Économie – Social

La SNCF condamnée pour discrimination envers plusieurs centaines de "chibanis" marocains

Par Julien Baldacchino et Julie Guesdon, France Bleu lundi 21 septembre 2015 à 8:35 Mis à jour le lundi 21 septembre 2015 à 9:43

Les plaignants et l'une de leurs avocates, en mars aux Prud'hommes de Paris
Les plaignants et l'une de leurs avocates, en mars aux Prud'hommes de Paris © Max PPP

La SNCF a été condamnée lundi pour discrimination envers plusieurs centaines de "chibanis" (cheveux blancs) marocains par le Conseil des Prud'hommes de Paris. Ces 832 anciens salariés de la SNCF accusaient la compagnie d'avoir volontairement bloqué l'évolution de leur carrière.

Le Conseil des Prud'hommes de Paris s'est prononcé ce lundi matin sur les recours déposés par pas moins de 832 salariés de nationalité marocaine_ _et a condamné la SNCF dans neuf dossiers sur les dix qui avaient été déposés. En moyenne, les condamnations sont assorties de dommages et intérêts d'environ 200.000 euros, selon l'avocate Clélie de Lesquen.

Ces plaignants reprochaient à la compagnie de chemins de fer d'avoir bloqué leur carrière à cause de leur nationalité, ce qui les a fortement pénalisés à la retraite.

"On a travaillé honnêtement et on a été discriminés"

— Abdelkader Kardoudi, 61 ans, agent d'accueil à Saint-Lazare

Surnommés "chibanis" ("cheveux blancs" en arabe), ces 832 employés ont été embauchés dans les années 1970, mais en tant que contractuels, c'est-à-dire avec un CDI de droit privé, et donc sans le statut, plus avantageux, de cheminot. Seuls 113 d'entre eux ont pu ensuite accéder au statut de cheminot. Mais tous affirment avoir été cantonnés aux plus bas niveaux de qualification ; et ceux qui sont devenus cheminots disent en plus que leur ancienneté n'a pas été prise en compte. 

Des centaines de millions d'euros en jeu

Les plaignants réclamaient en moyenne chacun 400.000 euros de dommages et intérêts. Leurs dossiers ont été examinés par le tribunal des Prud'hommes de Paris en mars dernier, après plus de 10 ans d'attente pour certains dossiers. Mais les conseillers prud'hommaux n'avaient pas réussi à se mettre d'accord, et un juge professionnel a été appelé pour trancher.

Lors de l'audience, la SNCF s'est défendue de toute forme de discrimination, et a souligné "la parfaite légalité" de la distinction entre les agents qui bénéficient du statut de cheminot et ceux qui sont contractuels, rappelant qu'elle emploie aussi des contractuels de nationalité française. Si elle est condamnée, la SNCF pourrait se retrouver avec des centaines de millions d'euros de dédommagements à payer.