Économie – Social

Les loyers commerciaux en baisse de 30 à 50 % au Mans

Par Ruddy Guilmin, France Bleu Maine lundi 17 juillet 2017 à 17:25

Le nombre important de locaux vides fait chuter les prix des loyers
Le nombre important de locaux vides fait chuter les prix des loyers © Radio France - Ruddy Guilmin

Alors que les loyers commerciaux restaient élevés au Mans ces dernières années, la loi du marché a fini par faire évoluer les choses. Depuis quelques mois, les prix des vitrines sont à la baisse en centre-ville du Mans. Et même en chute libre de 50 % dans certaines rues.

La baisse des loyers commerciaux, la boutique Artisans du monde l'a constatée à l'automne dernier. Alors qu'ils n'arrivaient plus à payer leur loyer mensuel de 900 € au 46 rue nationale, où ils étaient installés depuis 9 ans, les bénévoles de l'association ont commencé à prospecter... Et là, surprise explique la porte-parole Francine Giffard :

On a découvert que pour une surface équivalente, voire plus grande, il y avait des locaux disponibles à 600 ou 500 €... Et ce dans la même rue, tout juste quelques mètres plus loin !

Rien d'étonnant pour Reynald Fichepain de l'agence spécialisée Art'Im. Aujourd'hui, que ce soit en ville ou même dans certaines zones commerciales, il y a tellement de locaux vides que les prix chutent. C'est la logique pure et simple de l'offre et de la demande : "On avait, dans certains endroits, des 50 m2 qui se louaient entre 1 100 et 1 600 €. Aujourd'hui, on est davantage sur une fourchette entre 400 et 900 €. On constate une baisse d'au moins 30 %. Parfois, on dépasse même les -50 % et le local n'est toujours pas reloué." D'après cet agent, cela concerne surtout des secteurs secondaires comme les rues Nationale ou Gambetta. Mais le phénomène est bien plus large assure Christophe Guirault, spécialiste commerce de l'agence Maïté Marteau : "Même en zone commerciale de périphérie, j'ai des locaux qui perdent 30 % de leur valeur locative ! Et je constate ça sur tout le grand ouest."

Les propriétaires commencent à comprendre

Pour Christophe Guirault, d'autres facteurs expliquent aussi le phénomène. Avec la hausse des charges et la concurrence sévère d'internet, explique-t-il, "les commerçants ne peuvent plus se permettre de louer au même prix qu'il y a 10 ans. Et ça, les propriétaires l'ont enfin compris. Ils sont un peu plus à l'écoute." Ce que confirme Reynald Fichepain pour Art'Im : "Quand on était habitué à percevoir une certaine rente, ce n'est pas évident à accepter mais on arrive maintenant à faire comprendre qu'il vaut mieux louer un peu moins cher mais plus rapidement, plutôt que d'avoir un local vide et de louer de toute façon à un prix revu à la baisse plus tard."

D'après une étude publiée en 2016, la vacance commerciale s'élevait à 8 % au Mans - Radio France
D'après une étude publiée en 2016, la vacance commerciale s'élevait à 8 % au Mans © Radio France - Ruddy Guilmin

Autre signe de l'effondrement du marché : beaucoup de propriétaires renoncent désormais à exiger un droit d'entrée à la signature du bail, lequel pouvaient s'élever par le passé à plusieurs dizaines de milliers d'euros. La pratique reste tout de même parfois en vigueur sur certains "emplacements numéro un", où le flux de consommateurs est assuré (les rues piétonnes commerçantes type rue des Minimes, rue Marchande, etc.). Là, le droit d'entrée peut atteindre plus de 200 000 €. Et les loyers restent élevés, en tout cas hors de portée de la plupart des commerçants indépendants : entre 1 300 € et 1 500 € par mois pour 30 m2 et jusqu'à 5 000 € pour 100 m2. Cela explique pourquoi les grandes enseignes et les chaînes de magasins trustent majoritairement ces emplacements. Quant aux commerçants qui occupent un local depuis des années et paient toujours un loyer plein pot, certains n'hésitent plus, au vu de la conjoncture, à négocier pour obtenir une ristourne.

--> Revoir ou réécouter notre émission spéciale commerce réalisée en octobre dernier.

--> Les idées d'un groupe d'étudiants pour re-dynamiser le centre-ville du Mans