Économie – Social

Plan d'économie chez Areva : les salariés de la Manche dans l'attente de précisions

Par Benoît Martin, France Bleu Cotentin mercredi 4 mars 2015 à 15:51

Le site Areva de La Hague, premier centre de recyclage industriel de combustibles nucléaires usés
Le site Areva de La Hague, premier centre de recyclage industriel de combustibles nucléaires usés © Alexandre Marchi - MaxPPP

Temporisant sur le volet social de son redressement, Areva a dévoilé mercredi la première phase de sa thérapie de choc avec un plan d'un milliard d'euros d'économies, d'importantes cessions et un recentrage de ses activités, alors qu'un rapprochement capitalistique avec EDF est de moins en moins exclu. Un plan qui fait craindre des conséquences sur l'emploi, notamment dans l'usine de la Hague.

Le directeur général d'Areva Philippe Knoche a affirmé ce matin que le groupe n'écartait pas des suppressions d'emplois, alors que le spécialiste du nucléaire a confirmé une perte record de 4,8 milliards d'euros pour 2014. "Nous ferons tout pour que, s'il doit y avoir des départs, ils se fassent sur la base du volontariat" , a précisé le dirigeant lors d'une conférence de presse du groupe, détenu à plus de 87% par des capitaux publics.

Pas de licenciements en vue

Areva prévoit d'engager à partir de la fin du mois de mars une phase de concertation avec les organisations syndicales sur un projet d'accord-cadre relatif à l'emploi, aux rémunérations et au temps de travail. Le ministre du Travail, François Rebsamen a assuré sur France Inter que le gouvernement suivait*** "de près" le dossier et qu'à ce stade aucune suppression de poste n'avait été évoquée, notamment lors d'une rencontre lundi avec le président du conseil d'administration d'Areva, Philippe Varin en présence du ministre de l'Economie Emmanuel Macron. Mardi soir, ce dernier assurait qu'il n'y aurait pas de "carnage social" dans le groupe public. Il n'y a "a priori pas de licenciements prévus" mais des "départs volontaires ou anticipés"* , a également affirmé la ministre de l'Energie Ségolène Royal.

Le milliard d'économies visé à horizon 2017 se fera via "de nouveaux leviers d'achats" , "une forte amélioration de la productivité" et "en allégeant les structures et en optimisant les implantations géographiques" , selon le groupe. Areva table sur un retour dans les trois ans à un niveau de marge "comparable à celui de ses concurrents sur les différents marchés du monde" . Le groupe a aussi annoncé une nette réduction de ses investissements et un programme de cessions d'actifs supérieur aux 450 millions d'euros prévus en octobre dernier. Il prévoit également "la levée de financements bancaires au niveau des actifs industriels" et "des partenariats comportant un volet financier" .    Rapprochement capitalistique possible avec EDF Un rapprochement capitalistique avec EDF, qui pourrait prendre une participation dans le groupe ou dans certains actifs, n'est pas exclue, mais des discussions sur ce point n'interviendront que "dans un second temps" , a affirmé Philippe Knoche. La "refonte" du partenariat entre l'électricien et le spécialiste du nucléaire qu'annonce Areva pourrait aller "jusqu'à un rapprochement, y compris capitalistique" , a estimé M. Macron, dans un entretien au Figaro paru mercredi. Le gouvernement plaide en effet pour la création d'une véritable filière française du nucléaire autour d'Areva, EDF et du CEA (commissariat à l'énergie atomique).

Areva doit ses résultats catastrophiques aux difficultés (retards et surcoûts) engendrées sur les projets d'EPR Olkiluoto 3 en Finlande, et de Flamanville en France, au fiasco financier de l'acquisition d'Uramin, à la morosité du secteur nucléaire depuis l'accident de Fukushima en 2011 et à des pertes dans les énergies renouvelables. En 2014, les provisions passées pour le seul projet d'EPR finlandais ont atteint 720 millions d'euros. A l'avenir, le groupe entend se recentrer sur "le coeur des procédés nucléaires" sans pour autant abandonner son modèle intégré promu par sa précédente dirigeante Anne Lauvergeon (2001-2011), allant de l'extraction d'uranium au traitement des déchets issus des centrales nucléaires.

Salariés et sous-traitants dans l'expectative

Les annonces de la direction ce mercredi n'ont pas contribué à rassurer les syndicats. Sur le site de la Hague, Dominique Hébert, représentant de la CGT lit entre les lignes. "Lorsqu'on entend parler d'un milliard d'économie via une forte amélioration de la compétitivité, on comprend que la direction va réduire le nombre de postes. En janvier, lors d'un CE extraordinaire, on nous avait déjà annoncé la disparition dans les 5 ans de 500 emplois au sein de l'usine en vue de réaliser 40 millions d'euros d'économies annuellement. Avec un objectif d'un milliard d'euros d'économies, on peut supposer que le nombre de postes amenés à disparaître va être revu à la hausse".

  Une situation qui inquiète aussi les sous-traitants car le groupe annonce également son intension de ramener l'investissement en dessous de 3 milliards d'euros par an d'ici 2017, contre 4,6 milliards aujourd'hui. Mathieu est fournisseur de béton pour l'usine de la Hague. "On constate que les chantiers sont ralentis. Areva c'est 90% de l'activité de ma société; on se pose des questions quant à l'avenir de l'emploi". Quant aux salariés de l'entreprise, ils attendent d'en savoir plus dans le détail, sur les conséquences concrètes du plan d'économie de la direction sur le site de la Hague.

 

Sur le site d'Areva la Hague : entre interrogations et inquiétudes