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Plus de 4.000 euros de chauffage par an : le calvaire d'habitants de l'éco-quartier Lucilline, à Rouen

Des habitants du nouvel écoquartier Lucilline à Rouen n'en peuvent plus : ils payent pour certains plus de 4000 euros pour leur chauffage et leur eau chaude, dans des immeubles pourtant neufs et à haute performance énergétique. Ils se sentent floués par l'exploitant du réseau de chaleur.

Le quartier de la Lucilline, à Rouen.
Le quartier de la Lucilline, à Rouen. © Radio France - Capture d'écran Google Maps

Nous sommes en 2011. La ville de Rouen construit le nouveau quartier de la Lucilline, à l'ouest de la rive droite. Un palais des sports, devenu le Kindarena, 30.000m² de bureaux, un centre commercial et 990 logements sont prévus. Le tout dans un écoquartier, qui doit être neutre en énergie. 

Pour ce faire, la ville crée un réseau de chaleur via une délégation de service public, et confie donc le soin à une entreprise privée de le faire. Ce sera Cofely, une filiale d'Engie. L'entreprise travaille sur un réseau de pompes à chaleur puisant dans la nappe alluviale.

Quelques années plus tard, les premiers habitants découvrent des factures d'énergie très importantes. Plus importantes en tout cas que ne l'estimaient les études thermiques. 

Des charges importantes et qui continuent d'augmenter

Cet habitant, qui préfère rester anonyme, doit payer 9.000 euros sur les deux dernières années pour son 110m². Bien plus que les 849 euros annuels annoncés dans son diagnostic de performance énergétique (DPE). Pour un service régulièrement défaillant : "Il faut laisser couler l'eau une minute pour avoir de l'eau tiède. Les radiateurs ne chauffent pas bien. J'ai du acheter des radiateurs électriques pour cet hiver, alors que c'est un appartement écologique, que je n'ai quasiment pas besoin de chauffer en temps normal." 

Soujoud, elle, habite ici depuis cinq ans, et ses charges ne cessent d'augmenter. 2.500 euros chaque année en ce moment pour son logement avec ses trois enfants. "On nous a vendu du rêve, comme quoi c'était parfait. Mais on nous a menti, c'est vraiment difficile." Aidée par les allocations logement, elle se retrouve à payer plus de charges que de loyer. 

Exemple d'un DPE, qui prévoit 750 euros de dépenses annuelles en eau chaude et chauffage. Le propriétaire en paye environ 2 500.
Exemple d'un DPE, qui prévoit 750 euros de dépenses annuelles en eau chaude et chauffage. Le propriétaire en paye environ 2 500. © Radio France - DR

Plusieurs explications à cette situation, que résume Pierre-Emmanuel Brunet, habitant du quartier et par ailleurs président de l'association Rouen Respire. D'abord, certains abonnements d'énergie ont été surévalués : "Mon DPE indique un besoin de 88 kW et mon abonnement est de 218. Je ne l'ai pas choisi, et c'est pour 25 ans. En prime, ce kWh est vendu à 30 centimes au lieu de 8 centimes comme estimé." Pour lui, ce n'est que l'un des nombreux soucis sur cette installation. 

Tous ces chiffres ont été vérifiés sur les factures des habitants par France Bleu Normandie. 

Ils sont nombreux à se sentir floués, comme cet autre anonyme. Il a acheté au mois d'octobre 2020 un appartement de 62 m². En un trimestre, il doit payer 650 euros d'eau chaude et de chauffage. "C'est exorbitant. Les habitants sont livrés à eux-mêmes. Mon appartement est très performant énergétiquement, le problèmes ce sont les factures, elles ne reflètent pas la réalité. Je n'ai quasiment pas besoin de chauffer. On n'est pas aidés, y compris par les élus, qui ne bougent pas et qui n'aident pas ceux grâce à qui ils sont élus."

Dès que possible, cet été, je pars, je n'en peux plus." 

Des abonnements surévalués, une énergie vendue très chère sur un réseau défaillant, voilà ce dont se plaignent certains habitants du quartier Lucilline. Tout le monde ne serait pas concerné, mais certains immeubles et commerces ont décidé de sortir du réseau qui leur est imposé, parmi lesquels au moins un concessionnaire automobile situé juste à côté du quartier. Une habitante croisée dans la rue explique, elle, vouloir quitter son logement dès qu'elle le pourra

Pierre-Emmanuel Brunet indique avoir contacté la métropole de Rouen, qui a maintenant pouvoir de décision sur les réseaux de chaleur, et être en contact étroit avec Cofely, sans succès pour l'instant. Pour autant, selon lui, il existe des solutions : "La métropole peut décider d'abroger le contrat. Le réseau doit être équilibré financièrement, et fournir à plus de 50% de l'énergie renouvelable. Nous sommes aux 2/3 au gaz. Il est évident que cela n'est pas rempli. La mairie annonçait des charges moyennes à 500 euros par an, ça ne va pas du tout." 

Un audit indépendant lancé d'ici la mi-mai

Marie Atinault, vice-présidente de la métropole de Rouen, en charge des transitions et innovations technologiques évoque bien "des charges trop élevées et des défaillances" dans le quartier de la Lucilline. Elle refuse pour autant d'incriminer Cofely et annonce le lancement d'un audit indépendant d'ici la mi-mai 2021. "Les factures élevées nous montrent le problème mais ne l'expliquent pas." Elle l'assure, le résultat de cet audit sera public, sans s'engager sur un délai et si des problèmes sont avérés, le trop-payé sera remboursé aux habitants.  

L'entreprise, contactée, répond dans un e-mail que "les tarifs de cette Délégation de Service Public ont été actés dès 2013 dans le cadre [d'un] contrat. Publiquement connus, ils n’ont jamais été modifiés depuis 2013. Les factures anormalement élevées ne sont donc pas dues au tarif pratiqué à travers la délégation de service public." Pas de réponse sur les abonnements que les habitants estiment trop élevés. L'entreprise laisse entendre que le problème se situe sur le réseau secondaire, interne à l'immeuble. 

L'audit de la métropole devra rapidement lever tous les doutes.

Le reportage de France Bleu à la Lucilline.

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