Économie – Social

Les châteaux cathares candidats au patrimoine mondial de l'Unesco

Par Mathieu Ferri, France Bleu Roussillon mardi 1 septembre 2015 à 19:19 Mis à jour le mercredi 2 septembre 2015 à 9:02

Le château cathare de Peyrepertuse
Le château cathare de Peyrepertuse © Henri Moreau

Le département de l'Aude demande le classement de ces "citadelles du vertige" au patrimoine mondial de l'humanité. Une reconnaissance culturelle pour doper l'économie touristique de l'arrière-pays audois, ariégeois et catalan.

A la limite de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, les "citadelles du vertige" rêvent de nouveaux sommets. Perchés sur des pitons rocheux, les châteaux du pays cathare demandent leur inscription au patrimoine mondial de l'Unesco dans l'espoir de doper leur fréquentation, et ainsi toute l'économie de ces cantons ruraux.

Sept citadelles sont concernées : une en Ariège (Montségur) et six dans l'Aude (Peyrepertuse, Quéribus, Puylaurens, Aguilar, Lastours et Termes). Des sites visités par 400.000 touristes chaque année , malgré les efforts à accomplir pour arriver au pied de leurs murailles. En comparaison, 2,5 millions de visiteurs vont le voyage vers la cité de Carcassonne, pas si loin de là.

Le château de Peyrepertuse est la plus haute forteresse de France , accrochée à 816 mètres d'altitude sur un contrefort des Corbières audoises. Sur les sentiers escarpés, les pieds fatigués glissent sur les éboulis, faisant comprendre aux randonneurs haletants tout le sens de l'expression "citadelle imprenable". Arrivés à la cime, le panorama récompensera l'effort, offrant une vue elle aussi imprenable sur la garrigue et la vigne alentour.

"Le logo Unesco, c'est la première chose que les touristes voient."

  • André Viola, président du département de l'Aude

"L'Unesco, c'est le label d'excellence qui permet d'entrer dans la cour des grands. Ca pourrait générer 20 à 30% de visiteurs en plus ", résume Sébastien Pla, directeur de l'Agence de développement touristique de l'Aude.

Le classement en 1997 de "la Cité", c'est-à-dire la forteresse de Carcassonne, a fait bondir d'environ 30% le nombre de visiteurs. "Le logo Unesco, c'est la première chose que les touristes voient ", souligne André Viola, président socialiste du Conseil départemental de l'Aude.

Mais le chemin vers l'Unesco est aussi ardu que les sentiers vers les "citadelles du vertige".

Mettre en lumière le catharisme

Au printemps, un comité scientifique local a sélectionné sept châteaux médiévaux - les mieux conservés - parmi les 21 que compte la région.

Le dossier de demande est arrivé en juin sur le bureau du Comité national des biens français, qui fera une recommandation au gouvernement sur une inscription ou non sur la "liste indicative nationale" française, actuellement forte de 35 projets. Puis Paris puisera dans cette liste pour proposer un maximum de deux noms par an à l'Unesco, qui décrète ou rejette le classement.

"Au mieux, nous serons classés dans quatre ou cinq ans . C'est un engagement de longue haleine ", reconnaît André Viola, qui évalue à "50-50" les chances d'un succès.

Pour le président du département, un classement transformerait les forteresses en "sites-vitrines qui feraient venir les touristes dans l'arrière-pays ", souvent oublié par rapport aux rivages méditerranéens.

"Nous avons besoin du tourisme"

  • Sébastien Pla, maire de Duilhac-sous-Peyrepertuse

"Le tourisme dans l'Aude génère 900 millions d'euros par an. Avec l'Unesco, il deviendrait le premier secteur économique, devant l'agriculture ", qui produit pour un milliard d'euros de richesse, ajoute le président du département.

"Les sept châteaux sont situés dans des zones rurales en difficulté avec une densité de population d'environ 10 habitants au km2. Nous avons besoin du tourisme ", abonde Sébastien Pla, maire de la petite commune de Duilhac-sous-Peyrepertuse, en contrebas du château éponyme. "Ici, nous accueillons 100 000 visiteurs par an pour 150 habitants : ça génère plus de 10 millions d'euros par an ", une manne également essentielle à l'entretien coûteux de ces châteaux en grande partie en ruines.

Le classement aurait également l'avantage de "faire mieux connaître le catharisme " et détruire les nombreux mythes associés à cette religion, à commencer par la qualification abusive de "châteaux cathares", espère Jean Blanc, attaché de conservation aux Archives départementales de l'Aude.

"Les Cathares n'ont en fait pas construit ces châteaux, qui appartenaient à des seigneurs féodaux ayant parfois protégé des Cathares ", persécutés par l'Inquisition aux XIIe et XIIIe siècles, l'historien spécialiste du catharisme.

Les Cathares (purs en grec) étaient des chrétiens fondamentalistes jugés hérétiques par l'Eglise catholique. L'inscription à l'Unesco n'est ainsi pas demandée au titre du catharisme mais en tant que "forteresses de montagne".