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Économie – Social

Les patrons de Moselle ne sont pas "juste bons à payer des impôts"

mercredi 7 novembre 2018 à 16:20 Par Antoine Barège, France Bleu Lorraine Nord

L'union des Entreprises de Moselle, nouveau nom du MEDEF 57, fête ses 80 ans et veut se moderniser avec un nouveau président : Jean Poulallion. L'ancien salarié de Mars ou de Disney qui dirige aujourd'hui l'entreprise de vérandas et pergolas Metzger était l'invité de France Bleu Lorraine.

Jean Poulallion, le président de l'Union des Entreprises de Moselle
Jean Poulallion, le président de l'Union des Entreprises de Moselle

Metz, France

Le MEDEF 57 est devenu en juin dernier l'UE 57, l'union des entreprises de Moselle. Avec un nouveau conseil d'administration et un nouveau président Jean Poulallion. L'UE a fêté ses 80 ans ce mardi soir au centre des congrès de Metz devant 1.000 adhérents. Et Jean Poulallion était sur France Bleu Lorraine ce mercredi à 7h45. 

France Bleu Lorraine : Le Medef était devenu un peu vieillot avec une mauvaise image, c'est pour cela que vous avez changé de nom?

Jean Poulallion : Merci pour cette question piquante ! L'UE 57 vise à dire ce qu'il est, c'est un dire un mouvement essentiellement tourné vers les TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises) : il est plus facile de dire ce qu'on est, que de se justifier de ce que l'on est pas. 

FBL : Vous avez une équipe rajeunie dans le conseil d'administration?

On a totalement modifié le conseil d'administration et aujourd'hui, dans les statuts, nous avons prévu que si une personne perd son titre de chef d'entreprise en activité, elle perd également son poste au CA, ce qui garantit la représentation la plus égale possible des chefs d'entreprises au sein du conseil. 

FBL : Emmanuel Macron était en Lorraine ces derniers jours. Il a prononcé un discours à Pont-à-Mousson axé sur l'économie dans la région Grand Est. C'est un bon président pour vous?

C'est un président qui était très attendu par les patrons puisque nous avions le sentiment, nous les chefs d'entreprises, que nous étions juste bons à payer des impôts et toujours financer davantage d'initiatives au nom de l'intérêt collectif, alors que probablement au nom de l'intérêt collectif, il vaudrait mieux aller vers une baisse des impôts. Nous avons le sentiment qu'avec ce président, nous allons dans cette voie. 

Amazon ou Knauf montrent que notre territoire est attractif

FBL : L'UE 57 fête ses 80 ans, le cadeau d'anniversaire c'est Amazon qui devrait s'implanter à Metz Frescaty avec 2.000 emplois? C'est Knauf à Illange qui devrait créer 120 emplois?

Vous citez des entreprises emblématiques comme Knauf Insulation et Amazon. C'est important de pouvoir créer ces entreprises là sur notre territoire, même si ces entreprises ne feront pas 100% de l'emploi en Moselle demain. Mais on ne peut que se réjouir de voir des grands groupes décider de venir s'implanter chez nous, cela veut dire que notre territoire est attractif et gagne en attractivité, en tout cas je l'espère. 

FBL : Personne ne veut citer le nom Amazon en Moselle, mais son implantation future est un secret de polichinelle. Amazon est acceptable socialement pour vous sur les rythmes et les conditions de travail? Vous êtes attentif?

Bien sûr, tous les chefs d'entreprises responsables font très attention au bien-être des employés au travail. La qualité de vie de travail ce n'est ni une mince affaire, ni une illusion, c'est quelque chose qu'on recherche et je pense que c'est parfaitement compatible avec les 2 entreprises que vous avez citées (Amazon et Knauf)

Les parents devraient être très heureux de voir leurs enfants bouchers ou menuisiers

FBL : De plus en plus de Mosellans vont travailler au Luxembourg où les conditions financières sont avantageuses. Vous peinez à recruter ?

C'est un souci, et si vous avez la solution je suis preneur ! Nous avons un paradoxe incroyable en France aujourd'hui, nous avons 3,2 millions de chômeurs de catégorie A, c'est à dire qui n'ont pas travaillé une seule heure dans le mois, nous en avons 55.000 en Moselle et en même temps, vous avez des chefs d'entreprises que je côtoie tous les jours et qui ne trouve pas.

FBL : C'est le cas dans votre entreprise de vérandas...

Moi je cherche 10 personnes que je n'arrive pas à recruter

FBL : Mais vous n'avez pas de candidat?

En fait pas de candidat pour une raison simple : au niveau de l'éducation nationale comme au niveau des parents, on a démissionné par rapport à notre rôle éducatif. Et on a poussé des jeunes vers des filières générales avec un dogme qui est -le 80% au bac-, ce qui est une absurdité, une hérésie totale. On pousse les jeunes dans une filière généraliste, sans qu'ils sachent ce qu'ils y font. Vous avez aujourd'hui en France et en Moselle un avocat sur deux qui ne gagne pas sa vie, qui est en dessous du SMIC et qui n'est pas protégé socialement. Les parents sont très heureux de voir leurs enfants avocats, je pense qu'ils devraient être très heureux de voir leurs enfants bouchers ou menuisiers parce qu'ils auraient un vrai métier qui paye très bien. Aujourd'hui on gagne parfois mieux sa vie en étant ouvrier que jeune cadre dans une entreprise

Aujourd'hui on gagne parfois mieux sa vie en étant ouvrier que jeune cadre dans une entreprise

FBL : Et vous êtes un bon exemple, vous avez fait un CAP à 47 ans !

Voilà, moi j'ai traversé la rue un jour car je cherchais un vrai métier et j'ai fait un CAP à 47 ans. Je suis allé au CFA de Pont-à-Mousson et j'ai appris à poser des fenêtres, des portes. J'ai estimé que c'était une très bonne façon d'avoir "un vrai métier" comme disait un ancien. Une fois cet ancien m'a salué en me félicitant quand je suis revenu avec un CAP en poche. Ce monsieur de 60 ans m'a dit "Jean, enfin tu as un vrai métier"

J'ai traversé la rue un jour pour trouver un vrai métier

FBL : Le prélèvement à la source, c'est pour janvier prochain, vous allez collecter les impôts pour la direction des impôts. C'est une inquiétude pour les patrons de Moselle?

Non c'est pas une inquiétude. Cette réforme est souhaitable et souhaitée. Il y a beaucoup d'avantages à cette réforme. C'est difficile à comprendre quand on est chef d'entreprise d'avoir un gouvernement qui prône le prélèvement à la source, je parle du gouvernement précédent, et de voir aujourd'hui certains hommes politiques se prononcer contre et bloquer le prélèvement à la source. Il y a un manque de cohérence de certains politiques, ils défendent sans doute leur intérêt personnel. 

Pour le prélèvement à la source j'ai quand même une petite réserve : la responsabilité du chef d'entreprise vis à vis de son salarié qui peut ne pas comprendre sa fiche de paye à la fin du mois. C'est à nous d'être pédagogue. Autre réserve : il y a un coût évident que tout le monde peut comprendre et comme d'habitude c'est "aux autres"de payer. 

Jean Poulallion, président de l'UE 57