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Économie – Social

Même en terre charolaise, les éleveurs bovins "pètent les plombs"

mercredi 26 juillet 2017 à 20:02 - Mis à jour le jeudi 27 juillet 2017 à 10:53 Par Arnaud Racapé, France Bleu Bourgogne et France Bleu

Dans un courrier adressé début juillet au ministre de l'agriculture, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire, André Accary, s'inquiète de l'indifférence des pouvoirs publics face à la crise du monde agricole. "Nous en sommes à six vies brisées en l'espace de trois mois", écrit l'élu.

Yves Bonnot, ancien président de la FDSEA71, élève 80 vaches allaitantes à Poisson, près de Paray-le-Monial
Yves Bonnot, ancien président de la FDSEA71, élève 80 vaches allaitantes à Poisson, près de Paray-le-Monial © Radio France - Arnaud Racapé

Ce chiffre, il évoque un tabou dans la profession. Les suicides, qui se multiplient dans nos campagnes depuis quelques années. Premiers concernés par ces drames, les éleveurs bovins sont au fond du trou. Un constat valable y compris dans le territoire des prestigieuses vaches charolaises.

Le kilo de carcasse s'échange en moyenne à 3,50€ en ce moment.  - Radio France
Le kilo de carcasse s'échange en moyenne à 3,50€ en ce moment. © Radio France - Arnaud Racapé

A 58 ans, Yves Bonnot ira "jusqu'au bout", comme il dit. Aujourd'hui, c'est plutôt pour son fils qu'il s'inquiète. D'ici deux ans, il reprendra la ferme et ses 80 vaches allaitantes, à Poisson, près de Paray-le-Monial. "Je pense qu'il s'installera pas en élevage pur, ça c'est clair, ce n'est pas du tout comme ça qu'il conçoit les choses." Pourquoi ?

Au bout d'un moment, il y a des gens qui pètent les plombs

Une seule réponse : 350 euros ! Voilà le genre de salaires que l'on se verse en ce moment chez certains éleveurs de la région, alors que des aides de la PAC 2015 n'ont pas encore été versées. "Le kilo de carcasse est en moyenne à 3,50€, il faudrait qu'il soit au moins à 4,50€ pour se dégager un revenu. A côté de ça, les grandes surfaces continuent de gagner de l'argent, les transformateurs vivent bien aussi. On est vraiment pris pour des moins que rien. Et au bout d'un moment, il y a des gens qui partent en burn-out, et qui pètent les plombs !"

Pierre-Edouard Hugon, éleveur de 32 ans à Igé près de Mâcon, a dû vendre 20 vaches pour se dégager un peu de trésorerie - Radio France
Pierre-Edouard Hugon, éleveur de 32 ans à Igé près de Mâcon, a dû vendre 20 vaches pour se dégager un peu de trésorerie © Radio France - Arnaud Racapé

Si on avait décrit cette situation à Pierre-Edouard Hugon il y a huit ans, pas sûr qu'il se serait installé : "J'adore les vaches, mais je crois que j'y réfléchirais à deux fois." A 32 ans, le jeune homme élève 130 vaches près de Mâcon. Endettement, isolement, manque d'implication des pouvoirs publics. Tout cela, il connaît bien. Mais ce qui est nouveau selon lui, c'est le dénigrement envers la profession, de la part des lobbies anti-viande (type association L214), mais aussi de la part des consommateurs eux-mêmes.

Les gens ont oublié que le but du métier d'agriculteur, c'est de les nourrir

"On a le mouvement vegan (végétalien, ndlr) qui prend de l'ampleur avec des vidéos tournées dans des abattoirs. On n'est pas à l'abri de certains idiots. Mais on donne cette impression qu'on n'aime pas nos animaux. Certes, on les envoie à la boucherie, mais c'est notre métier ! J'ai l'impression que les gens ont oublié que le métier d'agriculteur c'est de les nourrir. Ils pensent que c'est inné d'arriver dans un supermarché et d'avoir autant de choix dans les rayons, mais il faut bien que les éleveurs et les céréaliers produisent !"

Et Yves Bonnot de conclure que si rien n'est fait très vite... "D'ici quelques mois, on aura un désastre au niveau de nos campagnes, et au niveau de notre ruralité. Car on oublie trop souvent que chaque agriculteur fait vivre sept ou huit emplois derrière, des vétérinaires, etc."