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Économie – Social

Manifestation contre l'islamophobie : pourquoi fait-elle polémique ?

- Mis à jour le -
Par , , France Bleu

L’appel à la marche contre l’islamophobie organisée dimanche 10 novembre à Paris est l'objet de polémiques et divise à gauche. Plusieurs responsables politiques, qui avaient signé l'appel, ont finalement annoncé qu'ils n'y participeront pas. Les organisateurs dénoncent un "sabotage".

Manifestation contre l'islamophobie à Paris, le 19 octobre 2019
Manifestation contre l'islamophobie à Paris, le 19 octobre 2019 © AFP - Benjamin Mengelle / Hans Lucas

À trois jours de la marche contre l'islamophobie, prévue dimanche 10 novembre à Paris, plusieurs responsables politiques qui avaient soutenu l'appel à manifester publié le 1er novembre dans Libération ont finalement annoncé qu'ils ne seraient pas présents. Signataires ou non-signataires, la gauche apparaît divisée sur l'opportunité de participer ou non à cette manifestation. France Bleu fait le point.

Pourquoi la manifestation est-elle organisée ?

Attaque de la mosquée de Bayonne, mère de famille voilée prise à partie par un conseiller régional Rassemblement national (RN) en Bourgogne-Franche-Comté, femme voilée poignardée en pleine rue dans la Loire... : les organisateurs entendent dénoncer la "stigmatisation" des musulmans dans le pays. "L'islamophobie en France est une réalité. […] Il faut aujourd'hui s'unir et se donner les moyens de la combattre, afin que plus jamais, les musulmanes et les musulmans ne puissent faire l'objet de tels traitements" peut-on lire dans l'appel à manifester.

"Nous sommes dans un contexte d'islamophobie décomplexée" estime Madjid Messaoudene, conseiller municipal de gauche à Saint-Denis, l'un des initiateurs de la marche. "Tous les jours, le CCIF [Collectif contre l'islamophobie en France] qui est l'un des organisateurs du rassemblement, traite des cas de discriminations visant des personnes de confession musulmane" a-t-il assuré à France Bleu Paris. "L'islamophobie, comme n'importe quelle autre forme de discrimination, que ce soit les LGBT phobies, l'antisémitisme... toutes ces formes de discrimination sont inacceptables." 

Certains organisateurs et signataires controversés

L'appel à manifester ce dimanche, signé par une cinquantaine de personnalités dont de nombreux responsables politiques de gauche, a été lancé par plusieurs collectifs et personnalités : Madjid Messaoudene (élu de Saint-Denis), la Plateforme L.e.s. Musulmans ; Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) ; le Comité Adama ; le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ; l’Union communiste libertaire (UCL) ; l’Union nationale des étudiants de France (Unef) ; Taha Bouhafs (journaliste).

Or l'un de ces initiateurs, le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), qui se présente comme "une association de défense des droits humains fondée en 2000", "apolitique et areligieuse", "indépendante" car "financée par nos donateurs" et "dont la mission est de combattre l’islamophobie", pour "une société plus juste et plus égalitaire", "que la liberté, l’égalité et la fraternité soient aussi une réalité pour les millions de Français musulmans", est accusé de liens avec les Frères musulmans, organisation internationale de promotion de l'islam politique connue pour ses positions rigoristes.

Interrogé à ce sujet par Le Figaro lundi, le député LFI Alexis Corbière, signataire de la tribune, a répondu qu'il pensait que "la Ligue des droits de l'homme était à l'initiative de la démarche" mais assuré qu'il serait présent à la marche dimanche "dans un esprit de paix et de fraternité". 

L'eurodéputé EELV Yannick Jadot, lui aussi signataire, a fait savoir mardi qu'il ne "validait pas l'ensemble du texte" de la tribune, critiqué pour certains de ses termes, et parce que le CCIF en est l'un des initiateurs. Il a toutefois précisé continuer à soutenir la démarche sur le fond.

Quant à la militante féministe Caroline De Haas, elle a demandé que son nom soit retiré de la liste des signataires mais s'est engagée à défiler dimanche "pour les femmes qui portent le voile et qui sont victimes de violences chaque jour" et "pour les musulmans qui sont victimes de violences dans la rue, dans les médias, dans leur travail." "J'ai demandé qu’on retire mon nom ( ...) parce qu’il y a dans cette liste des personnes qui ont tenu des propos d’une violence sidérante à l’encontre des femmes. Et que je ne veux pas voir mon nom à côté du leur" a-t-elle précisé sur son blog, sans désigner précisément les personnes en question.

Des termes du texte font débat

Plusieurs personnalités et organisations de gauche ont également pris leurs distances en raison de l'emploi de certains termes utilisés dans la tribune. 

C'est le cas du Parti socialiste dont aucun élu ne figure parmi les signataires du texte. Dans un communiqué diffusé mardi soir, le PS a expliqué "ne pas se reconnaître dans ses mots d'ordre qui présentent les lois laïques en vigueur comme liberticides."

Le terme "islamophobie" fait également débat. Estimant que le mot est "réducteur", le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a annoncé qu'il ne participerait pas au rassemblement, à l'inverse de Ian Brossat, porte-parole du parti et du député communiste Stéphane Peu. Il y a plus globalement "une montée du racisme et de l'antisémitisme" et "il n'y a jamais eu autant de tags nazis", c'est "un climat malsain et c'est cela dont je préfère parler", a précisé Fabien Roussel.

Passe d'armes entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

A contrario, le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, signataire du texte, a dit assumer sa prise de position dans un billet publié jeudi sur son blog. "Certes, « islamophobe » est un mot que nous n’aimons pas. Certes nous préférons combattre la « haine des musulmans »" écrit-il alors qu'a été exhumé un de ses tweets de 2015, dans lequel il se disait contre le terme "islamophobie". "Mais la question posée aujourd’hui n’est pas du tout celle du droit ou non de critiquer une religion. Ce droit n’est pas mis en cause. Le mot aujourd’hui désigne autre chose dans l’esprit public et dans la réalité" poursuit-il. "Il s’agit de combattre une attitude de haine aveuglée poussant aux mauvais traitements et au crime contre les croyants réels ou supposés d’une religion. C’est ce que dit expressément le texte que j’ai signé à propos de l’islamophobie." "On fait avec ce qu'on a", "il faut savoir faire bloc quand l'essentiel est en jeu", quand "des apprentis sorciers veulent spéculer sur la haine des musulmans ou la stigmatisation permanente à leur égard", résume le leader de La France insoumise.

Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement National a elle estimé samedi que les personnes qui iront manifester dimanche contre l'islamophobie, notamment de La France Insoumise, seront "main dans la main avec les islamistes (...) ceux qui développent dans notre pays une idéologie totalitaire qui vise à combattre les lois de la République française". Elle a taclé ouvertement le leader de la France Insoumise, déclarant : "Je me souviens d'un Jean-Luc Mélenchon il y a de nombreuses années qui luttait contre le fondamentalisme islamiste, qui luttait contre le terme d'"islamophobie", qui luttait contre le voile, je vois qu'il a jeté tout ça à la poubelle, qu'il est dans une opération de véritable trahison de ses sympathisants et de ses électeurs".

Ce samedi après-midi, Jean-Luc Mélenchon a confirmé qu'il serait à cette manifestation et il a répondu à la présidente du Rassemblement National, critiquant des "propos indignes": "Madame Le Pen tourne le dos à la France parce qu'elle n'a pas compris qu'il s'agit d'une marche d'unité républicaine des Français". Selon lui, la présidente du parti d'extrême droite "n'aime qu'une catégorie de Français et pas les autres".

Les organisateurs dénoncent un "sabotage" 

De leur côté, les organisateurs de la marche ont dénoncé jeudi un "sabotage" venu notamment de la gauche. "Il y a une tentative de sabotage de la part de la fachosphère et de la gauche, on en prend note : les polémiques du RN sont reprises par le PS", a notamment déclaré Madjid Messaoudene, conseiller municipal de gauche à Saint-Denis lors d'une conférence de presse à Saint-Denis. 

Selon l'AFP, Marwan Muhammad, cofondateur de la plateforme L.E.S Musulmans a estimé pour sa part que "le traitement politique et médiatique (autour de cette tribune, ndlr) est la démonstration même de l'utilité de cette marche". "L'islamophobie n'est pas qu'une question musulmane mais cela concerne toute la société et le pacte démocratique", a ajouté Mariem Sabil, responsable juridique du CCIF, également présente à la conférence de presse.

Les organisateurs espèrent réunir 10.000 personnes dimanche et assurent que cette marche n'est qu'"une étape". Le PS et le PCF ont, eux, annoncé jeudi qu'ils envisageaient "une grande mobilisation républicaine" contre le racisme. Elle pourrait avoir lieu "le 20 novembre", a déclaré Fabien Roussel député du Nord et secrétaire national du parti communiste sur franceinfo. "Il y a un racisme aujourd'hui dans notre pays dont l'islamophobie, mais je voudrais être plus large que cela pour toucher tous les citoyens, pour que tous les Français se rassemblent, quelles que soient leurs croyances. Donc, ne réduisons pas, ne singularisons pas les racismes", a-t-il insisté.

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