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Économie – Social DOSSIER : Mai-68

Mai 68 en Charente-Maritime: "Ce que nous avons obtenu, le patronat essaie de nous le reprendre"

lundi 7 mai 2018 à 11:43 Par Julien Fleury, France Bleu La Rochelle

Que reste-t-il de mai 68? Nous plongeons dans les souvenirs de Juliette, Josiane, Jacques et Claire, quatre militants rochelais de la CGT qui ont vécu de l'intérieur ce conflit parmi les plus importants de l'histoire sociale. C'était il y a 50 ans.

Atelier Queval à La Pallice, spécialisé dans la confection de chemises. Usine fermée dans les années 80, comme de nombreux bastions de la CGT
Atelier Queval à La Pallice, spécialisé dans la confection de chemises. Usine fermée dans les années 80, comme de nombreux bastions de la CGT - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherche, La Rochelle

Charente-Maritime, France

Hausse des salaires, réduction du temps de travail, amélioration des conditions de travail. "Mai 68 a été quelque chose d'extraordinaire", se souvient Juliette Libert, à l'époque commise de marée au port de pêche de La Rochelle où elle est devenue leader syndical de la CGT. "Il y a eu une solidarité, et cela a éveillé chez les ouvriers une conscience de classe." Cette grève générale a ouvert un cycle de progrès sociaux. Cycle qui s'est refermé, reconnaît Juliette Libert.

Celle qui s'est aussi engagée au parti communiste est un brin nostalgique: "Ce que nous avons obtenu, le patronat et le capitalisme essaient de nous le reprendre. Et c'est une lutte sans cesse." Les droits des travailleurs peu à peu détricotés, Juliette Libert a son explication: "C'est le chômage malheureusement. Les patrons ont organisé le chômage pour casser la classe ouvrière. Parce que ça les gênait d'avoir des travailleurs organisés et lucides."

Licenciements, délocalisations, automatisation

Le chômage, et la précarité, ajoute Josiane Champion, qui a vécu mai 68 comme ouvrière dans un atelier de fabrication de chemises à La Pallice, Queval, avant de finir sa carrière comme conductrice de bus à la RTCR, la régie des transports rochelais: "A l'époque, on était tous ou presque embauchés en CDI. Aujourd'hui, même dans ma dernière entreprise, les chauffeurs sont tous embauchés pour deux ou trois mois, et hop! Après on les renvoie." Conséquence, selon Josiane Libert, Josy pour ses camarades de la CGT: "Chez les jeunes, il y a la peur de ne pas rester dans l'entreprise. Alors qu'en 1968, quand je suis parti en grève, je ne me suis pas demandée si j'allais être virée."

Mai 68, symbole du succès des luttes collectives. Aujourd'hui, l'heure est à l'individualisme, constatent amèrement les acteurs de l'époque - Aucun(e)
Mai 68, symbole du succès des luttes collectives. Aujourd'hui, l'heure est à l'individualisme, constatent amèrement les acteurs de l'époque - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherche, La Rochelle

Les destructions d'emplois ont fortement marqué la place rochelaise, avec la disparition de nombreuses entreprises, à commencer par les ACRP, les chantiers navals fermés il y a 30 ans. Un processus loin d'être terminé, craint Juliette Libert, qui à 84 ans, regarde avec beaucoup de scepticisme les robots s'installer dans nos vies: "Quand on nous montre un robot à l'accueil de l'hôpital, c'est affreux! Il faut des hommes et des femmes pour accueillir. Je préfère me faire engueuler par une secrétaire de mauvaise humeur, plutôt que de parler à un robot."

"Il y aura un nouveau mai 68, mais tout à fait différent"

Et puis il y a les mentalités qui évoluent. Mai-juin 68 avait symbolisé la victoire des luttes collectives. L'heure est à la réussite individuelle, contaste, désabusé, Jacques Boissineau, ancienne figure de la CGT aux ACRP: "Quand j'entends qu'on dit à des gamins, à l'école, qu'il faut savoir se vendre, je leur dis: non, vous n'êtes pas une marchandise." Jacques Boissineau convaincu qu'il faut "remettre l'humain au cœur de cette société".

Il faut un nouveau mai 68, martèlent ces vieux militants de la CGT, à la combativité intacte, comme Claire Alexandre, 89 ans, et un passé d'infimière psychiatrique à l'hôpital Marius-Lacroix: "Il faut une secousse pour faire ce changement. Mai 68 a été inventé à partir des réalités de l'époque. Il y aura un autre mai 68, mais tout à fait différent", conclut Claire Alexandre, "adapté aux conditions d'aujourd'hui". Ces acteurs de mai 68 veulent tous croire à la convergence des luttes. En attendant, eux défendent leurs droits de retraités: remontés contre ce discours dominant qui les traite de nantis, et contre la CSG qui grignote leurs pensions.

Mai 68 en Charente-Maritime: "Ce que nous avons obtenu, le patronat essaie de nous le reprendre"

Photos tirées du Fonds audiovisuel de recherche de La Rochelle