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Économie – Social DOSSIER : Mai-68

Mai-68 en Charente-Maritime: "A partir de maintenant, on s'entraide"

jeudi 3 mai 2018 à 8:17 Par Julien Fleury, France Bleu La Rochelle

C'était il y a 50 ans: mai 68. Grand mouvement étudiant, mais aussi l'une des plus grandes grèves de l'histoire de France. Parmi les acteurs de ce conflit, Juliette, Josiane, Jacques et Claire, militants rochelais de la CGT, partagent leurs souvenirs.

Queval à La Rochelle. Chez des ouvriers sans tradition syndicale, les victoires de mai 68 ont donné le goût de l'engagement collectif
Queval à La Rochelle. Chez des ouvriers sans tradition syndicale, les victoires de mai 68 ont donné le goût de l'engagement collectif - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherche, La Rochelle

Charente-Maritime, France

Comment oublier mai-juin 68? Cinquante ans après cet incroyable printemps, Jacques Boissineau n'en revient toujours pas: "30% d'augmentation du salaire minimum à l'issue des accords de Grenelle." Augmentation qui par ricochet a bénéficié à tous les travailleurs, se souvient Jacques Boissineau, alors ouvrier aux ACRP, les anciens chantiers navals de La Rochelle-Pallice, paralysés durant cinq semaines: "Comme on était payé pas trop cher, toutes les grilles ont dû augmenter, ça a vraiment été considérable." Ce conflit a aussi révélé à Jacques Boissineau, Chouchou pour ses camarades, sa vocation de syndicaliste à la CGT, lui qui avait tout juste 20 ans à l'époque. Les jeunes ont d'ailleurs été les premiers bénéficiaires de ces revalorisations, avec des salaires multipliés par deux voire trois pour certains.

La grève a surtout permis d'unifier les ouvriers, comme chez les mareyeurs de La Rochelle, éclatés chez des dizaines de patrons. C'est là, tout près de l'ancien encan, que travaillait Juliette Libert, figure rochelaise de la CGT et du Parti communiste: "Après la grève, les choses ont changé, il y avait désormais une solidarité entre nous." Exemple concret: "on avait des bacs en bois qui pesaient lourd, 50 kilo. Avant la grève générale, les gars portaient ça tout seuls" se souvient Juliette Libert. "On a dit: non, maintenant on s'entraide. On se met à deux." Voilà qui a considérablement amélioré les conditions de travail: "Il n'y avait plus de tour de reins comme avant" assure Juliette Libert. "Les gars ont commencé à dire: quand on vient travailler, on a maintenant le plaisir de rencontrer les copains."

Aux chantiers navals, la grève reprend quatre heures après s'être achevée

Mai-juin 68 a aussi changé le rapport de force avec le patronat, se souvient Jacques Boissineau des ACRP: "On a repris le travail, je me rappelle, un jeudi matin à 7h. Et à 11h, on avait une commission des jeunes, et on s'est mis en grève pour obtenir la reconnaissance de tous ceux qui avaient un diplôme. Désormais on voulait être embauché comme ouvrier professionnel, plus comme simple manœuvre." Et le résultat ne s'est pas fait attendre: "le patron a cédé" assure Jacques Boissineau. "De nous voir en grève quatre heures après la reprise du travail, il en était estomaqué: c'est pas vrai, ils vont continuer..."

Après mai 68, la CFDT a enregistré 100.000 adhésions au plan national. 400.000 adhésions pour la CGT. - Aucun(e)
Après mai 68, la CFDT a enregistré 100.000 adhésions au plan national. 400.000 adhésions pour la CGT. - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherche, La Rochelle

Grandes avancées sociales également pour le secteur public. Claire Alexandre, 89 ans aujourd'hui, était infirmière à l'hôpital psychiatrique Marius-Lacroix de La Rochelle: "Cela a été une joie formidable quand nous avons appris les accords pour la fonction publique: 40 heures pour tout le monde, et 30% de plus pour les salaires. C'était extraordinaire. Il a fallu plusieurs années pour que ça entre en application" Sans oublier la possibilité dorénavant de se former sur les heures de travail, et des droits syndicaux. "Les malades en ont bien profité aussi" ajoute Claire Alexandre. "L'hôpital s'est humanisé."

Pas de grand soir politique, mais un vent de liberté pour les ouvriers

Progrès social, mais fermeture politique. En 1968, le Parti communiste n'a pas voulu profiter de la grève générale pour prendre le pouvoir. Pas de remors chez Josiane Champion, à l'époque jeune ouvrière de 17 ans à la chemiserie Queval de La Pallice: "On a tous été surpris par ce grands mouvement, organisations syndicales comme partis politiques" analyse Josiane Champion avec philosophie. "On n'était pas prêt. Et aux élections c'est la droite qui est repassée." Josiane Champion préfère se souvenir du vent de liberté qui a soufflé sur cette fin de règne du général de Gaulle, des amphi de la Sorbonne aux usines rochelaises: "cela nous a permis de nous libérer l'esprit, et aussi dans notre vie quotidienne. On a enfin commencé à profiter."

Mai 68 en Charente-Maritime: "à partir de maintenant, on s'entraide"

Photos tirées du Fonds audiovisuel de recherche de La Rochelle