Économie – Social DOSSIER : Alstom Transport à Belfort : encore un avenir ?

PHOTOS - Alstom Transport à Belfort : 137 ans d'histoire

Par Blandine Costentin, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu Besançon et France Bleu mercredi 7 septembre 2016 à 19:43

L'usine Alsthom de Belfort, où sont construits des wagons SNCF, en mars 1972.
L'usine Alsthom de Belfort, où sont construits des wagons SNCF, en mars 1972. © AFP

Ironie de l’histoire : le 7 septembre 2016, Alstom annonce le transfert de son activité construction ferroviaire en Alsace, alors que l’usine belfortaine était née, il y a 137 ans, de la délocalisation des ateliers alsaciens. Retour en images sur cette aventure industrielle qui finit mal.

L'arrêt de la construction ferroviaire à Belfort annoncé mercredi 7 septembre par Alstom est un coup de tonnerre pour la ville et le Territoire de Belfort. Car c'est par l'activité transport qu'Alstom a commencé dans la cité du Lion.

1879 - L'installation de la SACM à Belfort

La société alsacienne de constructions mécaniques est née en 1872 en Alsace, mais avec l’annexion du territoire par l'Allemagne, la SACM délocalise en 1879 ses ateliers vers la France pour conserver son indépendance industrielle. Le site de Belfort va développer notamment la construction de locomotives et la construction électrique.

Une locomotive construite à Belfort en 1894 : carte postale. - Aucun(e)
Une locomotive construite à Belfort en 1894 : carte postale. - Creative Commons

Une locomotive construite à Belfort en 1894 (carte postale ancienne).

Alstom va largement dépasser le cadre ferroviaire pour développer l’activité des turbines pour l’industrie et le nucléaire. En 1914, la SACM de Belfort emploie 5.191 ouvriers.

1928 - La naissance du nom Alsthom

Alsthom naît de la fusion de la SACM et de la Compagnie Française Thomson-Houston. Le début d'une longue série d'opérations industrielles et financières.

L'évolution des logos d'Alstom au fil des décennies. - Aucun(e)
L'évolution des logos d'Alstom au fil des décennies.

L'évolution des logos d'Alstom au fil des décennies.

Dans l’entre-deux-guerres, l'essor d'Alstom se fonde sur le développement des locomotives électriques, moins gourmandes en énergie que les locomotives à vapeur. L'usine belfortaine devient le fleuron du groupe en France.

28 mars 1955 - Record du monde de vitesse sur rail 

La CC 7017 construite à Belfort franchit les 331 km/h.

Les salariés d'Alsthom posent avec la motrice qui a battu le record du monde de vitesse. - Maxppp
Les salariés d'Alsthom posent avec la motrice qui a battu le record du monde de vitesse. © Maxppp - Jean Becker

Dans la cour de l'usine,  500 ouvriers posent devant la motrice. 2000 personnes ont travaillé 100.000 heures pour arriver à ce résultat.

1972 - Livraison du prototype "TGV001" de train à grande vitesse

Avec la SNCF, Alstom prend le virage de la grande vitesse et met au point le TGV qui va faire son succès pour des décennies.

La motrice 001 du TGV.  - Maxppp
La motrice 001 du TGV. © Maxppp - Jean Becker

Mais la baisse des commandes publiques va par la suite entraîner les difficultés de l'entreprise.

1979 - La grève du centenaire

Ce très long mouvement social (28 septembre - 23 novembre 1979) démarre sur ce qui semble un détail. Les syndicats et les salariés ressentent un grand manque de reconnaissance à l'occasion des festivités des 100 ans de l'usine. La direction prépare des manifestations prestigieuses, mais le personnel n'aurait droit qu'à un cadeau.

Récit d'une partie des événements en vidéo (le sujet commence au bout de 20 secondes).

La "grève du centenaire" est surtout le révélateur d’un malaise qui commence à monter depuis le milieu des années 70. Les décisions de plus en plus prises de l’extérieur, la rationalisation sont mal acceptées. Selon l'historien Pierre Lamard, auteur d'Alstom, 130 ans d’aventure industrielle, c'est le début d'un certain désamour entre la direction du groupe et le site belfortain, perçu comme "rebelle" et soutenu bec et ongles par les politiques locaux.

1998 - Alsthom perd son “h”

A l'occasion de son introduction en bourse, Alsthom perd le h pour devenir Alstom. Le "h de hommes" protestent certains : ils y voient une nouvelle étape dans la déshumanisation de l’entreprise.

Le sigle Alstom, sans le h historique. - Maxppp
Le sigle Alstom, sans le h historique. © Maxppp - ALETH ARRIAS

2004 - Le sauvetage par l'Etat

Le groupe Alstom est exsangue. Le ministre de l'Economie Nicolas Sarkozy décide de renflouer l'entreprise à travers une recapitalisation de 2,2 milliards d'euros. Une opération autorisée par la Commission européenne, à condition que l’Etat sorte complètement du capital d’Alstom au bout de quatre ans.

La visite de Nicolas Sarkozy chez Alstom Belfort en 2004. - Maxppp
La visite de Nicolas Sarkozy chez Alstom Belfort en 2004. © Maxppp - Pascal Couillaud

Malgré cette opération -qui ne concerne pas que la branche transports- les difficultés vont ressurgir : l'insuffisance des commandes, le manque de visibilité plombent l'entreprise.

2015 - Emmanuel Macron sur France Bleu Belfort Montbéliard : "Objectif zéro licenciement !"

Au cours des années 2010, les nuages s'amoncellent. Comme l'analyse après coup l'économiste Olivier Klein, "les commandes deviennent rares et quand il y en a qui débouchent sur des constructions, elles se font à l'extérieur". A l'occasion de sa visite à l'usine Alstom de Belfort, en pleines négociations sur le rachat de la branche électrique par General Electric, le ministre de l'économie assure qu'il travaille avec la direction pour rapporter de l'activité à l'entreprise : "Donner plus de visibilité sur les commandes en France, réussir à gagner de nouveaux marchés à l’international".

Emmanuel Macron à Belfort en 2015. - Maxppp
Emmanuel Macron à Belfort en 2015. © Maxppp - Lionel Vadam

Alstom Transport comptait près de 2.000 salariés dans les années 80, 500 aujourd'hui, seulement une cinquantaine demain.