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"À 12 ans je vendais des tapis dans le magasin de mon grand-père" (Pierre Mestre, fondateur d'Orchestra)

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Par , France Bleu Hérault

Pendant les fêtes, les invités de France Bleu Hérault dévoilent un peu de leur intimité. Ce mardi matin, rencontre avec Pierre Mestre, président et fondateur du groupe Orchestra-Premaman basé à Saint-Aunès (Hérault). Il a vécu une année 2020 difficile marquée par un redressement judiciaire.

Pierre Mestre fondateur du groupe Orchestra
Pierre Mestre fondateur du groupe Orchestra © Maxppp - Guillaume Bonnefont

Tous les jours sur France Bleu Hérault pendant cette période des fêtes, nous recevons une personnalité du département de l'Hérault pour comprendre comment elle a vécu cette année si particulière et faire mieux connaissance. Ce mardi matin, rencontre avec Pierre Mestre le patron et fondateur du groupe Orchestra-Prémaman, enseigne de textile enfant et puériculture, basée à Saint-Aunès (Hérault).

Le groupe qui a vu le jour en 1995 a connu une année  particulièrement compliquée avec un placement en redressement judiciaire au printemps. Finalement en juin, on apprenait que le tribunal de commerce de Montpellier acceptait l'offre de Pierre Mestre pour la reprise de son propre groupe. 

L'année 2020 a été compliquée pour tout le monde. J'imagine que pour vous, elle l'a été encore plus avec ce redressement pour votre entreprise. Comment vous avez vécu cette période ?

Ça a été une période extrêmement difficile. C'est un traumatisme, c'est d'abord un échec parce que quand on doit fermer des magasins ou licencier des personnes que l'on connaît depuis cinq, 10 ou 20 ans, c'est toujours un traumatisme. Il a fallu se battre, on avait forte partie face à nous, car on avait des candidats à la reprise du groupe qui étaient dans une vision extrêmement court-termiste financière et voulaient, "prendre le stock et le revendre chez eux". Alors que nous, on avait un projet d'entreprise. On s'est battu pendant des mois avec le soutien de nos principaux fournisseurs, le soutien de la totalité de nos cadres, de tous nos franchisés et de nos filiales et on est arrivé à sauver, je pense, une grande partie du groupe. Oui, c'est une année mémorable sur beaucoup de plans et traumatisante.

Est-ce qu'à un moment vous vous êtes dit "je risque de tout perdre" ?

C'est le risque intrinsèque aux entrepreneurs. Un entrepreneur qui n'a jamais perdu et qui n'a jamais échoué n'est pas un entrepreneur. Il faut être capable d'admettre qu'on peut se tromper, qu'on peut se planter et qu'on peut tout perdre. Oui, c'est tout à fait possible. C'est arrivé à d'autres. Je l'ai vécu, gamin. Mon père était dans le bâtiment, mon grand-père était dans le bâtiment. J'ai assisté à des crises terribles. Bien entendu, l'entrepreneur peut parfois prendre trop de risques ou un risque inconsidéré ou mal calculé. Il peut aussi se faire lessiver par un environnement difficile. Je vous rappelle que depuis trois ans, on a eu à la fois les gilets jaunes, les retraites, le premier confinement qui, pour Orchestra, a coûté 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Le deuxième, heureusement, a été plus "light", on n'a perdu qu'une quinzaine de millions d'euros.

"Le premier confinement nous a fait perdre 100 millions d'euros de chiffre d'affaires."

Durant cette période vous étiez seul ou très entouré ?

Je pense qu'on est nombreux à avoir vécu ce genre de situation un peu compliquée. C'est là qu'on reconnaît ses vrais amis et c'est là qu'on apprécie encore plus sa famille. Le soutien vient parfois de personnes dont on ne l'attendait pas. Au contraire, on peut être très déçu du comportement de certaines autres. C'est un vrai moment  de vérité sur son environnement.

Vous parlez de votre famille. Je crois que votre femme est très présente à vos côtés. Vous travaillez ensemble. Vous avez même commencé ensemble il y a bien longtemps en ex-RDA ? 

On a commencé il y a très très, longtemps avec ma femme, nous sommes mariés depuis 36 ans. On est ensemble depuis 37 ans. On a commencé à Montpellier ensemble dans les années 80. Moi, j'étais jeune représentant et elle jeune infirmière. Donc, on a commencé à travailler ensemble quelques années après. Ensuite, en effet, on a créé une entreprise en Allemagne de l'Est qu'on a revendue pour revenir en France et créer Orchestra en 1995. Chantal s'occupe du style, elle s'occupe des achats. Moi, je m'occupe du commerce et de la gestion. 

"Le style Orchestra, la couleur, la qualité, la coupe, c'est son goût. Moi, je suis plutôt le commerçant qui vend la création de sa femme."

Vous avez grandi à Montpellier ? 

Oui, à la Paillade, pour être très précis. J'ai eu une petite larme il y a quelques mois quand on m'a invité à fêter les 50 ans de l'école Heidelberg puisque j'étais un des tout premiers pailladins en 1967. Donc oui, j'ai été à Heidelberg, aux Escholiers de la Mosson puis ensuite au lycée Mas de Tesse.

Quels étaient vos rêves d'enfant ? Est-ce que le petit garçon se disait "un jour je serai un grand patron" ?

Je n'avais pas beaucoup de rêves, je vivais l'instant présent. J'ai très tôt été attiré par le commerce et par la vente. Je travaillais dans le magasin de tapis de mon grand-père, sur la place de la Comédie ou rue de la Croix d'Or quand j'avais 12 ou 13 ans, le jeudi et le samedi. J'ai toujours vendu quantité de choses. J'ai essayé de faire des études mais je n'y suis pas arrivé. J'ai fait un BTS action commerciale, mais je voulais travailler, gagner ma vie. Je n'ai jamais eu d'objectif ultime.

"J'ai essayé de faire des études mais je n'y suis pas arrivé."

Vous avez bâti un empire avec la fortune qui va avec. Quel rapport avez-vous à l'argent ? Est-ce important pour vous d'en gagner ? 

D'abord, le mot empire me choque profondément parce que je n'ai pas l'impression d'avoir bâti un empire. J'ai bâti une PME dans le vêtement pour enfant qui fait 500 millions d'euros de chiffre d'affaires. Vous savez, c'est le centième de ce que fait Zara. Donc, Zara est un empire, Orchestra c'est un duché, peut être un comté, mais ni un empire, ni un royaume. Ensuite, en termes de fortune. Oui, il y a eu des années où on a beaucoup gagné d'argent. Orchestra a été profitable pendant 23 ans et 21 ans sur 23 les bénéfices ont été réinvestis dans l'entreprise. Les bénéfices ont été réinvestis dans l'entreprise. Après, oui, j'ai parfois gagné de l'argent dans des opérations immobilières, par exemple, et j'ai toujours eu à cœur de réinvestir cet argent. Par exemple, dans le domaine de Verchant. L'argent n'est pas un but, c'est un moyen. C'est ce qui permet de continuer à entreprendre.

Quelles sont vos passions ? Est-ce que vous dépensez votre argent dans des voitures, dans l'art, les voyages ? 

Voyager est un plaisir et une obligation. L'art oui, on a acheté quelques toiles mais rien de significatif. J'ai une bonne vieille Citroën de 1923 que j'aime beaucoup. J'ai deux, trois voitures sympas, mais rien d'extraordinaire. Non moi, j'aime bâtir. On a racheté une maison qu'on va rénover. On va agrandir Verchant. Pour moi, le plaisir est vraiment dans continuer à bâtir, à construire, à prendre du plaisir sur le chemin.

"J'ai une bonne vieille Citroën de 1923 que j'aime beaucoup."

Ce domaine de Verchant que vous avez racheté en 2002 est devenu un magnifique hôtel 5 étoiles avec un spa. C'était un rêve ? 

Oui, c'était un rêve. Que ce soit Chantal ou moi, nos familles sont de la région. On avait à cœur d'avoir des vignes et des oliveraies. Lorsqu'on nous a présenté ce domaine qui était à l'abandon, on a vu une magnifique potentialité et une potentialité d'un endroit extrêmement préservé aux portes de Montpellier. Le parc était dans un état apocalyptique. On l'a fait classer. On a énormément investi, bien entendu, dans la rénovation, dans les pierres, mais on a aussi dans l'environnement du domaine. Ce que peu savent, c'est qu'il n'y avait que cinq hectares de plantés, on a planté 12 hectares supplémentaires de vignes, des centaines d'oliviers, on a végétalisé  l'ensemble du parking, refait trois fois l'allée de marronniers qui étaient malades. Récemment, on a de nouveau investi un peu moins d'un million d'euros pour faire enterrer l'ensemble des lignes à haute tension. 

On a beaucoup investi sur le domaine pour en faire un endroit d'exception qui soit ouvert au public. Il faut se rappeler que lors de la vente du domaine par la Safer, nos concurrents de l'époque étaient des promoteurs, qui voulaient raser et construire des immeubles et nous, notre promesse historique, c'était de garder cette dimension viticole en l'ouvrant au public et je pense qu'on a réussi ce pari de garder aux portes de Montpellier un grand beau domaine viticole.

Que peut-on vous souhaiter pour les mois qui viennent ?

Que tout le monde soit en bonne santé. On a eu un drame familial il y a un an et on sait que la santé de nos enfants et de nos petits-enfants est la chose la plus importante qui soit. Et ensuite, pour nos affaires, qu'elles durent et qu'elle prospèrent. 

Interview de Pierre Mestre par Sébastien Garnier

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