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Économie – Social

Mal-logement : la fondation Abbé Pierre appelle le gouvernement à changer de politique

vendredi 1 février 2019 à 8:14 - Mis à jour le vendredi 1 février 2019 à 12:03 Par Géraldine Houdayer, France Bleu

La fondation Abbé Pierre publie, ce vendredi, son rapport annuel sur le mal-logement. Elle demande à l’exécutif de changer de politique sur le logement. En 2018, quatre millions de personnes restaient mal-logées, et 12 millions de personnes avaient des problèmes de logement.

Un immeuble insalubre dans les quartiers Nord de Marseille, en janvier.
Un immeuble insalubre dans les quartiers Nord de Marseille, en janvier. © AFP - BORIS HORVAT

Le débat sur les inégalités doit amener l'exécutif à changer de politique pour le logement, estime la Fondation Abbé Pierre dans son rapport 2018 publié ce vendredi. L'année a été marquée par la persistance de quatre millions de mal-logés et les effondrements meurtriers de la rue d'Aubagne à Marseille. "Ce drame rappelle, si besoin était, que la crise du logement n'est pas un accident ou un fait divers, mais le résultat de rapports de force, de choix ou de non-choix politiques", estime la fondation.

Douze millions de personnes en fragilité par rapport à leur logement 

Douze millions de personnes sont en situation de fragilité par rapport au logement en France. Des problèmes liés aux copropriétés en difficultés, aux impayés, au surpeuplement ou encore au froid.
Signe que la question du pouvoir d'achat est intrinsèquement liée à celle du logement, 5,7 millions de ces personnes "fragiles" dépensent plus de 35% de leur revenu pour se loger, ce qui leur laisse un reste-à-vivre inférieur à 650 euros par mois et par unité de consommation.

Eviter qu'une partie des "fragilisés" ne bascule dans la catégorie des "mal-logés"

La fondation appelle le gouvernement à ne pas réduire à un "filet de sécurité minimal" la politique sociale et de logement. "Il est essentiel de tout faire pour améliorer leur quotidien et éviter qu'une partie de la frange des 'fragilisés' ne bascule dans la catégorie des 'mal-logés' ou de la 'grande pauvreté", estime la fondation, qui déplore la relative absence de la thématique logement au sein du plan pauvreté.  

Les dépenses de chauffage au cœur du pouvoir d'achat 

Dans la réponse du gouvernement aux "Gilets jaunes", "la problématique du logement n'est pas abordée à sa juste mesure, puisque les dépenses énergétiques pour se chauffer pèsent moitié plus que les dépenses de carburant dans le budget des Français", indique la fondation.

"Avec près de 1.800 euros de dépenses de chauffage par an en moyenne, la mauvaise performance énergétique du parc de logements français provoque un problème de pouvoir d'achat", ajoute la fondation. Elle juge nécessaire une "montée en puissance" des dispositifs d'aide à la rénovation, et en attendant, salue l'avancée "modeste mais réelle" de l'augmentation du chèque énergie. 

La fondation appelle à cesser les coupes budgétaires sur les bailleurs sociaux

Par ailleurs, ce 24e rapport invite l'exécutif à ne pas "traiter la pauvreté d'un côté, contribuer à l'accentuer d'un autre". Il l'appelle à cesser de "jouer les apprentis sorciers de la coupe budgétaire sur les bailleurs sociaux" et à renoncer à la ponction de 1,5 milliard d'euros de réduction de loyer solidarité l'an prochain (RLS, 800 millions d'euros cette année), qui commence à affecter la construction.
En mettant bout à bout les différentes coupes qui ont touché les aides personnalisées au logement, la fondation estime à 4 milliards d'euros par an leur recul total à partir de 2020. La fondation préconise de renoncer à l'objectif de revente d'1% du parc social chaque année qui va "à rebours de son statut de patrimoine de la nation qui devrait être le sien". 

Elle salue cependant le plan "Logement d'abord" présenté l'an dernier, qui entend placer l'obtention d'un logement au départ du processus d'insertion des personnes à la rue, plutôt qu'à son aboutissement, assorti de la promesse de construire 40.000 logements très sociaux. 

Ex-détenus, enfants placés et malades psychiatriques premières victimes de la rue 

La Fondation concentre cette année ses analyses de terrain sur les "sorties sèches" des institutions, qu'il s'agisse des 85.000 personnes sortant chaque année de prison, des quelque 27.000 jeunes quittant les dispositifs d'aide sociale à l'enfance (ASE) ou des malades psychiatriques.  Près de 18% des enfants placés disent avoir connu la rue dans l'année de la fin de leur prise en charge et un quart des personnes sans domicile sont d'anciens enfants placés, note la fondation, qui recommande de prévenir davantage ces ruptures de parcours dans un impératif de "non-abandon".

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