Économie – Social

Logement social : le Var et les Bouches-du-Rhône mauvais élèves

Par Solène Cressant, France Bleu Provence lundi 24 octobre 2016 à 20:28

La commune de Mimet a créé 9 logements sociaux depuis 2001
La commune de Mimet a créé 9 logements sociaux depuis 2001 © Radio France - Solène Cressant

25% de logements sociaux dans les communes de France d'ici à 2025, c'est l'objectif à atteindre conformément à la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU). Sauf que les Bouches-du-Rhône et le Var sont les deux départements qui comptent le plus de communes en infraction, loin des quotas.

Ces quotas concernent les communes membres d'une agglomération, qui comptent plus de 3500 habitants. En tout, quelque 1.115 communes françaises sont concernées. Sauf que les Bouches-du-Rhônes et le Var sont les deux départements qui comptent le plus de communes en infraction, c'est à dire qui sont loin d'atteindre les quotas.

44 communes déficitaires ou carencées dans les Bouches-du-Rhône

Sur les 221 communes en infractions, 44 se situent dans les Bouches du Rhône et une vingtaine dans le Var.

Marseille et Toulon ne sont pas en retard. Elles ont respectivement 20% et 15% de logements sociaux, donc en bonne voie pour l'objectif des 25%.

Les mauvais élèves, ce sont les plus petites communes, membres des agglomérations.

Dans les Bouches-du-Rhônes, des villes comme Les Pennes-Mirabeau, Gémenos ou Éguilles sont en-dessous des 6% de logements sociaux. Dans le Var, les communes qui inquiètent le gouvernement sont Fréjus (5% de logements sociaux) ou encore Le Castellet et son petit 1.86% de HLM.

Des amendes à payer chaque année

Pour expliquer le phénomène, certains maires contactés parlent beaucoup des précédents mandats : "On n'est pas responsables des maires récalcitrants" disent-ils. C'est le cas à Trets par exemple.

Il y aussi des problèmes fonciers, d'ordre géographique et topographique : à Mimet, à Trets et ailleurs, les communes sont parfois sur des zones inondables et/ou des zones où les risques d'incendies sont élevés (PPRIF), ce qui réduit largement le foncier.

Les maires n'en sont pas fiers puisqu'ils paient des amendes chaque année si aucun projet n'est lancé. Solliès-Pont (Var) paie 90.000 euros, l'amende de Trets (Bouches-du-Rhône) s'élève à 170.000 euros, mais elle est reversée dans des projets qui facilitent la construction de logements sociaux comme des routes, des transports en commun.

Un manque de moyens

Ce que demandent les maires, c'est surtout que la loi soit adaptée à leur commune et que les objectifs soient revus à la baisse. "Les mentalités ont changé", assurent-ils. "Les logements sociaux on veut bien en faire, mais il faut nous en donner les moyens".

Si les deux départements sont de si mauvais élèves, le problème vient de la loi elle-même, pas adaptée aux différentes communes selon Georges Cristianni, maire de Mimet et président des maires des Bouches-du-Rhône.

"Nous on veut bien construire des logements sociaux mais la loi a été extrêmement mal faite" Georges Critianni maire de Mimet

L'exemple de Mimet, commune carencée

La commune de Mimet, dans l'agglomération de Marseille est même sur une liste noire du gouvernement.

Située à 500 mètres d'altitude, la plus haute commune des Bouches-du-Rhône compte 4 500 âmes et 90 logements HLM. Or, d'après la loi, il en faudrait 367 de plus pour atteindre les quotas. Pour l'instant la commune n'a donc que 3,4% de logement sociaux.

Pourtant, tout près de la place de l'église et de sa vue imprenable sur la plaine d'Aix-en-Provence, quatre logements sociaux sont en pleine construction. "Des logements en plein cœur du village, explique le maire, Georges Cristiani, pour une bonne mixité sociale. On ne veut pas de grandes barres qui créent des ghettos".

Depuis 2001, neuf logements sociaux supplémentaires ont été créés. Le problème c'est qu'on est quand même loin du compte.

"Je suis un maire carencé, qui manque de vitamines. Mais comment voulez vous que je construise 367 logements sur un piton rocheux ? c'est impossible !"

Ce manque de place, les habitants en sont conscients. Alors des logements oui, mais qui ne dénaturent pas le village : "Près de l'école ce n'est pas possible il me semble. Tout dépend de là où c'est situé, si c'est dans un coin tranquille, pourquoi pas", expliquent les habitants. "Si on accueille plus de monde, ça veut dire des infrastructures en plus, de la population en plus... il ne faudrait pas que Mimet perde son charme."

Face à cette loi jugée punitive, Mimet et 120 autres communes de France ont monté le collectif national des communes carencées et déficitaires en logements sociaux. Leur but : faire modifier la loi.

Reportage à Mimet.

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