Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour

La révolte des soutiers d’Intermarché, en grève depuis un mois à Montauban

-
Par , France Bleu Occitanie, France Bleu

Les salariés de la Stef à Montauban, la base logistique des produits frais des magasins Intermarché du Sud-Ouest, sont en grève depuis le 16 décembre pour dénoncer les cadences infernales et les salaires très bas imposés par le sous-traitant de la grande distribution.

La salariés de la Stef, plateforme logisitique d'Intermarché, sont en grève depuis plus d'un mois à Montauban
La salariés de la Stef, plateforme logisitique d'Intermarché, sont en grève depuis plus d'un mois à Montauban © Radio France - Olivier Lebrun

Ce sont les soutiers de la grande distribution, ceux que l'on ne voit pas. Les salariés de la Stef à Montauban, la base logistique des produits frais et surgelés des magasins Intermarché du Sud-Ouest de la France, sont en grève depuis le 16 décembre pour leurs salaires et leurs conditions de travail. Ils sont payés au Smic et ils doivent enchaîner les heures supplémentaires pour assurer la cadence des livraisons de colis pour les magasins. Malgré la tentative de médiation de la Préfecture, le conflit s'enlise, la direction de ce sous-traitant d'Intermarché refuse les revendications des salariés grévistes.

En première ligne pendant le confinement

Dans le vaste hangar de la base logistique de Montbartier à Montauban, il y fait 3 degrés et on ne chôme pas. Pour remplir les semi-remorques destinés aux 200 magasins Intermarché et Netto, approvisionnés en produits frais, légumes, viande, yaourts, produits surgelés, les 350 salariés, dont la moitié d'intérimaires, ont dû accélérer les cadences pour livrer les supermarchés pendant le confinement.

Coline - opératrice de colis "3 000 par jour, à la fin on en peut plus"

"On était en première ligne. Les gens se sont rués dans les magasins, mais nous derrière, on a eu tellement de colis à traiter qu’on travaillait, travaillait, travaillait. Même les fournisseurs n’arrivaient plus à suivre la cadence des commandes Intermarché. C’est très fatigant", témoigne Coline, opératrice de colis à la Stef. 

"Même moi qui ai 22 ans, au bout d’un moment, on en peut plus. On court toute la journée, on nous en demande toujours plus, on doit gérer parfois jusqu’à 3.000 colis par jour, yaourts, produits traiteur, volaille, crèmerie... Il faut faire le travail de trois personnes sur son poste. C’est usant à la fin. La direction ne nous écoute pas. Comme on est un prestataire d’Intermarché, ils écoutent Intermarché, mais pas nous en bas. On est remplaçable, donc pour eux, si on veut plus, ils nous virent et ils prennent quelqu’un d’autre." Pourtant Coline ne regrette pas de s’être mise en grève : "Moi je suis prête à tenir pour obtenir la reconnaissance".

Les salariés composent les colis dans les hangars de la Sef, il y fait une température de 3°
Les salariés composent les colis dans les hangars de la Sef, il y fait une température de 3° - Photo G.F.

3.000 colis par jour

Les salariés de ce sous-traitant , leader en France de la logistique des produits alimentaires sont payés de 100 à 300 € de moins par mois que ceux de la base logistique voisine d'Intermarché sur la zone de Bressols, à cinq kilomètres de là. La plateforme interne à Intermarché gère les produits secs. Les cadences qui sont imposées aux salariés sous-traitant de la Stef sont de plus en plus frénétiques.

"On porte les cagettes de 10 à 20 kilos, quand on les additionne sur route la journée, ça fait des tonnes et des tonnes. On est épuisés, on a le dos esquinté – témoigne Alexis, opérateur de ligne. _"_On est à un stade où on en peut plus. On le dit, mais la direction ne nous écoute pas. Résultat, on court à l’accident du travail, et ils se multiplient."

Les opérateurs de la Sef " nous sommes épuisés, et on ne nous écoute pas"

"On nous demande le zéro accident, mais avec ce que l’on fait, c’est impossible", ajoute Denis au poste de préparateur de commandes. _"_On nous a demandé de travailler 6 jours sur 7, on a monté une équipe de nuit pour passer les volumes, on nous a demandé de travailler certains dimanche, mais il n’y a jamais eu de revalorisation de salaire derrière. Tout ça pour 1200 € ! On a su nous dire pendant la crise sanitaire qu’on était en première ligne, on a fait tourner le pays, et au final, aucune reconnaissance. Un merci de la direction, ça ne suffit pas, c’est pour ça qu’on est dehors encore aujourd’hui."

Des journées à rallonge

"Les salariés ont dû faire face à une hausse vertigineuse des volumes, avec énormément d’heure supplémentaires, des semaines à plus de 50 heures, à six jours de travail, avec un pression permanente du management. A la Stef, qui a pour client Intermarché, on est au summum de l’exploitation qu’on peut vivre dans les entreprises", explique Christophe Courderc de l’Union départementale de la CGT, syndicat majoritaire dans l’entreprise. "Les salariés sont pressurés, ils attaquent des journées, ils ne savent pas quand ils vont finir, 20 heures, 23 heures. Cela impacte leur vie de famille. Il y a beaucoup d’épuisement physique et mental. Dans cette entreprise, même s’il n’y a aucun lien établi, ces quatre dernières années, trois salariés se sont donné la mort chez eux, cela pose des questionnements. Nous avons des témoignages de femmes enceintes qui ont subi des fausses couches sur les mêmes postes de travail, ça aussi cela pose des problématiques."

Selon ce secrétaire de la CGT, la direction de l’entreprise ne veut rien entendre. "Ils nient tout, ils sont dans un déni total de la situation, ils n’ont aucun projet d’avenir pour les salariés qu’ils exploitent au maximum." 

Christophe Couderc - secrétaire UD CGT - "Intermarché soustraite la main d'oeuvre, le summum de l'exploitation"

Pour lui, c’est le système de la soustraitance qui est en cause. "Le groupe Intermarché est propriétaire du bâtiment, du matériel qu’il y a dedans, ils détiennent tout. Simplement, ils soustraitent la main d’œuvre par le biais de la Stef. On nous dit, ce sont les exigences du client, du marché. En attendant, ce sont les salariés qui trinquent, qui payent le prix fort. Ils étaient en première ligne, on voit comment ils sont traités dans des entreprises comme la Stef."

Des rayons se vident dans les Intermarché

La grève des salariés de la Stef commence à poser des problèmes d'approvisionnement, certains rayons des Intermarché commencent à être vides. Des magasins indépendants de la chaine des Mousquetaires tentent de se faire livrer directement par les fournisseurs, mais là où ils recevaient un camion remplis de commandes diverses préparées par la Stef, il leur faut huit camions de livraison des fournisseurs.

La direction de l'entreprise que nous avons contactée se dit ouverte à la négociation, mais sur la base de ses propositions d'une hausse de salaire de 34 à 55€ par mois, la CGT réclame 100€ mensuel et un véritable engagement sur les revalorisations salariales.

Après 35 jours de mouvement, la détermination des grévistes semble intacte. Certains salariés envisagent d'engager une grève de la faim.

Choix de la station

À venir dansDanssecondess