Économie – Social

Pas de crise pour les "bistrots de pays"

Par Lisa Melia, France Bleu Azur jeudi 21 janvier 2016 à 10:12

Maryse, la patronne et Jean-Pierre, un habitué du bistrot
Maryse, la patronne et Jean-Pierre, un habitué du bistrot © Radio France - Lisa Melia

Cinq cents bistrots disparaissent en France chaque année, dit une enquête de l’Ifop. Les villages et la ruralité sont particulièrement touchés. Dans les Alpes-Maritimes, les « bistrots de pays » prouvent que ruralité peut être synonyme de dynamisme.

Beuil. Tout juste 500 habitants à l’année. Une mairie, une école, un terrain de tennis, des centaines de chalets, mais pas de cabinet de médecin ouvert sept jours sur sept. Et depuis onze ans, à Beuil, il y a un bistrot, le Relais du Mercantour. Il a ouvert grâce à Maryse Cossa. Employée municipale, habitante du village depuis une vingtaine d’années, elle a décidé de créer un lieu de vie et de passage qui manquait.

« Le village se meurt, comme la plupart des villages de montagne », regrette Jean-Pierre, l’un des habitués du Relais du Mercantour. Jean-Pierre a 83 ans, dont près de 70 passées à Beuil. Le village perd ses jeunes, mais le bistrot a redonné un peu de vie au bourg. « C’est chaleureux, agréable. C’est la vie du village. »

Bistrot de pays

Il y a six ans, Maryse Cossa a décidé d’entrer dans le réseau Bistrot de Pays, une initiative née il y a vingt ans à Forcalquier, au-dessus de Marseille. La raison d’exister du réseau se résume en une formule : « la convivialité retrouvée ». Les Bistrots de Pays signent une charte qui les engage à valoriser le patrimoine culinaire, culturelle et naturel de leur région.

Une démarche qui a séduit Maryse : « j’apprécie le fait d’appartenir à un réseau, ça nous oblige à élargir nos horizons, au-delà de notre village et de notre vallée. »

Maryse, la patronne du Relais du Mercantour à Beuil - Radio France
Maryse, la patronne du Relais du Mercantour à Beuil © Radio France - Lisa Melia

Bistrot, restaurant, librairie, salle d’exposition, organisation de randonnées, station service… Le relais du Mercantour joue la carte du multi-service et de la proximité. Le menu, élaboré par Benoît, le fils de Maryse, chef cuisinier, fait la part belle « à la cuisine simple, familiale, qui respecte les saisons ».

Résultat : les clients sont au rendez-vous. Les locaux croisent les vacanciers. « C’est bon pour la vie du village, apprécie Jean-Claude Giovannangeli, président de l’AGC, l’association guillaumoise de cyclotourisme, lui aussi habitué du bistrot. D’ailleurs, nous organisons une course cycliste au printemps et l’une des étapes s’arrêtera au Relais du Mercantour, c’est l’occasion de prendre un bon repas et de profiter du village. Les gens qui ne connaissent pas le coin découvrent et reviendront peut-être. »

Jean-Claude Giovannangeli, président de l'AGC, habitué du bistrot

Hécatombe des bistrots

Mais les Bistrots de pays sont l’exception plutôt que la règle. D’après une étude de l’Ifop pour France Boissons, la société qui fournit les bistrots de l’Hexagone, il reste moins de 35 000 bistrots dans le pays, contre 600 000 dans les années 1960. « Aujourd’hui, pour se lancer dans l’aventure, il faut un grain de folie », reconnaît Maryse Cossa. En Provence-Alpes-Côte-d’Azur, entre 25 et 40% des communes rurales possèdent encore un troquet. 

Maryse Cossa, la gérante du Relais du Mercantour, à Beuil