Économie – Social

A Paris, la révolte des VTC contre l'ubérisation

Par Géraldine Houdayer et Nicolas Olivier, France Bleu Paris et France Bleu mercredi 14 décembre 2016 à 18:00 Mis à jour le jeudi 15 décembre 2016 à 12:39

Les chauffeurs manifestent notamment contre la politique tarifaire des plateformes comme Uber.
Les chauffeurs manifestent notamment contre la politique tarifaire des plateformes comme Uber. © AFP - Geoffroy Van der Hasselt

Plusieurs centaines de chauffeurs de VTC manifestent leur ras-le-bol ce jeudi à Paris. Ils demandent une meilleure rémunération et dénoncent "l'humiliation" que leur infligent, selon eux, les plateformes de réservation.

Environ 200 berlines noires sont alignées devant le palais des Congrès à Paris. La manifestation des VTC (voitures de transport avec chauffeur) occupait jeudi matin la moitié de la place de la porte Maillot. D'autres groupes menaient des opérations escargot, notamment entre Roissy et Paris. Les chauffeurs, encadrés par des dizaines de CRS et policiers, protestent contre la paupérisation du métier et la toute-puissance des plateformes de réservation. Le géant américain Uber concentre les critiques, une semaine après avoir d'un côté revalorisé ses tarifs, et de l'autre augmenté sa commission de 20 à 25%.

Des chauffeurs rassemblés jeudi matin, place de la porte Maillot à Paris. - Radio France
Des chauffeurs rassemblés jeudi matin, place de la porte Maillot à Paris. © Radio France - Nicolas Olivier

Les chauffeurs disent "stop aux 3,75 euros de l'heure"

L'association Capa-VTC attendait 3.000 chauffeurs, dont des "confrères lyonnais, lillois, nantais et strasbourgeois", selon son président Helmi Mamlouk. Plusieurs organisations se sont associées à cette journée d'action, pour exiger à la fois "la hausse de la tarification, la baisse des commissions, la fin du salariat déguisé et des décisions unilatérales des applis... En un mot, le respect". Le syndicat SCP-VTC (affilié à l'UNSA) entend dire "stop aux 3,75 euros de l'heure", et s'en prend à l'application reine, avec des slogans comme "Ubériser pour régner" et "360h par mois = un Smic ! Merci qui ?". Sur la place transformée en parking, certains véhicules ont leurs vitres maquillées par d'autres slogans anti-Uber, comme "Esclavagiste 2.0".

Uber cristallise les critiques des chauffeurs. - Radio France
Uber cristallise les critiques des chauffeurs. © Radio France - Nicolas Olivier

Plus globalement, c'est le phénomène d'ubérisation de la société qui est fustigé par l'ensemble des professionnels. Les VTC ont d'ailleurs reçu le soutien de Danielle Simonnet, conseillère de Paris. Au micro, la coordinatrice du Parti de gauche a dénoncé "la régression sociale sans précédent qu'est l'ubérisation, qui a créé des milliers d'auto-entrepreneurs exploités", sous les applaudissements des chauffeurs. Le député socialiste Laurent Grandguillaume était aussi attendu sur place, alors que sa proposition de loi pour réguler le secteur du transport public particulier de personnes doit être votée à l'Assemblée nationale lundi 19 décembre. Plus tard dans la journée, un cortège devrait se rendre devant le siège parisien d'Uber, dans le 19ème arrondissement (nord-est).

La CFDT appelle les chauffeurs à se déconnecter massivement

La fédération CFDT des transports a préféré ne pas s'associer à cette journée d'action, en se contentant d'appeler les chauffeurs à se déconnecter massivement de toutes les applications ce jeudi. Le syndicat est le seul à avoir rencontré la direction d'Uber, lundi. Des discussions visant à améliorer la rentabilité et la protection sociale des chauffeurs ont été promises par la multinationale pour 2017. D'autres acteurs comme les start-up françaises Allocab et Marcel ont aussi annoncé la mise en place de groupes de parole avec leurs partenaires dans les prochaines semaines.