un budget de 1.000 euros par tracteur**

Les agriculteurs de la pointe bretonne roulent depuis deux jours pour arriver ce jeudi 3 septembre au matin à Paris. Ils ont fait du bivouac dans leurs remorques et organisé le ravitaillement. Il faut compter 1.000 euros par tracteurs pour réaliser ce périple. Mais la détermination est grande dans les rangs.

Sur la route, les Bretons qui sont passés par le nord ont rameuté les Normands. Ceux qui sont partis du Morbihan et d’Ille-et-Vilaine ont été rejoints par les Mayennais et les Manceaux.

"Le gouvernement s'en fiche totalement, il faut qu'ils réagissent!"

  • Jérôme, éleveur breton

Devant les dizaines de tracteurs arrêtés pour la nuit, Jérôme est très remonté : « Aujourd’hui on a l’impression de ne pas être entendu , on a l’impression que le gouvernement s’en fiche totalement et que si la production agricole disparaissait ça ne leur poserait même pas de problème. Ils sous-estimaient l’ampleur du mouvement . Cette fois, on espère avoir du poids face à un gouvernement qui n’en a strictement rien à faire de nos difficultés. Il faut qu’ils réagissent, qu’il y ait un déclic pour que nous puissions vivre de notre métier décemment."

"Il reste quelques heures au gouvernement pour trouver des solutions"

  • le président des JA 29

Le président des JA du Finistère Sébastien Louzaouen, conclut : « Clairement nous on attend des choses très concrètes et pas de l’épicerie . Il reste quelques heures à François Hollande et son gouvernement pour réfléchir. J’espère qu’ils seront bons . Ils ont intérêt puisque nous on attend du lourd »

 

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