Économie – Social

Pays Basque : l'économie sociale et solidaire gagne du terrain

Par Jacques Pons, France Bleu Pays Basque dimanche 11 décembre 2016 à 16:48

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L'économie sociale et solidaire a le vent en poupe. Ce secteur regroupe aussi bien des coopératives que des mutuelles ou encore des associations ou des fondations. Principe clé : une gouvernance démocratique au service d'un territoire.

C'est un mouvement de fond. Une vague de plus en plus perceptible dans notre vie. Tenter de ne pas perdre pied face à la mondialisation. Échapper aux fonds-vautours. Se réapproprier les moyens d'investissement. Nous connaissions les coopératives sous la forme de SCOP (société coopérative ouvrière de production). Il y a aussi des associations, des mutuelles, des fonds de dotation. Un ensemble hétéroclite dont le principe-moteur est la gouvernance démocratique (une personne = une voix) ainsi que le lien avec un territoire.

Quand on se trouve dans une entreprise de l'ESS (économie sociale et solidaire) on réinvestit les bénéfices dans le projet collectif. Les décisions sont expliquées, débattues. Dans une SCOP, le personnel-associé procède à l’élection de la direction pour une durée limitée.

L'ESS c'est différent

L'économie sociale et solidaire représente en France 10% des emplois salariés. 2 380 000 personnes travaillent aujourd'hui dans ce secteur d'activité. Et en raison des départs à la retraite on estime à 600 000 le nombre des recrutements à venir d'ici 2020.

Dans l'ancienne région Aquitaine on dénombrait 156 SCOP employant 2500 personnes. 70% des employés étant membre-associés. Or, le département des Pyrénées Atlantiques regroupe à lui seul un tiers de ces coopératives ouvrières ! 51 structures qui emploient un millier de salariés. Devant les PA se trouve la Gironde avec 58 SCOP mais "seulement" 750 salariés.

Alki, l'un des acteurs de l'économie sociale et solidaire

Le tabouret haut, l'une des icônes de Alki - Radio France
Le tabouret haut, l'une des icônes de Alki © Radio France - Jacques Pons

Alki est l'un des fleurons des scops au Pays Basque. Ce fabriquant de meuble est né en 1981 et se lance l'année suivante à Itxassou à deux pas de Cambo les bains. Dès le départ, ses 5 fondateurs constituent une société coopérative ouvrière afin d'aller au bout d'un slogan des années 70 : "nous voulons vivre et travailler au pays". En 82 Alki compte 25 salariés. Aujourd'hui une quarantaine.

Au départ, c'est un engagement militant — Peio Uhalde, directeur de Alki

Peio Uhalde, directeur et l'un des cinq fondateurs de Alki - Radio France
Peio Uhalde, directeur et l'un des cinq fondateurs de Alki © Radio France - Jacques Pons

Derrière la fondation de Alki il y a le passage de Peio Uhalde dans une entreprise du pays Basque espagnol. Il s'agit de Fagor, l'un des multiples fruits de la coopérative Mondragon. En 2012, Mondragon regroupait 289 entreprises. Un acteur déterminant de l'économie basque espagnole. Cette expérience de quelques années dans le pays voisin a forgé la certitude du jeune créateur d'entreprise d'alors.

   - Radio France
© Radio France - Jacques Pons

Il y a douze ans, Alki se trouve à la croisée des chemins. Consciente que sa production trop classique doit évoluer. La société décide de faire dessiner ses meubles en chêne par un luzien, passé par l'école Boulle, le designer, Jean-Louis Iratzoki. Succès fulgurant. Aujourd'hui, on découvre des meubles (tables, chaises, fauteuils) partout sur la planète, en Asie, au Moyen Orient et aux Etats-Unis. Reportage sonore sur l'histoire de ALKI :

ALKI est né grâce au mouvement cooperatif porté par Mondragon

Mais il n 'y a pas que Alki. Bioluz, Lorreki et d'autres entreprise travaillent au Pays Basque. Le mouvement est petit mais solide selon Marc Amorena, directeur de l'union des scops d'Aquitaine.

Le nombre des scops ne cesse de croitre — Marc Amorena, de l'union des scops Aquitaine

Marc Amorena, directeur de l'union régionale des scops Aquitaine

Une future école de l'ESS à naitre à Hendaye

Ce n'est pas tout ! Une école transfrontalière de coopération en économie sociale est en projet. Portée par la Navarre, la Nouvelle Aquitaine et le Pays Basque espagnol cette école est financée au deux tiers par l'Europe (grâce au fonds Poctefa : programme operationnel de coopération territoriale Espagne France Andorre). Elle formera de futurs coopérateurs selon Iker Elissalde, adjoint au maire en charge de l'économie sociale et solidaire à Hendaye.

Iker Elissalde à propos d'un projet d'école de formation à l'économie sociale et solidaire à Hendaye

L'école pourrait prendre 2 formes; en réseau (internet) ou physique (le bâtiment pourrait alors se situer à Hendaye).