Économie – Social

Plan d'urgence pour l'emploi : pour les patrons côte-d'oriens, François Hollande fait (encore) fausse route

Par Arnaud Racapé, France Bleu Bourgogne lundi 18 janvier 2016 à 19:54

Le plan d'urgence de F. Hollande ? "Inutile", juge Cyril Quinon
Le plan d'urgence de F. Hollande ? "Inutile", juge Cyril Quinon © Radio France - Arnaud Racapé

C'est le plan de la dernière chance pour inverser enfin la courbe du chômage : François Hollande a livré ce lundi le détail de son "plan d'urgence pour l'emploi", des mesures qui viennent s'ajouter aux dispositifs déjà mis en place depuis le début de son quinquennat. Réaction amère des patrons.

 Au menu donc, la formation annoncée de 500.000 chômeurs supplémentaires en 2016 pour un milliard d'euros, la pérennisation du crédit impôt compétitivité (CICE) sous forme d'exonération de charges, et puis, à destination des TPE et PME, une prime à l'embauche de 2.000 euros annuels.

2.000 euros, de l'argent directement versé pour aider les patrons côte-d'oriens à recruter, a priori c'est une bonne nouvelle pour eux. Mais a priori seulement car ces derniers accueillent très froidement ce nouveau train de mesures : sans regain d'activité, disent-ils, il ne peut y avoir d'embauche. C'est un peu le discours du patron de la SOGETIL à Chambolle-Musigny, une société de chauffage et plomberie.

Encore de l'argent gâché ?

Avec l'habitude, Cyril Quinon  pourrait presque en sourire, mais en réalité, ces nouvelles annonces présidentielles le désespèrent. _"_C'est l'argent de nos impôts qui part encore en fumée. Pour vous donner un exemple, si j'embauche quelqu'un à 1.000 euros nets, c'est-à-dire en-dessous du SMIC, les 2.000 euros que nous propose François Hollande, dans le secteur du bâtiment je précise, ça nous couvre deux mois de charges patronales et salariales. Deux mois, c'est tout."

Pactes de responsabilité, contrats aidés ou d'avenir; CICE, etc... beaucoup d'argent a été mis sur la table, c'est vrai, concède Cyril Quinon, mais rien ou presque pour l'aider à remplir son carnet de commandes, rien pour relancer l'activité en France. "Le CICE aujourd'hui n'a servi qu'à retrouver la compétitivité de nos entreprises il y a dix ans, et ça c'est dramatique. Ça n'a pas servi à créer de l'emploi, juste à nous maintenir à flots."

Frilosité

Sa société est aujourd'hui tout juste rentable, mais l'entrepreneur n'arrive plus à remporter des appels d'offres, faute de pouvoir se montrer compétitif. Et même lorsqu'il y parvient, l'incertitude l'emporte sur la volonté d'embaucher : "Pour les trois prochains mois c'est bon j'ai du travail, mais qu'est-ce que je vais lui donner pour les quatrième, le cinquième, le sixième ? Et ça, c'est beaucoup plus compliqué à aborder. C'est pour cela qu'à l'heure actuelle nous sommes très frileux."

Côté solutions, Cyril Quinon avance les classiques : baisse drastique des charges sociales,  réforme des contrats et du code du travail. Mais pour cela dit-il, il faut un président capable d'accepter l'impopularité. A défaut, il recommande ne plus toucher à rien : "allez, pendant cinq ans, qu'on nous laisse tranquilles, qu'on ne change plus rien. Je suis sûr que ça pourrait même nous aider."

On ne veut plus d'aides

Un diagnostic que ne partagent pas les syndicats de salariés, au grand dam du président de la CGPME 21, Benoît Willot : "ce n'est pas en sponsorisant l'embauche d'un salarié qu'on va donner envie au chef d'entreprise d'embaucher La seule raison qui donnera envie demain au chef d'entreprise d'embaucher, c'est que son carnet de commandes se remplisse, que son chiffre d'affaires augmente, et qu'il ait un réel besoin de main d'oeuvre supplémentaire. Tant qu'il n'y aura pas une vision pérenne de l'économie, il n'y aura pas non plus de désir d'embauche. La seule solution, ce serait un allègement des charges durable sur les entreprises. On ne veut plus d'aides, on veut un allègement de charges."