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Économie – Social

Mai 68 en Charente-Maritime: ce printemps-là, "la peur a changé de camp"

mardi 1 mai 2018 à 18:06 Par Julien Fleury, France Bleu La Rochelle

C'était il y a 50 ans: mai 68. Un grand mouvement étudiant, mais aussi l'une des plus grandes grèves générales de notre pays. Comment a-t-on vécu cette période-clé de l'histoire sociale en Charente et Charente-Maritime? Pour France Bleu La Rochelle, quatre acteurs du conflit se souviennent.

 La CGT enregistre des centaines d'adhésions à La Rochelle durant la grande grève de 1968
La CGT enregistre des centaines d'adhésions à La Rochelle durant la grande grève de 1968 - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherches, La Rochelle

Charente-Maritime, France

Ils s'appellent Juliette, Josiane, Jacques et Claire. Ces quatre militants rochelais de la CGT rouvrent leur album de souvenirs, pour évoquer un printemps fondateur pour leur engagement syndical. "Mai 68 ne s'est pas fait tout seul", insiste Josiane Champion, Josy pour ses camarades, qui rappelle les conditions de travail très difficiles de l'époque.

A l'époque Josy a 17 ans, et travaille depuis trois ans déjà chez Queval, atelier rochelais de fabrication de chemises installé à La Pallice. 900 salariés, essentiellement des femmes. Salaires de misère, et conditions très dures: "Il fallait lever le doigt pour aller aux toilettes ou pour aller boire un coup si on avait soif, alors qu'on travaillait sous des tôles dans la fournaise. Moi qui commençais tout juste à travailler, je ne pensais pas que le travail c'était ça."

Les chantiers navals, fer de lance de la grève générale à La Rochelle

Parmi les premières entreprises rochelaises à entrer dans la grève générale, les chantiers navals aujourd'hui disparus, les ACRP, déjà un bastion de l'activisme ouvrier. Un millier de salariés, dont Jacques Boissineau, dit Chouchou, tout juste 20 ans à l'époque: "Je me rappelle mes premiers bulletins de paie: c'était 98 centimes de l'heure. Le soir, on travaillait jusqu'à 20h, et comme moi j'étais à la réparation navale, un jour sur deux c'était jusqu'à minuit. Si on refusait, on se retrouvait à la porte."

Le plateau rochelais de La Pallice, cœur de la mobilisation du printemps 68 en Charente-Maritime - Aucun(e)
Le plateau rochelais de La Pallice, cœur de la mobilisation du printemps 68 en Charente-Maritime - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherches, La Rochelle

Jacques Boissineau et ses camarades font alors le tour des entreprises rochelaises. La grève générale fait tache d'huile, elle s'empare même de la chemiserie Queval, pourtant sans aucune tradition syndicale, se souvient Josiane Champion: "Le patron nous a barré la route pour nous empêcher de sortir, avec des grands gestes. Il nous l'a fait une fois, pas deux. Quand il a voulu recommencer, on avait des copains des ACRP et des docks pour nous épauler, et on est passé sous ses bras!"

Des patients étonnamment "calmes" pendant la grève à l'hôpital psychiatrique

Une grève qui touche aussi le service public. Claire Alexandre, 89 ans aujourd'hui, était infirmière à l'hôpital psychiatrique Marius-Lacroix: "Les malades psychiatriques étaient très maltraités, et le personnel aussi. Nous avions des bas salaires, et c'est vrai qu'il y avait un désir de changement très grand." Mai 68 arrive donc à point nommé, se souvient Claire Alexandre: "Nous avons organisé la grève, ce qui n'est pas simple dans un hôpital. Notre premier principe, c'était que les malades n'en souffrent pas. Et d'ailleurs ils ont su nous le rendre, les malades, parce qu'ils ont été très calmes durant toute la grève."

Le personnel hospitalier rochelais s'investit fortement dans la grève aux côtés du secteur privé - Aucun(e)
Le personnel hospitalier rochelais s'investit fortement dans la grève aux côtés du secteur privé - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherches, La Rochelle

Le port de pêche rochelais n'est pas épargné. Pour la toute première fois, les ouvriers mareyeurs entrent dans la grève, et occupent l'encan, où ils installent un piquet de grève. Emmenés par une future figure du syndicalisme et du parti communiste à La Rochelle, Juliette Libert, 34 ans à l'époque: "Il y a un gars qui est arrivé avec un fusil. Il voulait forcer le passage pour aller chez son patron chercher du poisson. Mais le service d'ordre a été remarquable. Les gars lui ont enlevé le fusil, et ils sont restés très calmes. Cela aurait pu finir mal."

Au port de pêche, un "tribunal du peuple" pour juger un briseur de grève

Face à la colère de ses camarades, Juliette Libert a l'idée d'organiser un "tribunal du peuple": "J'ai proposé un mois de mise à pied, pas le licenciement, parce que nous qui luttions pour l'emploi, nous ne pouvions pas licencier un camarade, même s'il avait fait une grosse bêtise."

Chez Queval, atelier de fabrication de chemises de La Rochelle, la grève jette les bases du combat syndical - Aucun(e)
Chez Queval, atelier de fabrication de chemises de La Rochelle, la grève jette les bases du combat syndical - Fonds PCF 17 - Fonds audiovisuel de recherches, La Rochelle

Un conflit qui va déboucher sur d'impressionnantes augmentations de salaires. La grève va aussi bouleverser les relations du travail. Avec par exemple l'élection de nombreux représentants du personnel, dont Josiane Champion chez Queval à La Pallice: "Quand on s'est présentées en septembre 68, le directeur nous a toutes mises à pied, soi disant parce qu'on perturbait l'entreprise en distribuant nos tracts."

Face à cette entrave au droit syndical, le personnel se met immédiatement en grève, poursuit Josiane Champion: "On a pu toutes rembaucher, et les filles étaient tellement fières d'elles qu'elles sont rentrées dans l'usine en chantant l'Internationale. Le directeur a dit: oh la la... ça va mal pour nous. La peur avait changé de camp!"

Mai 68 en Charente-Maritime: "la peur a changé de camp"

Photos tirées du Fonds audiovisuel de recherche de La Rochelle